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Société - Coronavirus

L’enseignement en ligne pour tenter de sauver l’année scolaire au Liban

Établissements scolaires et universitaires privés du pays adoptent progressivement l’enseignement à distance. Certains se préparaient même depuis qu’a éclaté le soulèvement populaire, en octobre dernier.


Depuis deux semaines, l’e-learning, classe à distance sur internet, se met progressivement en place à l’école et l’université privées au Liban.

La connexion internet est loin d’être parfaite, les bugs encore nombreux et la technique pas assez performante. Mais la volonté est là. Celle de sauver l’année scolaire et universitaire de près d’un million et demi d’élèves et étudiants du Liban. Depuis la fermeture forcée des écoles et universités pour cause de coronavirus, le 29 février dernier, un seul mot d’ordre désormais, l’apprentissage à distance et en ligne. Même imparfait, même truffé de couacs, de maladresses, même partiel et incomplet, il reste mieux que l’inaction et le désœuvrement. Et représente la seule alternative à la présence physique dans les salles de classe, jusqu’à la fin de la pandémie. À la condition certes d’avoir un ordinateur et une connexion interne ou, au pire, un téléphone portable connecté.

Timide jusque-là, malgré les fermetures à répétition des institutions éducatives, liées aux crises successives dans le pays – grèves, incendies, soulèvement populaire –, le processus, qui n’en est qu’à ses premiers balbutiements, n’a d’autre choix que de se développer aujourd’hui. Alors, depuis deux semaines, l’e-learning, classe à distance sur internet, se met progressivement en place à l’école et l’université privées. Il s’améliore un peu plus chaque jour, compte tenu de la nécessité de réviser les anciennes notions en multipliant les exercices d’application et de transmettre de nouveaux cours, tout en privilégiant l’interactivité et la créativité. Pour ce faire, chaque institution utilise la ou les plateforme(s) qu’elle trouve les plus adéquates, Pronote, Google Classroom, Google Drive, Nearpod, Edmodo, WebEx, Microsoft Teams, Zoom... sachant que certains outils d’organisation de la vie scolaire et universitaire étaient déjà opérationnels.


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Une formation nécessaire
« Avant le coronavirus, notre établissement utilisait déjà une plateforme qui régulait la vie scolaire, permettait de communiquer avec les parents et d’envoyer aux élèves des fiches de révision en cas de fermeture, explique Maria Pascalides, professeure d’histoire-géographie dans les classes complémentaires au sein d’un collège francophone privé. Mais depuis que s’est installée la pandémie, nous avons l’obligation d’en faire plus et de transmettre aux élèves de nouvelles notions. » Ainsi, l’enseignante envoie liens, documents, photos et exercices aux élèves. À leur tour, ces derniers envoient leur travail qui sera noté. Mais pour le moment, elle n’a pas encore recours aux classes virtuelles en direct avec ses élèves, ni même aux vidéos. « Ce n’est pas évident. » D’une part, « les élèves, malgré leur familiarité avec les réseaux sociaux, ne parviennent pas à utiliser correctement les outils », d’autre part, elle reconnaît que « le système scolaire a été bousculé ». D’où la nécessité pour les enseignants « de suivre une formation de familiarisation avec un système virtuel pas vraiment difficile, mais nouveau ». Sans oublier que chez eux, « les enfants doivent faire plus d’effort » pour travailler, car ils sont sollicités par la télévision, la musique et les copains.

D’un établissement à l’autre, les expériences diffèrent. Certains préparent la transition depuis le 17 octobre, date du début du soulèvement populaire contre la classe politique libanaise. D’autres n’ont rien changé à leurs habitudes, poursuivant la méthode classique d’apprentissage. Ce qui détermine la capacité d’adaptation des élèves et le degré d’anxiété de leurs parents. Louis-David, élève de terminale dans un collège francophone à Aïn Najm, reconnaît avoir une longueur d’avance sur d’autres apprenants. « Notre établissement a développé les cours virtuels dès les manifestations d’octobre, explique-t-il. Au départ, le processus se limitait aux exercices de révision. Mais rapidement, la direction a exploré de nouvelles méthodologies, classes virtuelles sur rendez-vous, vidéoconférences, questions-réponses en direct, conseils, devoirs notés... » Et s’il évoque un désorganisation au début, liée probablement au stress des enseignants, « la période d’adaptation semble pratiquement terminée ». Il ne reste plus qu’à parfaire le respect d’un emploi du temps et la coordination entre les enseignants pour éviter toute surcharge des élèves. « La semaine prochaine, nous devrions être fin prêts », espère-t-il. Avec le maintien des épreuves du bac français, il ne peut en être autrement.


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L’échéance du bac français
Scolarisées dans deux établissements d’Achrafieh et du Metn qui pratiquent l’enseignement en ligne, Noor et Maurine sont en quatrième. Interrogée sur l’expérience de l’enseignement à distance, la première évoque quelques couacs, la mauvaise connexion internet notamment et cette impression frustrante de ne pas apprendre de nouvelles notions. Bref, la classe lui manque. « On nous transmet des notions faciles. Ce ne sont que des révisions », regrette-t-elle. Pour la seconde, l’apprentissage se déroule comme si les élèves étaient en classe. « L’enseignant poste une vidéo, des photos et des documents, ou explique une notion en direct à la classe qu’il aura invitée au préalable. C’est difficile, mais nous pouvons poser les questions nécessaires et envoyer nos devoirs pour correction », explique-t-elle. Et les élèves qui ne disposent pas d’un ordinateur peuvent tout bonnement « écrire leur devoir à la main, le prendre en photo avec leur téléphone portable et l’envoyer à l’enseignant, puisque le logiciel l’autorise ». Si la jeune fille dit n’avoir aucun problème d’adaptation et d’organisation, d’autres élèves ressentent comme un handicap l’absence physique de l’enseignant. « Le travail en ligne nécessite de la volonté et une bonne capacité d’organisation », précise-t-elle. 


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L’inquiétude des parents
C’est ce qui inquiète Jenny, mère d’une élève de cinquième et d’un garçon au CE2, persuadée que cette nouvelle façon d’étudier « nécessite la présence permanente d’un parent ». Si les choses se déroulent sans problème pour son jeune fils, elle se dit sceptique quant à la bonne compréhension de sa fille des mathématiques. « Ma fille est faible en maths, je ne peux l’aider et ne sais si ces notions seront reprises lorsque les écoles rouvriront leurs portes », confie-t-elle. Sans oublier que l’ambiance ne se prête pas aux études. « Je dois imposer une heure et demie de travail par jour pour éviter que les devoirs ne s’accumule. »

Ici ou là, on s’organise donc, mais la solution demeure provisoire. « Nous avançons dans le programme, l’interactivité est très bonne et les élèves travaillent près de quatre heures par jour », constate le directeur du Collège Melkart, Faouzi Makhoul. Mais il reste certain que « l’enseignement en ligne n’est pas aussi efficace ni aussi performant que les classes en présentiel ». « Cela reste néanmoins la meilleure solution pour le moment car les élèves de terminale doivent être prêts pour le bac français », assure-t-il.

Il faut dire aussi que les inégalités déjà existantes au sein du secteur éducatif risquent de se creuser encore plus. Entre le secteur privé et un secteur public encore trop archaïque, certes, mais aussi entre les institutions privées elles-mêmes. « Je ne me fais aucun souci pour les grands établissements privés ou pour les écoles liées aux ordres religieux, chrétiens ou musulmans », affirme à L’Orient Le Jour le secrétaire général des écoles catholiques, le père Boutros Azar, également coordonnateur de la Fédération des associations éducatives privées. « Je suis en revanche inquiet pour les établissements qui n’ont pas la possibilité de développer l’enseignement à distance, pour les enseignants peu familiers des nouvelles technologies, pour les plus défavorisés qui n’ont pas de connexion internet et pour les élèves de terminale », dit-il, invitant les chaînes télévisées à donner des cours, comme du temps de la guerre civile.



