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Focus

Comment la propagation du virus bouscule les habitudes au Liban

Après l’annonce du cas de contamination au Covid-19, des changements de comportements ont été notés, notamment dans les lieux de rassemblement.

De nombreux citoyens ont visiblement modifié leur comportement depuis l’apparition du virus au Liban. Joseph Eid/AFP

Il aura fallu très peu de temps au coronavirus pour bousculer nos habitudes. Même les moins hypocondriaques d’entre nous sont désormais touchés par la psychose ambiante, alors que le bilan officiel des contaminations s'élevait à 13 personnes hier et que les écoles et universités sont désormais fermées pour une semaine au moins.

Dans ce contexte, les Libanais sont contraints de s’adapter à la nouvelle donne. Et ce jusqu’au palais présidentiel de Baabda, où les visiteurs sont désormais appelés à se laver les mains et utiliser un antiseptique avant d’entrer dans le bâtiment, racontent les témoins qui s’y sont rendus récemment. Certaines salles de sport et divers lieux de loisirs sont moins fréquentés qu’avant. On ne se rend plus dans les grandes surfaces que munis de lingettes antibactériennes. Certains grands magasins affichent en outre des conseils pour lutter contre le coronavirus, sur de petites pancartes près des caisses où des employés vous accueillent munis de gants en latex. Même dans les rangs des manifestations qui continuent d’être organisées, régulièrement, contre la classe politique, certains contestataires crient désormais leurs slogans derrière un masque chirurgical.

Ces précautions se multiplient dans tous les endroits publics, mais qu’en est-il des visites entre parents ou amis, des condoléances, des rassemblements dans les lieux de culte, etc. Dans une société où la vie sociale est particulièrement dense, cette expérience quasi inédite de propagation d’un nouveau virus a une résonance toute particulière.

Dans son tour du monde des « nouveaux us et coutumes au temps du coronavirus », l’AFP cite « le Liban où “Footshake”, une vidéo devenue virale, montre le chanteur Ragheb Alama et le comédien Michel Abou Sleiman, hilares, se taper des pieds quatre fois en faisant à chaque fois le bruit d’un baiser avec leur bouche ». Histoire de remplacer les trois bises traditionnelles sur la joue par un geste moins « risqué » suivant les nouveaux codes ! Sur une note plus grave, la question du contact humain à l’heure où le virus se propage se pose en diverses occasions sociales. Ainsi, la municipalité de Dhour Choueir (Metn) a indiqué, sur sa page Facebook, les précautions à prendre durant les visites de condoléances au village. Se référant aux « directives de l’Organisation mondiale de la santé pour la lutte contre le coronavirus », la municipalité fait les recommandations suivantes à ses administrés : « Pour plus de précautions, et en vue de protéger la santé des familles en deuil et de leurs visiteurs, nous demandons aux citoyens qui présentent leurs condoléances dans les églises ou dans les salons de remplacer la poignée de main et les embrassades par une main posée sur le cœur, en guise de salut. »


(Lire aussi : Avec trois nouveaux cas, le bilan des contaminations monte à 13)



Dans les églises et les mosquées

La question du risque de contagion se pose aussi avec acuité dans les rassemblements religieux. Ainsi, si l’Espagne déconseille désormais le traditionnel baiser à la Vierge, en ce début de carême, les Pays-Bas proscrivent de donner l’hostie dans la bouche et les bénitiers y sont également déconseillés. Au Liban, les fidèles chrétiens s’interrogent. « À l’église, au moment de se donner un signe de paix, le prêtre a évité de tendre la main à son voisin, nous avons tous compris que ce geste est temporairement aboli, raconte une fidèle, qui a requis l’anonymat. En revanche, le prêtre nous a tendu l’hostie avec sa main. »

Une jeune migrante éthiopienne raconte que « le pasteur de l’église protestante a sensibilisé les fidèles aux précautions à prendre pour éviter la contagion, au cours de la messe ».


(Pour mémoire : Coronavirus : le Liban suspend l'entrée des voyageurs étrangers en provenance des pays les plus touchés)



Interrogé sur la question, Mgr Boulos Sayah, vicaire patriarcal, indique à L’OLJ qu’il n’y a pas de directives précises de la part de l’Église. « Cependant, je crois que ce sujet sera abordé au cours de la réunion des évêques mercredi, parce que cette question est posée par de nombreux prélats, poursuit-il. D’éventuelles mesures s’appliqueraient au signe de paix, que l’on pourrait remplacer par un signe de tête, ainsi qu’à la communion, au cours de laquelle les fidèles pourraient être appelés à se donner l’hostie eux-mêmes. L’eau bénite, dans laquelle les fidèles trempent les doigts, pourrait aussi être supprimée temporairement. » « Toutefois, ajoute-t-il, il ne faut pas oublier que le principe de précaution doit s’appliquer à tous les lieux publics où des rassemblements sont réguliers, sinon toute directive appliquée dans les lieux de culte n’a aucun sens. »

L’appréhension est la même dans les communautés musulmanes. Cheikh Mohammad Nokkari, un dignitaire sunnite, explique à L’OLJ que, même s’il n’existe pas de directives claires de la part des autorités religieuses, « il est conseillé aux personnes habitant des quartiers à risques, comme ceux où de nombreux habitants reviennent d’Iran par exemple, de prier à la maison s’ils jugent cela plus prudent ». « Par ailleurs, dans les mosquées, nous diffusons les mêmes informations qu’ailleurs, comme le fait de tousser dans un mouchoir ou dans sa manche par exemple, dit-il. Nous remarquons déjà que les croyants bouleversent leurs habitudes. Ainsi, vendredi dernier, il y avait moins de personnes dans les mosquées. »


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commentaires (2)

Mieux vaut prévenir que guérir.

Eddy

09 h 53, le 03 mars 2020

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Commentaires (2)

  • Mieux vaut prévenir que guérir.

    Eddy

    09 h 53, le 03 mars 2020

  • FAUT BIEN S,Y ADAPTER.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 46, le 03 mars 2020