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Et pour le Liban, un petit-suisse au vinaigre

Le Liban n’est plus depuis bien longtemps la Suisse de l’Orient. Physiquement absent des pourparlers irano-américains, il aura pourtant figuré au centre des discussions de Bürgenstock. De bluff US en contre-bluff persan, notre pays a fini par se voir inclus dans la trêve générale de soixante jours conclue entre Washington et Téhéran. Était-ce pour le meilleur ou pour le pire ?


Grand spécialiste des retournements de veste, l’Oncle Sam (incarné de surcroît aujourd’hui par le plus imprévisible des présidents) vient-il vraiment de livrer le Liban à la République islamique ?


Entre aspirations déçues et pénible devoir de pragmatisme, la réponse demeure tributaire de la foule d’incertitudes qui continuent d’entourer la question.

On aura souvent reproché à l’État libanais d’avoir raté une occasion historique de réduire par la force un Hezbollah extrêmement affaibli par les coups que lui a portés Israël. Le fait est qu’une telle option n’a jamais été envisagée par le pouvoir, une guerre civile ne pouvant en effet que venir s’ajouter aux malheurs déjà immenses du Liban. Dès lors, l’armée libanaise s’est retrouvée dans une situation des plus singulières ; évitant avec la même prudence tout heurt avec un Israël surpuissant, elle ne peut se déployer que dans les rares secteurs où elle est admise.

Force est d’admettre à notre tour que le cessez-le-feu, pour redevable qu’il soit à Téhéran, pour fragile qu’il demeure, est incontestablement le bienvenu. D’où qu’elle vienne, toute accalmie est bonne à empocher pour un pays où la dernière en date des équipées du Hezbollah s’est soldée par des milliers de morts et de blessés et l’occupation israélienne de larges portions du territoire. La trêve offre au Liban surchargé de problèmes un salutaire répit humanitaire et économique. Et si le Hezbollah pavoise littéralement en inondant la route de l’aéroport de Beyrouth de portraits géants des guides iraniens, le président de la République prend soin de souligner que l’aide est une chose, et l’ingérence une tout autre, le Liban étant plus que jamais résolu à négocier en toute indépendance son propre destin. L’État libanais est d’ailleurs membre de la cellule de déconfliction préventive groupant les États-Unis, l’Iran, le Pakistan et le Qatar, et où brille curieusement par son absence le très assidu tireur israélien.

C’est néanmoins à l’autre bout du marché du siècle – à savoir les pourparlers tripartites de Washington entrés vendredi dans leur 5e session – que va se jouer l’évolution sur le terrain. Crucial s’annonce ce round, où vont être testés en effet le sérieux et l’efficacité réelle des pressions américaines sur Israël, mais aussi l’aptitude de l’armée nationale à gérer les zones pilotes appelées à être évacuées. Or il ne s’agit plus seulement pour elle d’encadrer les populations regagnant leurs foyers, mais aussi d’empêcher par tous les moyens le retour des combattants du Hezbollah. La grande muette devra également parachever, en solo, la destruction des infrastructures de la milice.

Oui, encore plus difficile à avaler que la classique pilule amère est le fromage suisse, copieusement assaisonné de vinaigre, que l’on nous a expédié par Fedex depuis les fraîcheurs alpines. Mais le processus de Bürgenstock n’est qu’à ses débuts, et il reste beaucoup à boire et à manger. Sa bombe atomique, la vraie, l’Iran l’a déjà lancée en bloquant durablement le détroit d’Ormuz, au grand affolement des économies mondiales. La réouverture de cette artère vitale lui offre un immédiat et substantiel bol d’oxygène qu’il n’est pas près de risquer à la légère. Le désarmement du Hezbollah demeure, jusqu’à nouvel ordre, une priorité du tandem israélo-américain ; et à tout prendre, mieux vaut pour tous qu’on y arrive par la négociation. A-t-on jamais douté d’ailleurs qu’en aucun cas la milice, instrument de l’Iran, ne pourrait s’y plier que sur seule injonction de ce dernier ?

Pour l’heure, on voit mal la Turquie, l’Égypte, l’Arabie saoudite et l’omniprésent Qatar (sans parler d’Israël !) s’accommoder d’un quelconque rétablissement en règle de la tutelle persane sur le Liban. En revanche, et au vu de la génèse de ce cessez-le-feu, c’est sur une partie de la mosaïque libanaise que l’Iran se voit reconnaître solennellement une influence décisive, laquelle de toute manière n’échappait à personne, cette flagrante vérité de La Palice étant pour la première fois consignée par écrit et signée de la superpuissance US.

Dramatique est certes ce développement, même si le vice-président JD Vance s’emploie à rassurer les inquiets, comme l’illustre son échange de messages avec Samir Geagea. Davantage cependant que les chrétiens, sunnites et druzes de ce pays, n’est-ce pas le chiisme authentiquement libanais qui devrait s’en lamenter ?

Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

Le Liban n’est plus depuis bien longtemps la Suisse de l’Orient. Physiquement absent des pourparlers irano-américains, il aura pourtant figuré au centre des discussions de Bürgenstock. De bluff US en contre-bluff persan, notre pays a fini par se voir inclus dans la trêve générale de soixante jours conclue entre Washington et Téhéran. Était-ce pour le meilleur ou pour le pire ?Grand spécialiste des retournements de veste, l’Oncle Sam (incarné de surcroît aujourd’hui par le plus imprévisible des présidents) vient-il vraiment de livrer le Liban à la République islamique ?Entre aspirations déçues et pénible devoir de pragmatisme, la réponse demeure tributaire de la foule d’incertitudes qui continuent d’entourer la question. On aura souvent reproché à l’État libanais d’avoir raté une occasion historique...