X

Liban

Des orques au large du Liban, un phénomène inédit

Vie sauvage

Les experts n’ont toujours pas d’explication sur les raisons de ce passage, mais les analyses d’un spécimen échoué à Sarafand sont en cours.

13/02/2020

Malgré l’actualité très fournie de ces derniers mois au Liban, le passage d’une orque dans les eaux libanaises, filmée au large de Khaldé, a mis les réseaux sociaux en émoi. Et il y a de quoi : c’est pratiquement la première fois que ce grand cétacé est repéré dans les eaux relativement chaudes de la Méditerranée orientale. Quelques jours plus tard, le 10 février, une orque était retrouvée échouée à Sarafand. Même si, selon des experts, il ne s’agissait pas du même animal, quel sens donner à cette présence, pour le moins insolite, de ces imposants mammifères marins au large du Liban ?

Interrogé sur la question par L’Orient-Le Jour, Milad Fakhry, directeur du Centre national des sciences marines du Conseil national de la recherche scientifique (CNRS), fait le rapprochement avec « un groupe d’orques, formé de 4 à 5 animaux, qui a été observé il y a peu de temps au sud de l’Italie, où il serait entré par le détroit de Gibraltar dans une réserve marine de la région ». « Ces animaux sont tous identifiés et tagués en Europe (probablement en Islande dans le cas de ce groupe), poursuit-il. Ce groupe serait passé par les eaux tunisiennes puis grecques. Il serait formé d’un grand mâle, de trois femelles et d’un nouveau-né. Il pourrait s’agir des animaux repérés au Liban, même si rien n’est certifié pour le moment. On ne sait pas pourquoi, à ce jour, ce petit groupe se serait détaché de son troupeau original. »

Selon Milad Fakhry, « le spécimen filmé à Khaldé serait un grand mâle, de passage dans ces eaux ». Il y a plus de 80 % de chances, ajoute-t-il, pour que l’orque retrouvée morte à Sarafand ne soit pas l’animal qui a été filmé. Une équipe du centre s’est déplacée mardi pour prélever des échantillons de l’animal échoué. « Nous allons bientôt sortir un rapport préliminaire, affirme-t-il. Le corps est en état de décomposition, ce qui suggère que l’orque était morte depuis plusieurs jours, probablement dans d’autres eaux, avant de s’échouer. Mais tout cela reste à confirmer. Nous effectuons des analyses sur place, et d’autres seront faites en Europe, puisque nous sommes en contact continu avec les institutions concernées là-bas. »


(Pour mémoire : Une baleine rare observée au large du Liban)



Pollution ou changement climatique ?

Michel Bariche, biologiste marin et professeur à l’AUB, explique que « l’orque n’est pas un animal coutumier de la Méditerranée, on en a observé de temps en temps vers l’Espagne, mais jamais chez nous ». Les orques, animaux sociaux qui suivent généralement un leader en groupe et n’attaquent pas l’homme en milieu sauvage, sont très communs dans les océans Atlantique, Pacifique ou encore dans l’océan Indien. En Méditerranée orientale, on trouve beaucoup d’autres cétacés comme les cachalots ou différents types de dauphins. L’expert estime, en l’absence de données précises, que l’orque filmée dans les eaux libanaises se serait égarée. Pour ce qui est de la cause possible de la mort de tels animaux dans ces conditions, l’expert estime que « ces gros cétacés risquent fort de mourir de faim en Méditerranée orientale, parce qu’ils n’y trouveraient pas en abondance la nourriture qu’il leur faut ». « Je pense qu’ils pourraient difficilement survivre à un passage en Méditerranée orientale, poursuit-il. Il ne leur est pas aisé en effet de retrouver leur chemin vers des eaux qui leur sont plus familières. »

Que faut-il penser de cette présence insolite en Méditerranée ? « Selon moi, l’incident est trop isolé pour être significatif, répond Michel Bariche. Il est encore trop tôt pour le lier à des facteurs comme la pollution ou le changement climatique. » Milad Fakhry pense lui aussi qu’il est trop tôt pour émettre des hypothèses à ce propos, soulignant que même les experts européens qu’il a pu contacter ne trouvent pas encore d’explication plausible à ce phénomène.

« On peut dire cependant que de nombreux baleines et dauphins, à l’instar d’autres animaux marins, souffrent de l’usage de sonars sous l’eau par des bateaux ou des sous-marins. Ces vagues sonores peuvent en effet voyager sur des centaines de milles sous l’eau et maintenir une intensité de 140 décibels sur un rayon de 300 milles marins », poursuit Michel Bariche, qui ajoute que cela peut perturber certains animaux marins, au point de causer des blessures et même la mort.


Pour mémoire

Un bébé dauphin retrouvé mort au large de Tabarja

À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

IMB a SPO

A quand l'accusation qu'il s'agit en fait d'espions du Mossad Israeliens?

Dernières infos

Les signatures du jour

impression de Fifi ABOU DIB

Les démons du fatalisme

Les + de l'OLJ

1/1

Le Journal en PDF

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'OLJ vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants