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Épidémie

Ce qu'il faut savoir, sur le coronavirus, en 12 questions

La maladie, qui a infecté plus de 100 000 personnes dans le monde et entraîné près de 3 400 décès, suscite une panique à l’échelle locale et internationale. Une panique alimentée par les fausses informations sur les réseaux sociaux. « L’Orient-Le Jour » fait le point.

À l’aéroport de Beyrouth, des voyageurs portent des masques chirurgicaux pour se protéger du nouveau coronavirus. Reuters/Mohamed Azakir

Un vent de panique s’est emparé des Libanais depuis que le premier cas d’infection au nouveau coronavirus (SARS-CoV-2) a été détecté le 20 février. Ruée sur les masques et les solutions hydroalcooliques, port de masques chirurgicaux et souvent de gants à latex dans les endroits publics, refus des embrassades et des poignées de main… autant de comportements qui dénotent d’une psychose générale alimentée par le flot de fausses informations qui circulent sur les réseaux sociaux à l’échelle locale et mondiale. Et pour cause : l’épidémie Covid-19, qui sévit depuis la fin du mois de décembre en Chine et qui s’est propagée à 87 pays, au nombre desquels le Liban, a infecté plus de 100 000 personnes et entraîné près de 3 400 décès. Le Dr Jacques Mokhbat, spécialiste en maladies infectieuses, fait le point pour L’Orient-Le Jour.


Que savons-nous du SARS-CoV-2 ?
Le virus semble avoir deux types de comportement. Soit celui-ci est excessivement bénin entraînant un léger syndrome respiratoire supérieur ou un petit rhume, soit il est sévère avec une atteinte pulmonaire et une défaillance respiratoire, selon la virulence de l’agent pathogène. Dans les deux cas de figure, les changements cliniques et la virulence des symptômes sont plutôt liés à l’état immunitaire de l’individu.

De plus, nous savons que la plus grande majorité des personnes qui contractent le virus développent la maladie dans les cinq jours qui suivent la contamination. Chez une minorité d’entre elles, celle-ci se déclare vers la fin de la période d’incubation qui est de quatorze jours. Néanmoins, il est possible de tomber malade même au-delà de cette période. Les publications faites dans ce cadre font état de rares cas ayant développé l’infection jusqu’à vingt-sept jours après avoir contracté le virus. Mais, dans 95 à 99 %, la maladie se déclare dans un délai de quatorze jours.

Une étude récente semble démontrer l’apparition de deux sortes de virus, probablement issus de mutations. Le premier, s’étant développé initialement à Wuhan, berceau de l’épidémie en Chine, serait le plus virulent. Avec la réplication et la diffusion du virus dans le monde, un mutant moins virulent semble avoir apparu. Néanmoins une mutation vers une virulence supérieure serait également possible. Il est donc impératif d’enrayer la propagation du virus et d’empêcher sa multiplication.


Qui sont les personnes à risque ?
À l’instar de la grippe, les personnes qui ont le plus de risque de développer une infection grave liée au coronavirus sont celles âgées, les femmes enceintes, les fumeurs, les personnes souffrant de maladies cardiaques ou respiratoires (asthme, bronchite chronique…), d’une immunodéficience, d’une insuffisance rénale et de diabète. Jusqu’à présent, il n’existe pas de traitements à la maladie, mais les résultats des études menées sur certains médicaments qui existent déjà sur le marché semblent prometteurs.

Au stade actuel donc, la prise en charge des patients dont l’état de santé est grave consiste à assurer un traitement de soutien pour soulager les symptômes et lutter contre la détresse respiratoire en recourant à la ventilation assistée et à l’hydratation.


Pourquoi les enfants ne développent-ils pas la maladie ?
Cela est probablement dû au fait que les enfants n’ont pas une réaction immunitaire très puissante. Ils ne vont pas donc avoir une réaction inflammatoire très violente. De ce fait, la maladie ne va pas apparaître sur le plan clinique. Pour de nombreuses maladies infectieuses, c’est la réaction immunitaire de l’hôte qui entraîne un état malade et non pas le germe ou le virus lui-même.


Les personnes qui attrapent le virus risquent-elles une rechute ?
Au Japon, on a signalé le cas d’un patient qui a récidivé, mais nous ignorons s’il s’agit vraiment d’une récidive ou d’un problème au niveau du test de diagnostic. Il est encore trop tôt pour le savoir.


Une personne contaminée et asymptomatique est-elle contagieuse ?
Là encore, nous n’avons pas la certitude parce qu’on n’a testé que les personnes qui ont développé les symptômes de la maladie. Toutefois, certaines publications parlent d’une transmission de personnes asymptomatiques mais qui seraient porteuses du virus.


En quoi le SARS-CoV-2 est-il différent des virus de la grippe ?
Les symptômes de la maladie sont similaires à ceux de la grippe, c’est-à-dire que le nouveau coronavirus entraîne une atteinte respiratoire supérieure et, dans des cas plus avancés, un syndrome pulmonaire. La différence est toutefois notée au niveau de la contamination, puisque le nouveau coronavirus se propage à plus grande vitesse et c’est là où réside le risque.


