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Moyen Orient et Monde - Éclairage

L’Autorité palestinienne contrainte de se réinventer

Alors que les détails du plan américain pour la paix au Proche-Orient n’ont pas créé de grande surprise, l’officialisation de l’annexion de Jérusalem-Est et d’une partie de la Cisjordanie devrait pousser le leadership palestinien à revoir sa stratégie politique.

Des Palestiniens jetant des pierres sur les forces israéliennes durant une manifestation contre le plan de paix américain pour le Proche-Orient, à Hébron, en Cisjordanie occupée, le 30 janvier 2020. Mussa Qawasma/Reuters

L’Autorité palestinienne (AP) fait-elle face à un nœud gordien ? La divulgation du plan de paix américain pour le Proche-Orient mardi dernier, en phase avec les aspirations de la droite israélienne et sans égard aucun, ne serait-ce que pour l’une des revendications palestiniennes, la confronte aux limites de sa stratégie politique sur la scène internationale. « Jérusalem n’est pas à vendre. Les droits des Palestiniens non plus, ils ne sont pas négociables », a fustigé le président Mahmoud Abbas, suite à la présentation du projet de Washington. Mais au-delà du discours, l’officialisation par les dirigeants américains et israéliens d’une réalité d’annexion sur le terrain interroge sur les choix à venir de l’Autorité palestinienne pour contrecarrer cette offensive diplomatique.

D’autant plus que c’est l’essence même de l’institution qui est aujourd’hui en ligne de mire. Établie en 1993 dans le sillage des accords d’Oslo, elle devait à l’origine centraliser les pouvoirs sur une période transitoire de cinq ans, avant l’accession à un État palestinien indépendant. Son existence est intrinsèquement liée à l’idée de deux États comme solution juste et durable au conflit israélo-palestinien.

Or aujourd’hui, le plan Kushner semble volontairement ambigu, proposant un éventuel État palestinien dont les frontières ne sont pas viables. En outre, alors que la solution à deux États était aussi portée par « l’initiative de paix arabe », proposée par l’ancien roi saoudien Abdallah et adoptée à l’unanimité en 2002, lors du sommet arabe à Beyrouth, les pays de la région semblent aujourd’hui témoigner d’un désintérêt croissant pour la cause palestinienne.

Surtout, le manque de vision stratégique de l’Autorité palestinienne provoque la colère et la lassitude de la population. Selon un sondage mené par le Palestinian Center for Policy and Survey Research en juin 2019, seuls 31 % considèrent que les négociations sont le meilleur moyen de mettre un terme à l’occupation et 38 % soutiennent la dissolution de l’Autorité palestinienne. En décembre dernier, selon la même source, 42 % soutenaient la solution à deux États mais 61 % considéraient qu’elle était infaisable à cause du développement des colonies israéliennes.

Pour autant, si la solution à deux États dans les frontières de 1967 n’est plus à l’ordre du jour pour Washington et Israël, peu d’alternatives crédibles existent. Une solution à un État avec les mêmes droits pour tous ses citoyens relevant, en effet, du vœu pieu.

« La stratégie palestinienne doit continuer de s’appuyer sur la légalité internationale et sur le plaidoyer en faveur de la solution à deux États. Une grande partie du soutien international que nous recevons est liée à cette solution. Une grande partie de l’opposition internationale à l’expansion des colonies israéliennes est due au fait que cela remet en question la solution à deux États », explique Ghassan Khatib, ancien membre de la délégation palestinienne aux négociations de paix de Madrid et de Washington dans les années 1990, ancien ministre palestinien et vice-président actuel de l’université de Bir Zeit, basée en Cisjordanie. « L’alternative à deux États, ce ne sera certainement pas un seul État avec les mêmes droits pour tous, mais un apartheid qui, sur le long terme, ne sera ni favorable aux Palestiniens ni favorable aux Israéliens qui devront composer avec le fardeau éthique que cela implique », ajoute-t-il.

Si la stratégie diplomatique de l’Autorité palestinienne lui a permis d’enregistrer plusieurs victoires à l’échelle internationale telle que la reconnaissance de l’État de Palestine par 139 pays parmi les 197 actuellement reconnus par l’ONU, elle n’a pas contribué à endiguer la dynamique coloniale israélienne.

