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Culture - Profil

Pierre Abboud, la révolution par l’art et le recyclage des déchets...

Cet architecte et artiste récupère des tonnes de canettes de soda et de bouteilles d’eau. Non pour sa consommation personnelle, mais pour réaliser des œuvres qui célèbrent le mouvement de contestation au Liban et la préservation de l’environnement.

« Nehna 3ayleh », réalisée pour la campagne de Dafa, trône désormais dans les jardins de la MTV à Naccache. DR

Il a laissé son empreinte sur plus d’une place de la révolution. Depuis le début des contestations à travers le Liban, Pierre Abboud a signé quatre sculptures dédiées à la thaoura, à ses figures emblématiques, ses épisodes dramatiques, mais aussi à ce souffle d’espoir et de solidarité patriotique qu’elle véhicule par-dessus tout.

En effet, c’est lui qui a réalisé cette effigie de femme, de près de quatre mètres de hauteur, brandissant le drapeau national, qui trône en plein cœur de la place des Martyrs à Beyrouth. Inspirée de « la magnifique implication des femmes dans l’impulsion de cette révolte », dit-il, et baptisée al-Thaoura ounsa (La révolution est une femme), elle est la toute première de sa série d’œuvres publiques consacrées au mouvement de soulèvement du peuple libanais.

Dans une première vie, au cours des années quatre-vingt-dix, cet architecte d’intérieur diplômé de l’ALBA s’était fait une petite renommée dans la peinture murale au Liban. Et en particulier dans le trompe-l’œil décalé et humoristique. En 2005, la situation du pays du Cèdre ayant commencée à péricliter, Pierre Abboud s’était installé à son compte aux Émirats, à Dubaï, où il fonde sa propre compagnie d’architecture et de design évènementiel. Comme nombre d’expatriés, ses retours au pays se limitaient, depuis, aux périodes de vacances qu’il passait auprès de ses parents et dans son village de Jeige, dans les hauteurs de Jbeil, où il aime se ressourcer.

Sauf que les évènements du 17 octobre 2019, en réanimant son sentiment patriotique, vont le propulser dans une nouvelle vie. Celle d’un artiste totalement investi dans le mouvement de contestation… À travers l’art et le recyclage des déchets.

Canettes, bouchons et becs de narguileh...

En fait, à Dubaï, il commence par esquisser des dessins caricaturaux de politiciens qu’il poste sur son fil Instagram. Mais c’est l’image d’une Lara Abou Fakhr, aussi déterminée que dévastée, aux funérailles de son époux Ala’, le martyr de la révolution, qui va le remuer au point de lui faire prendre l’avion illico pour Beyrouth, avec le besoin d’apporter sa contribution directe à cette rébellion par l’art et sur le terrain. « Je ne savais pas encore quoi faire exactement. Mais à peine arrivé, un jeudi soir, je me rends à la place des Martyrs et là, je découvre, dans un coin, une tente pour le recyclage des déchets. Comme je suis très sensible à l’écologie et à la préservation de l’environnement, l’idée d’élaborer une sculpture à partir des éléments que je pouvais y récupérer a aussitôt germé dans mon esprit », indique-t-il. L’architecte grimpe immédiatement chez le ferronnier de son village pour y faire construire, durant la nuit, un squelette en fer de 3,80 mètres de hauteur sur une base de 1,50 m. Le lendemain, il le transporte à Beyrouth, l’installe en plein cœur de la place du centre-ville, à deux pas du « Poing de la révolution » de Tarek Chehab, et s’attelle deux jours durant à le recouvrir de canettes de sodas compressées, de bouchons de bouteilles d’eau en plastique et de « becs » de narguilé récupérés sur place…


Dans le « Guinness »…

Suivront, au fil de ses retours à Beyrouth, désormais un week-end sur deux, d’autres pièces sculpturales, toujours produites sur le même mode et avec les mêmes matériaux de récupération.

Il exécutera ainsi Nehna 3ayleh (Nous sommes une famille), à l’occasion de la campagne Dafa, pour exprimer la solidarité renaissante entre toutes les communautés libanaises. Puis, place el-Nour, à Tripoli, Aarousset el-thaoura (La mariée de la révolution), qu’il élabore, cette fois, avec des tesselles en verre recyclé, en hommage aussi à l’artisanat de la capitale du Nord. Et, la dernière en date : L’olivier de la paix, qu’il réalise à l’occasion de La journée de la créativité libanaise, à nouveau en pleine place des Martyrs, à Beyrouth.

Des œuvres à travers lesquelles Pierre Abboud met l’accent sur l’esprit pacifique et l’engagement écologique des protestataires. « Eux prennent la peine de ramasser les détritus sur les places où ils manifestent. Et moi, je travaille à transformer ces éléments non recyclables qui détruisent l’environnement en ode à la nature, au patriotisme, à l’art... » assure celui qui rêve de s’impliquer de plus en plus dans un art qui lutte pour l’environnement. D’ailleurs, parallèlement à son engagement sur le terrain libanais, il vient de réaliser, en collaboration avec Masdar City à Abou Dhabi, une gigantesque mosaïque, toujours avec du matériel recyclable. Une pièce de 1 015 m2 qui a nécessité plus de 90 000 tesselles, confectionnées à partir du plastique des bouteilles d’eau minérales, du carton des paquets d’emballage, des résidus de lamelles de bois… Et qui a fait son entrée dans le Guinness World Records.


Pour mémoire

La « thaoura » est femme : la preuve par 8


Il a laissé son empreinte sur plus d’une place de la révolution. Depuis le début des contestations à travers le Liban, Pierre Abboud a signé quatre sculptures dédiées à la thaoura, à ses figures emblématiques, ses épisodes dramatiques, mais aussi à ce souffle d’espoir et de solidarité patriotique qu’elle véhicule par-dessus tout. En effet, c’est lui qui a réalisé cette...

commentaires (1)

Super bravo.

Eddy

13 h 14, le 18 février 2020

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Commentaires (1)

  • Super bravo.

    Eddy

    13 h 14, le 18 février 2020

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