Est-ce que ce virus meurt avec la chaleur ?
Du fait de la chaleur, il va vivre moins sur les surfaces, sachant qu’il vit plus longtemps sur celles poreuses et les tissus. Nous ignorons encore quel serait le comportement de ce virus vis-à-vis du climat et si jamais il disparaîtra ou non avec l’arrivée de la saison chaude.


Quelles sont les précautions à prendre ?
Tout comme les virus de la grippe, le SARS-CoV-2 se transmet par des gouttelettes respiratoires, le contact avec des mains contaminées ou encore un objet contaminé. Pour se prémunir, il faudrait donc respecter quelques règles d’hygiène. Il est ainsi conseillé de garder une distance d’au moins deux mètres avec une personne présentant un syndrome respiratoire aigu, c’est-à-dire qui tousse ou éternue ; de se laver les mains fréquemment avec un savon ordinaire pendant une vingtaine de secondes, surtout après avoir serré la main à quelqu’un ; de se couvrir le nez et la bouche avec un mouchoir jetable, ou encore avec le coude, lorsqu’on tousse ou éternue ; d’éviter de se toucher les yeux ou les muqueuses si on ne s’est pas lavé les mains ; et de nettoyer son environnement (bureau, table de travail…).

Par ailleurs, si on est rentré d’un pays endémique, il est conseillé d’observer un isolement chez soi durant toute la période d’incubation du virus qui est de quatorze jours. C’est une responsabilité civique envers sa communauté.


Les masques protègent-ils ?
Uniquement dans les milieux hospitaliers. Il est inutile de se balader toute la journée avec un masque chirurgical. Celui-ci ne doit être porté qu’en cas de contact direct et rapproché avec une personne contaminée soit par le patient lui-même, soit par le soignant médical et/ou familial.


Est-ce qu’on peut se faire tester en guise de prévention ?
Le PCR, un test qui recherche la présence d’un virus dans l’organisme, n’est utilisé actuellement que si l’individu a développé les symptômes de la maladie. Il est possible que ce test détecte le virus chez des personnes asymptomatiques, mais il n’est pas clair pour le moment si ceci représente un risque de contagiosité.


Qui appeler en cas de doute

En cas d’apparition de symptômes suspects (fièvre, toux, problèmes respiratoires, mal de gorge, nez qui coule), le ministère de la Santé indique qu'il faut appeler le numéro vert suivant : 76-592699. C'est à ce numéro que seront précisées à l'interlocuteur les démarches qu'il doit suivre.

Pour toute question concernant le coronavirus, les numéros suivants sont également proposés :

Hotline: 1214

Service de médecine préventive :  01/843769 - 01/830300 Ext: 435-436-437

Centre de quarantaine de l’aéroport de Beyrouth : 01/629352

Programme de surveillance épidémiologique :  01/614194 - 01/614196





Faut-il avoir peur du nouveau coronavirus ?
Les gens ont peur parce qu’il s’agit d’un virus nouveau qui se transmet rapidement. Mais la panique observée à l’échelle internationale est principalement alimentée par les fausses informations relayées en masse sur les réseaux sociaux. Malheureusement, tout un chacun s’érige en expert en matière de santé, de virologie et d’épidémiologie. Au Liban, vient s’ajouter le manque de confiance dans les structures étatiques. Les gens pensent que l’État leur ment et estiment que les mesures qu’il prend sont inefficaces ou insuffisantes. Ils réagissent donc en refusant de se conformer aux recommandations émises par le ministère de la Santé. Lorsqu’on demande aux personnes rentrées de pays endémiques de se mettre en quarantaine chez elles, elles n’obéissent pas. Or le ministère peut prendre toutes les mesures possibles et imaginables. Si on refuse de s’y conformer, ce n’est plus la faute à l’administration, mais au citoyen lui-même qui fait preuve d’irresponsabilité.

D’un point de vue scientifique, on commence à voir plus clair. Jusqu’à présent, on n’a recensé que les personnes tombées malades. Or on s’est rendu compte que le nombre des personnes infectées est nettement supérieur. Ce qui fait que le taux de mortalité est probablement inférieur à 3 %. Il commence même à se rapprocher un peu de celui de la grippe saisonnière qui est inférieur à 1 %.




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commentaires (3)

TRES CLAIR ET BRAVO POUR CET ARTICLE.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

18 h 22, le 13 mars 2020

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Commentaires (3)

  • TRES CLAIR ET BRAVO POUR CET ARTICLE.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    18 h 22, le 13 mars 2020

  • Le médecin belge qui a découvert Ebola, a nettement indiqué dans une interview très récente, que le simple fait de parler avec quelqu'un portant le virus, peut contaminer son interlocuteur. Ce qu'on réalise en fait chez les hommes politiques nombreux atteints. Et il insiste que le corona est plus grave que l'ebola.

    Esber

    18 h 03, le 13 mars 2020

  • Merci pour cet article clair et synthétique

    Michau François

    11 h 34, le 07 mars 2020