Un membre du personnel médical de l'hôpital Jinyintan de Wuhan portant des combinaisons de protection, le 13 février 2020. Photo China Daily via REUTERS
Sur 59.900 combinaisons nécessaires chaque jour, les médecins et infirmières de Wuhan n'en ont que... 18.500, a détaillé le maire adjoint, Hu Yabo. Même constat pour les masques N95, qui protègent du virus : il en faudrait 119.000 par jour, ils n'en ont que 62.200.
(Lire aussi : Coronavirus : près de 1.400 morts en Chine, dont six membres du personnel soignant)
"Il m'a envoyé une vidéo. On le voit dans une ambulance aller chercher huit patients suspectés d'être contaminés. Vous vous imaginez (...) sans combinaison adéquate, avec huit sources potentielles du virus autour de vous ?"
Wuhan compte officiellement 19.558 personnes contaminées jusqu'à présent. Mais bien davantage sont venues consulter dans les hôpitaux.
"Des médecins de toutes les spécialités sont appelés en renfort. Dans un service, ils reçoivent 400 patients en huit heures", raconte la même médecin de Wuhan, qui n'est pas encore sur le terrain mais se prépare à être mobilisée.
(Lire aussi : Coronavirus : décès en Iran d'une femme suspectée d'être contaminée)
Certains soignants évoquent leurs conditions de travail via les réseaux sociaux ou les médias. Mais beaucoup ont peur de s'exprimer, car le Parti communiste (PCC) veille et censure tout contenu susceptible d'alimenter le mécontentement. Sa hantise : une vidéo comme celle diffusée en direct par un journaliste chinois il y a quelques jours. On y voit un homme sortir d'une berline noire et récupérer dans un entrepôt de la Croix-Rouge un carton de masques N95. Interrogé, il refuse de dire pour qui il travaille. Grâce à la plaque d'immatriculation, le reporter retrouve le propriétaire du véhicule : la mairie... Tollé des internautes, qui se demandent pourquoi un organisme caritatif fournit les autorités, lorsque les hôpitaux font face à une pénurie.
(Lire aussi : "Nouveau coronavirus : "beaucoup trop tôt" pour prédire la fin de l'épidémie, selon l'OMS")
Signe du risque pour le personnel : 40 ont été contaminés dans un hôpital de Wuhan, selon une étude publiée vendredi dans la revue médicale américaine Jama.
"Chez nous, on a environ 17 médecins qui sont soupçonnés d'être contaminés", assure sous couvert d'anonymat un médecin d'un petit hôpital de quartier.
En raison de la pénurie, le personnel doit y désinfecter les masques, voire porter... des blouses d'ouvriers.
"Ceux d'entre nous qui ont de la fièvre sont placés en quarantaine. Mais on n'est pas assez à travailler. Donc si après sept jours, tu n'as plus de fièvre, l'hôpital va te pousser à reprendre le travail."
L'industrie ne suit pas encore. La production nationale de masques n'est qu'à 73% de sa capacité normale, a avoué dimanche devant la presse Chen Da, haut responsable de l'agence nationale de planification.
Pour mémoire
Un étudiant libanais rentré de Chine placé en quarantaine par mesure de précaution
Adham al-Sayed : Je reste à Wuhan par devoir moral et humanitaire
Le coronavirus fait l’objet d’une campagne de désinformation au Liban