« Cela fait longtemps que les élites palestiniennes voient bien que l’option diplomatique ne marche plus. Il y a un consensus à ce sujet », résume pour sa part Xavier Guignard, secrétaire général du centre de recherche Noria et enseignant à Sciences Po Paris.



(Lire aussi : À fleur de poils, le billet de Gaby NASR)



Front commun
Les contradictions du plan Kushner, qui propose un État mais sans réelle souveraineté et sans continuité territoriale, renvoie l’Autorité palestinienne un peu plus au rang de « collaborateur » des autorités israéliennes. Une réalité que galvanise davantage encore les divisions interpalestiniennes entre une Autorité qui règne en maître en Cisjordanie et un Hamas qui domine la bande de Gaza.

« Il faut trouver une solution à la division actuelle. Une partie de la faiblesse de la position palestinienne est issue de cette division. Nous devons absolument travailler à notre unité nationale », commente Ghassan Khatib.

La victoire du Hamas aux élections législatives palestiniennes de 2006 a abouti à un conflit fratricide entre ce mouvement et celui du Fateh. La prise du pouvoir par la force du mouvement islamiste dans la bande de Gaza en 2007 a eu pour conséquence l’existence de deux régimes rivaux dans les territoires occupés, qui partagent un point commun. En Cisjordanie comme à Gaza, les opinions dissidentes sont bâillonnées. Les arrestations arbitraires, les intimidations et les actes de torture contre l’opposition sont légion.

« L’Autorité palestinienne et le Hamas peuvent tout à fait faire front commun dans la dénonciation d’un épiphénomène, à savoir le plan américain, mais au moment de mettre en place une quelconque stratégie, ils seront confrontés à leurs divisions qui sont structurelles. Le plan met suffisamment de distance entre les deux en qualifiant le Hamas d’organisation “terroriste” et en reconnaissant la légitimité de l’Autorité palestinienne, qui, dans les faits, n’en a plus », souligne M. Guignard. « Il faut savoir que la coopération sécuritaire se poursuit malgré tout, y compris avec les Américains, alors qu’il n’y a plus de dialogue politique. Le jour ou l’Autorité dit “j’arrête d’espionner et d’arrêter les membres du Hamas, mes oppositions et les mouvements violents”, elle disparaît. C’est sa raison d’être », ajoute-t-il.

Si le Hamas avait déjà opposé une fin de non-recevoir au plan Kushner avant la divulgation de son contenu, l’officialisation de la fin de l’esprit d’Oslo pourrait faire ses affaires. Le mouvement de la résistance islamique s’est toujours opposé à ces accords, n’a jamais reconnu Israël de jure et a toujours estimé que les négociations ont trahi le droit des réfugiés palestiniens à retourner sur leurs terres, sur ce territoire devenu Israël en 1948.

Mais à la faveur de l’exercice du pouvoir, le mouvement a, en pratique, pris peu à peu ses distances avec la lutte armée, bien que son discours soit resté offensif. Au cours de la dernière campagne militaire israélienne contre Gaza en novembre 2019, Israël a laissé le Hamas à l’écart des hostilités. Depuis avril 2018, le nouveau leader du mouvement, Yehia Sinwar, a choisi de mettre un terme à l’envoi de roquettes contre Israël et de s’abstenir de répliquer militairement à la destruction de tunnels transfrontaliers par les forces israéliennes. Une stratégie davantage nourrie par des considérations pragmatiques que morales ou idéologiques, au premier rang desquelles la concurrence avec le Fateh. Pour renforcer son joug sur Gaza, le Hamas se présente comme une force stabilisatrice pour Israël afin que ce dernier l’épargne de ses représailles.

Les détails du plan Kushner pourraient-ils remettre en cause cette nouvelle stratégie ? « La distinction que je ferai entre l’Autorité palestinienne et le Hamas c’est, qu’en dernier ressort, le Hamas pourrait toujours avoir recours à la violence. C’est une carte qu’il n’a pas complètement abandonnée », analyse Xavier Guignard. « Mais aujourd’hui, le Hamas connaît le prix à payer. Si devant un acte d’agression militaire il ne répond pas sur le terrain militaire, alors il y a fort à parier que sur une agression diplomatique, il ne répondra pas sur le terrain militaire non plus. Il n’empêche que le mouvement doit composer avec le Jihad islamique et d’autres mouvements pour qui la carte militaire est plus facilement accessible », conclut-il.



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L’Autorité palestinienne (AP) fait-elle face à un nœud gordien ? La divulgation du plan de paix américain pour le Proche-Orient mardi dernier, en phase avec les aspirations de la droite israélienne et sans égard aucun, ne serait-ce que pour l’une des revendications palestiniennes, la confronte aux limites de sa stratégie politique sur la scène internationale. « Jérusalem...

commentaires (4)

Souvenir : Dans les années 1965-70, des Palestiniens de Tall-Zaatar, s'amusaient à dresser des barrages à travers la route de Aïn-Saadé au niveau de Mkallès et ce, dans le but de démontrer qu'ils sont là chez eux dans le pays des autres... J'accompagnais, un soir, un prêtre en soutane pour aller à Aïn-Saadé. Arrivés au barrage dressé par trois jeunes hommes armés, l'un d'eux demande au prêtre de lui présenter sa carte d'identité, le prélat refuse catégoriquement. Quant à moi, je la lui présente pour éviter un "mechkel". En nous donnant ordre de partir, le vaillant combattant pour la libération de la Palestine, donna un coup de piued sur la porte de la voiture. C'est la raison pour laquelle je ne pleure pas le remplacement de Jérusalem par Abou-Dis.

Honneur et Patrie

16 h 32, le 31 janvier 2020

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Commentaires (4)

  • Souvenir : Dans les années 1965-70, des Palestiniens de Tall-Zaatar, s'amusaient à dresser des barrages à travers la route de Aïn-Saadé au niveau de Mkallès et ce, dans le but de démontrer qu'ils sont là chez eux dans le pays des autres... J'accompagnais, un soir, un prêtre en soutane pour aller à Aïn-Saadé. Arrivés au barrage dressé par trois jeunes hommes armés, l'un d'eux demande au prêtre de lui présenter sa carte d'identité, le prélat refuse catégoriquement. Quant à moi, je la lui présente pour éviter un "mechkel". En nous donnant ordre de partir, le vaillant combattant pour la libération de la Palestine, donna un coup de piued sur la porte de la voiture. C'est la raison pour laquelle je ne pleure pas le remplacement de Jérusalem par Abou-Dis.

    Honneur et Patrie

    16 h 32, le 31 janvier 2020

  • "Jérusalem n'est pas à vendre. Les droits des Palestiniens non plus". (Mahmoud Abbas). Yasser Arafat n'aurait pas dit autre chose en sus de ses doigts en V à la manière de Churchill. Cela dure depuis 72 ans.

    Honneur et Patrie

    13 h 01, le 31 janvier 2020

  • Le représentant permanent de la Russie aux Nations unies, M. Nebenzia, a déclaré, jeudi 30 janvier, que les hauteurs du Golan faisaient partie intégrante de la Syrie et que Moscou ne reconnaissait pas la souveraineté usuratrice sur ce territoire. Les hauteurs du Golan font partie intégrante du sol syrien et les cartes annexées au Deal du siècle selon lesquelles le Golan appartient à Israël, sont en contradiction totale avec les résolutions du Conseil de sécurité. Le diplomate russe a souligné que Moscou ne reconnaissait pas la souveraineté d’Israël sur le Golan.Les hauteurs du Golan ont été saisies illégalement. En Syrie, le Hezbollah a redéployé plusieurs de ses unités à Qalamoun occidentale à la frontière syro-libanaise, a révélé jeudi OSDH. Selon l’OSDH, basé à Londres, le Hezbollah a déployé des troupes dans une base de défense aérienne de l'armée syrienne près de la ville de Jabadin, ainsi que dans des collines surplombant la ville. « Des sources fiables ont confié à l’OSDH qu'un certain nombre de dirigeants du Hezbollah s’étaient installés dans des maisons à Jabadin qu’ils utilisaient comme des fiefs secrets , indique l’OSDH. Plus tôt en janvier, des unités de génie du Hezbollah ont détruit plusieurs tunnels dans la région de Qalamoun orientale qui avaient été creusés par les bactéries wahabites envoyées par les occidentaux en Syrie par l'entremise de erdo .

    FRIK-A-FRAK

    11 h 19, le 31 janvier 2020

  • LES RELATIONS INTER PALESTINIENNES SONT UN BORDEL ET ISRAEL EN PROFITE.

    LA LIBRE EXPRESSION.

    08 h 28, le 31 janvier 2020

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