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Politique - Trois questions à...

Mohanad Hage Ali : Le « deal du siècle » ne devrait pas avoir de répercussions directes sur le Liban

Le chercheur à l’institut Carnegie estime que le Hezbollah ne devrait pas recourir à une escalade contre les États-Unis au pays du Cèdre, mais probablement en Irak.


Mohanad Hage Ali. Photo d’archives « L’OLJ »

Chercheur et directeur de la communication du Carnegie Middle East Center, Mohanad Hage Ali répond aux questions de L’Orient-Le Jour concernant d’éventuelles répercussions sur le Liban du « deal du siècle » annoncé mardi soir par le président américain Donald Trump.

Quelles sont les répercussions du plan de paix américain sur le Liban ?

Elles sont indirectes dans le sens où il s’agit d’une mesure politique à l’intention des électeurs aux États-Unis, mais aussi en Israël. Ce plan ne verra pas le jour, d’autant qu’il n’englobe pas le peuple palestinien qui n’était même pas représenté lors de son annonce, alors qu’il constitue une partie essentielle de toute négociation en faveur de la paix. De plus, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a rejeté ce plan. Donc, celui-ci n’est pas réaliste et ne mènera pas à la paix.

Les répercussions de ce plan sur le Liban sont en relation avec le dossier des réfugiés palestiniens, dans la mesure où le Liban souhaite que ces derniers rentrent chez eux après qu’un accord de paix israélo-palestinien soit conclu. Cette question est bien sûr ajournée, voire impossible, dans le contexte politique actuel. Par ailleurs, la somme consacrée au Liban dans le cadre de ce plan (un peu plus de 6 milliards de dollars, dont la majorité sous forme de prêts) est décevante.

Ce plan aura aussi des répercussions en relation avec le conflit irano-américain dans la région. L’escalade entre l’Iran et les États-Unis a pris une tournure dangereuse en Irak où elle évolue, et je pense que le Hezbollah aura un rôle à jouer dans ce cadre. D’ailleurs, un rapport publié par Middle East Eye a fait état d’un rôle que pourrait jouer le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, pour recoller les morceaux au sein de la collectivité chiite irakienne. Le tout est de savoir si cet axe, qui se fait appeler l’axe de la résistance, va exploiter le plan américain dans l’escalade contre les États-Unis.


(Lire aussi : Proche-Orient : les responsables libanais rejettent le plan de Trump)



Qu’est-ce qui pourrait changer dans la stratégie actuelle du Hezbollah au Liban et dans la région ?

Jusqu’à présent, le Hezbollah fait une distinction entre la bataille qui se poursuit en Irak contre la présence américaine et la réalité locale libanaise qui nécessite une attention particulière. C’est pourquoi un effort considérable a été déployé pour former le gouvernement auquel le Hezbollah n’a pas officiellement participé, dans le sens où il n’y a pas un ministre qui soit membre du Hezb, même s’il est parrainé par le parti. De plus, le chef de la diplomatie n’est pas considéré proche du parti chiite, comme c’était le cas avec son prédécesseur (en référence à l’ancien ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil), qui était un principal allié de cette organisation. Je pense que le Hezbollah continuera à séparer les deux dossiers irakien et libanais, sachant qu’on perçoit un changement de ton dans son discours hostile aux États-Unis.

Il reste aussi à savoir quel rôle jouerait le Hezbollah au niveau du dossier palestinien et du soutien de la lutte palestinienne contre l’occupation israélienne.


(Lire aussi : Abou Dis, la "capitale palestinienne" qui ne veut pas être une capitale)


Est-ce que le rejet par le gouvernement libanais du plan de paix américain aura des répercussions sur les relations entre Beyrouth et Washington ?

Je ne le pense pas. En fin de compte, plusieurs pays ont rejeté ce plan. Même la position de l’Arabie saoudite prête à équivoque. Bien sûr, le communiqué officiel a salué ce plan, mais dans le même temps, l’ambassadeur saoudien aux États-Unis n’a pas assisté à l’annonce officielle. Par ailleurs, le roi Salmane ben Abdelaziz est entré en contact avec Mahmoud Abbas pour lui faire part du soutien de son pays à la cause palestinienne. Pour ces raisons, je ne pense pas que cela aura des répercussions sur les relations libano-américaines. Cela ne restera pas le cas si le Hezbollah a recours à la scène libanaise pour soutenir la cause palestinienne ou l’escalade dans la région. Mais à ce jour, le Hezbollah fait la distinction entre l’escalade en dehors du Liban et la scène intérieure. De même, les États-Unis séparent entre leur politique visant à renforcer les sanctions contre le Hezbollah et l’Iran, et celle visant à soutenir le gouvernement libanais et qui s’est traduite récemment par le renouvellement du soutien financier à l’armée.



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