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Libanais bloqués à l’étranger

La position du gouvernement sur les rapatriements fortement critiquée

L’aéroport de Beyrouth toujours fermé durant la « mobilisation générale ». Photo d’archives

Les appels de Libanais bloqués dans plusieurs pays très touchés par le coronavirus se multiplient ces derniers jours, mettant le gouvernement face à la difficile décision concernant leur rapatriement dans les plus brefs délais. Avant que le Premier ministre, Hassane Diab, ne tranche hier la question en faveur du maintien des personnes bloquées là où elles se trouvent au moins jusqu’au 12 avril, la position officielle du gouvernement avait été exprimée jeudi par le ministre des Affaires étrangères, Nassif Hitti, lors d’un entretien télévisé : pas de rapatriement sans tests de dépistage du coronavirus au préalable. L’argument mis en avant par M. Hitti, adopté par plusieurs autres gouvernements selon lui, est le danger de déplacer un grand nombre de personnes en avion, avec le risque de contamination par un ou plusieurs éventuels porteurs. Il a également assuré que les ambassades et consulats du Liban dans le monde sont à l’écoute des expatriés et prêts à aider ceux qui se trouvent dans une situation difficile. Une commission ministérielle a par ailleurs été formée pour suivre ce dossier. Durant une conférence de presse à l’hôpital gouvernemental Rafic Hariri, le Premier ministre Hassane Diab a assuré hier « ne pouvoir accorder d’exception avant que le délai de mobilisation générale ne prenne fin », invoquant deux raisons : la protection des voyageurs à bord des avions et la lutte contre le coronavirus dans le pays, où la majeure partie des contaminations ont été causées par des voyageurs venant de l’étranger.

« La meilleure chose, pour ces expatriés, est de rester sur place, se confiner et se protéger, c’est pour leur propre bien, a-t-il poursuivi. Nous examinons les possibilités de rapatriement et nous aurons une idée claire avant le 12 avril. » Ces derniers jours, ont été lancés de nombreux appels venant d’expatriés en difficulté, notamment des étudiants bloqués dans des pays très touchés comme l’Italie ou l’Espagne, par exemple, mais également de groupes résidant dans des pays d’Afrique, récemment touchés par le virus et très peu équipés pour combattre le fléau. Et à moins d’une action du gouvernement, la situation reste bloquée parce que l’aéroport est toujours fermé. Le directeur général de l’Aviation civile, Fadi el-Hassan, a publié hier une circulaire informant les différentes compagnies d’aviation opérationnelles au sein de l’Aéroport international de Beyrouth que les vols restent suspendus durant la période de mobilisation, prolongée par le gouvernement jusqu’au 12 avril.


(Lire aussi : En France, plus de 600 Libanais veulent être rapatriés)

Une « réunion d’urgence »

Le premier à réagir violemment à la décision du gouvernement a été le président du Parlement Nabih Berry. Celui-ci a appelé le gouvernement de Hassane Diab à se réunir « le plus rapidement possible » afin de réétudier la question du retour des Libanais se trouvant actuellement coincés à l’étranger.

« J’appelle le cabinet à tenir une réunion exceptionnelle, le plus rapidement possible, pour reconsidérer l’affaire des Libanais qui doivent faire face aux risques de l’épidémie dans des régions endémiques du monde entier, certaines ne disposant pas d’hôpitaux et ne suivant pas les règles les plus élémentaires en matière de soins de santé », a déclaré M. Berry dans un communiqué.

Par ailleurs, une délégation du Hezbollah, formée des députés Amine Cherry et Ibrahim Moussaoui, a été reçue hier par Hassane Diab pour discuter de cette question. Celui-ci leur a assuré que le retour des étudiants bloqués à l’étranger est une priorité du gouvernement, mais que celui-ci doit être effectué dans le respect de la protection du Liban contre la propagation du virus et du retour sécurisé de ces jeunes.

De son côté, le député Samy Gemayel, chef du parti Kataëb, a également critiqué la décision de la diplomatie libanaise. « La différence est grande entre le fait de continuer à autoriser l’arrivée d’avions transportant des Libanais et des étrangers sans surveillance, et la décision de l’État de conditionner le retour des Libanais à leur situation médicale et en faisant la distinction entre les personnes contaminées ou pas », a écrit M. Gemayel sur son compte Twitter. Le député fait référence notamment au fait que de nombreux avions ont continué à arriver à Beyrouth en provenance de régions endémiques, plusieurs jours après la détection du premier cas de coronavirus au Liban, une femme rentrant d’Iran. Dans la même veine, le député Marwan Hamadé a qualifié la position exprimée par M. Hitti de « catastrophique », appelant « à traiter sur un pied d’égalité les expatriés libanais et les voyageurs en provenance d’Iran ».


(Lire aussi : Les Libanais bloqués à l'étranger ne pourront pas rentrer avant le 12 avril, tranche Diab)


Une période de quarantaine à l’aéroport ?

