Les funérailles de Khalil Khalil, 19 ans, à Faraya (Kesrouan), le 3 février 2025. Photo tirée de la page de la municipalité de Faraya sur Facebook
C’est dans la salle rénovée et climatisée de la prison de Roumié que la chambre criminelle du Mont-Liban présidée par Élie Hélou a tenu son audience, mardi, dans l’affaire du meurtre présumé de Khalil Khalil (19 ans) perpétré par Jonathan Chamoun, en février 2025, à Faraya (Kesrouan). La séance, à laquelle ont comparu cinq des six prévenus (le sixième ayant présenté un rapport médical), était consacrée à l’audition de trois témoins et aux plaidoiries des avocats de la défense et de la famille de la victime. Le juge Hélou, qui a dirigé avec fermeté les débats en imposant la discipline aux parties aux procès, à leurs représentants et à l’assistance, dans un climat plutôt tendu, a fixé au 14 juillet la date du verdict.
Le drame était survenu suite à une altercation et une course-poursuite pour une priorité de passage entre la victime et Romario Slim. Ce dernier aurait alors appelé Jonathan Chamoun à la rescousse depuis le téléphone de son amie Louna Bteiche, laquelle se trouvait dans le véhicule avec sa sœur Lana. Poursuivi par Jonathan Chamoun, qui était accompagné de son amie Theresa Charbel Sahyoun, Khalil Khalil se serait réfugié dans l’aire de stationnement d’un hôtel appartenant à son père. Il aurait alors mis pied à terre avant que le véhicule de Jonathan Chamoun ne le heurte à maintes reprises.
La mère de Jonathan Chamoun, Sandra Dakkak, et son compagnon Rabih Akiki se seraient alors précipités sur les lieux après les faits pour faire fuir le couple. Rabih Akiki est actuellement en cavale, tandis que son frère, Michel, soupçonné d’avoir facilité la fuite de Jonathan Chamoun et Romario Slim – appréhendés plus tard –, et d’avoir tenté de dissimuler la voiture utilisée pour perpétrer l’acte, avait été arrêté puis remis en liberté sous caution d’élection de domicile.
Larmes
Alors qu’à ce jour, la cour criminelle a maintenu Jonathan Chamoun en état d’arrestation, elle a relâché, il y a deux mois, Romario Slim, Louna Bteiche, Theresa Charbel Sahyoun et Sandra Dakkak, après environ une année de détention. Toutefois, conformément au Code de procédure pénale qui impose l’arrestation des accusés à l’issue de la dernière audience précédant le prononcé du verdict, ils ont de nouveau été arrêtés. Seul Romario Slim, qui a justifié sa non-comparution par un rapport médical, a échappé à cette mesure. Le juge Hélou a ordonné néanmoins son arrestation. À l’issue de l’audience, avant qu’elles ne soient reconduites en détention, les trois femmes mises en cause ont fondu en larmes, embrassant longuement leurs proches. En cas de verdict favorable, leur remise en liberté sera ordonnée dès le 14 juillet. Dans le cas contraire, elles purgeront les peines auxquelles elles auront été condamnées.
Parmi les témoins entendus mardi, figure Lana Bteiche. Elle a affirmé qu’à deux reprises au moins Khalil Khalil avait fait une queue de poisson devant leur véhicule, avant de faire demi-tour et de leur jeter une cigarette à la figure. Le chef de la garde municipale de Faraya, Edmond Mehanna, a également été entendu en qualité de témoin, affirmant notamment que les caméras de surveillance aux abords du lieu du drame étaient hors service au moment des faits.
Le troisième témoin, Maher Zgheib, a indiqué que suite à un appel au secours de Khalil Khalil adressé à son frère, Abboud Khalil, il avait accouru sur les lieux du crime en compagnie de ce dernier, qui est son ami. Selon ses déclarations, il a vu Jonathan Chamoun sortir des lieux et l’aurait suivi dans une impasse, où leurs deux véhicules se seraient retrouvés face à face. Ce dernier l’aurait empêché de quitter les lieux en brisant la vitre de sa voiture et en s’emparant de la clé du véhicule, avant de comprendre qu’il n’était pas impliqué dans l’altercation survenue.
Dans leurs plaidoiries, les avocats des accusés ont insisté sur le caractère accidentel du drame, soutenant que la victime a reçu un seul choc qui lui a causé une fracture mortelle au niveau du crâne. Ils ont ainsi affirmé que son corps était intact et ne présentait ni fracture ni contusion. Ils ont indiqué, par ailleurs, que des rapports, dont celui de la police judiciaire, attestent que Khalil Khalil consommait des stupéfiants.
L’avocat de la famille de la victime a, pour sa part, requis de la cour une condamnation sur la base de l’article 549 du Code pénal relatif au crime intentionnel, réclamant de tous les prévenus des dommages pour les préjudices physiques et moraux subis.