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Des étudiants plus détendus et à la fois plus exigeants
Les défis sont les mêmes, sinon plus importants, à l’université. Tandis que les cours en ligne se mettent en place, progressivement, apparaissent alors les mêmes problèmes d’organisation, de technologie et de formation des enseignants. Avec une différence de taille. Seuls les cours théoriques sont assurés pour l’instant. Travaux pratiques, stages et mises en application devront attendre des jours meilleurs, surtout lorsqu’il s’agit d’actes chirurgicaux. Alors il faut « prendre de l’avance dans les cours théoriques pour que le rattrapage, dès l’ouverture des établissements, se concentre sur la pratique ». C’est ce qu’explique le professeur Ronald Younès, chef de service de chirurgie orale à la faculté de médecine dentaire de l’Université Saint-Joseph (USJ), qui redouble d’ingéniosité pour rendre ses interventions virtuelles interactives, qu’il s’agisse de cours magistraux, de synthèses d’articles ou d’études de cas cliniques. Il n’hésite pas d’ailleurs à assister un confrère moins familier avec la technologie, au besoin. « Je trouve que les étudiants se concentrent mieux qu’en classe. Ils sont motivés et détendus à la fois », dit-il. Mais il reconnaît que la classe virtuelle expose les enseignants à la critique sévère des étudiants. « D’où la nécessité d’une préparation adéquate, doublée de créativité et d’une bonne gestion de la classe. »

Les critiques fusent d’ailleurs. Un étudiant de l’Université américaine de Beyrouth (AUB) qui a récemment pris son premier cours de philo en ligne semble déçu. Si le cours s’est relativement bien déroulé, le jeune homme qui a requis l’anonymat insiste sur la nécessité d’une meilleure coordination. « Les horaires de cours sont arbitraires, et je ne comprends pas pourquoi je dois assister à un cours de statistiques dimanche à 19 heures », gronde-t-il. Peu optimiste quant à la bonne marche du processus d’ici à la fin de l’année, tout en se disant « certain que les enseignants font du mieux qu’ils peuvent », il estime que le système n’est « juste pas encore au point ».

Fort heureusement, le processus va en s’améliorant. « La première session était catastrophique, la deuxième très bonne et la troisième parfaite ». C’est ainsi que Youssef, étudiant en quatrième année de génie mécanique à la LAU de Jbeil, résume les cours qu’il prend à distance depuis une semaine environ. « C’est comme si j’étais physiquement présent », précise-t-il. Sauf que l’étudiant est convaincu que rien ne peut remplacer les relations humaines. « L’apprentissage virtuel n’est qu’une solution provisoire en cas d’urgence, insiste-t-il. C’est tellement mieux, lorsque nous nous retrouvons en classe. »



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La connexion internet est loin d’être parfaite, les bugs encore nombreux et la technique pas assez performante. Mais la volonté est là. Celle de sauver l’année scolaire et universitaire de près d’un million et demi d’élèves et étudiants du Liban. Depuis la fermeture forcée des écoles et universités pour cause de coronavirus, le 29 février dernier, un seul mot d’ordre...

commentaires (1)

Les parents payent et l année scolaire est rien... il faut rallonger l année scolaire jusqu a fin juillet. Seul le mois d août,vacances...car les élèves ont eu des vacances tte l année 2019/2020!!

Marie Claude

18 h 13, le 16 mars 2020

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Commentaires (1)

  • Les parents payent et l année scolaire est rien... il faut rallonger l année scolaire jusqu a fin juillet. Seul le mois d août,vacances...car les élèves ont eu des vacances tte l année 2019/2020!!

    Marie Claude

    18 h 13, le 16 mars 2020

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