De son côté, le chef du PSP, Walid Joumblatt, a estimé que des aires de quarantaine peuvent être aménagées, notamment par les ingénieurs de l’armée, pour accueillir les expatriés de retour au Liban et leur permettre de rester confinés jusqu’à ce qu’ils puissent rentrer chez eux. « Il est du devoir de l’État libanais de les ramener au pays, à condition qu’ils observent une période de quarantaine à l’aéroport de Beyrouth », a ajouté le leader druze.

Un membre de son bloc, Bilal Abdallah, a écrit un tweet acerbe dans lequel il critique « l’interview ratée » du ministre des Affaires étrangères, l’accusant de « vouloir fuir ses responsabilités » et l’appelant à « démissionner de ses fonctions s’il ne peut remplir sa mission ».

D’autres officiels se sont dit étonnés par ces critiques contre le gouvernement, à l’instar du député Salim Aoun, du bloc du Liban fort. « Ceux qui ont demandé avec insistance l’arrêt des vols vers le Liban et critiqué le retard du gouvernement à fermer l’aéroport sont les mêmes qui exigent aujourd’hui d’autoriser le retour de certains vols et qui critiquent le fait qu’un délai trop court a été accordé aux personnes désireuses de rentrer », a-t-il déclaré sur Twitter.


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commentaires (4)

Il y a le risque de contaminer les avions de rapatriement: un seul cas de coronavirus à bord suffit à ça. Et croyez-vous que les hôpitaux libanais soient en mesure de faire face en cas de déferlante? Ce gouvernement fait de qu'il faut, me semble-t-il, pour gérer au mieux une crise très difficile même pour des pays très bien équipés comme la France, l'Italie, la Chine, les Etats-Unis et qui craignent d'être débordés par la vague. Alors le Liban avec sa petite structure de santé publique ne pourra pas traiter des milliers de cas si le lissage de la courbe des contaminations lui échappe.

Marionet

10 h 06, le 28 mars 2020

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Commentaires (4)

  • Il y a le risque de contaminer les avions de rapatriement: un seul cas de coronavirus à bord suffit à ça. Et croyez-vous que les hôpitaux libanais soient en mesure de faire face en cas de déferlante? Ce gouvernement fait de qu'il faut, me semble-t-il, pour gérer au mieux une crise très difficile même pour des pays très bien équipés comme la France, l'Italie, la Chine, les Etats-Unis et qui craignent d'être débordés par la vague. Alors le Liban avec sa petite structure de santé publique ne pourra pas traiter des milliers de cas si le lissage de la courbe des contaminations lui échappe.

    Marionet

    10 h 06, le 28 mars 2020

  • En conclusion les libanais disséminés a l’etranger paient pour les convois d’avions en provenance d’Iran.

    Cadige William

    09 h 50, le 28 mars 2020

  • 100% d'accord avec le PM: le gouvernement déploie une politique sage en matière de lutte contre le coronavirus qui ne doit pas être fichue par terre parce que des Libanais en Afrique par exemple se croyaient à l'abi jusqu'à l'apparition des premiers cas d'infection là-bas. Les "cas importés" sont dangereux pour tous les Libanais. L'émoi de M. Berri- qui ne nous a pas habitués à tant d'empathie avec ses concitoyens- est à visée populiste et s'adresse aux familles des Libanais d'Afrique de l'Ouest. Suis étonnée de lire que des Libanais se disent "bloqués sans un sou" alors qu'ils ne se sont pas manifestés dans le délai imparti pour le retour au pays. Seules les situations réellement difficiles doivent être traitées. Pour les autres, le confinement où qu'ils se trouvent en France, en Italie, en Afrique ou ailleurs. Ce PM est une chance pour le Liban, ne lui faisons pas perdre du temps en polémiques vaines. Basta!

    Marionet

    09 h 42, le 28 mars 2020

  • « La meilleure chose, pour ces expatriés, est de rester sur place, se confiner et se protéger, c’est pour leur propre bien » Quand l’état, remarquer la minuscule, demande à ses enfants de rester sur place, sans moyens, sans support, parfois dans un aéroport qui n’offre aucune issue. Cet état devrait rapatrier ses enfants, même malades, aussitôt. Les excuses avancées par le gouvernement sont irrecevables. Même malades, rapatriez-les! Un chat ou un chien, protège leurs enfants, même mourants. Ils les transporteront vers la sécurité. Chez nous, ils ne rentreront qu’à partir du 12 Avril, quand ils pourront prouver qu’ils ne sont pas porteurs du virus. Affrétez des avions pour ramener les malades, ce n’est ni la première ni la dernière fois. Les excuses tomberont, illico presto, si les enfants des hommes et femmes au pouvoir se trouvaient en Turquie ou autre, en instance du bon plaisir du conseil? Des ministres? El 3ama! Nous vivons les derniers jours de l’humanité.

    Evariste

    00 h 23, le 28 mars 2020