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Monde - Palestine / Témoignages

« On ne peut rien faire si ce n’est manifester, on ne peut pas les combattre  »

Au-delà de l’indignation générale et du rejet unanime du plan, les Palestiniens semblent manquer d’énergie et d’un nouveau cap.

Pas de manifestations massives. Pas d’escalade de violence. Pas de discours bellicistes. Alors que le président américain Donald Trump vient d’enterrer Oslo et de donner son feu vert à l’annexion immédiate d’une partie de la Cisjordanie, les Palestiniens semblent désarmés. Comme si le désarroi l’emportait sur la colère. Comme si après des décennies de lutte et des années à subir la colonisation et son lot d’humiliation, l’énergie et le cap manquaient désormais. « On ne peut rien faire si ce n’est manifester, on ne peut pas les combattre. Ils ont nos terres, notre électricité, notre gaz, notre nourriture, notre argent… » résume Tarek, 27 ans, ingénieur à Naplouse.

Du « deal du siècle » que promettait le président américain, les Palestiniens n’attendaient rien. « Personne n’est surpris, on ne s’attendait pas à un plan qui nous serait bénéfique. On savait aussi que certains gouvernements arabes pouvaient nous trahir de la sorte », estime Layla, étudiante de 19 ans à l’Université de Jérusalem-Est. Suite aux fuites dans la presse, le contenu du plan était effectivement largement connu. Pour beaucoup, ce n’est que l’officialisation d’une situation déjà existante. « Vous pouvez croire que c’est une “breaking news”, mais c’est notre réalité depuis 72 ans », note ainsi Noor, 24 ans, habitante de Bethléem.

Certains sujets heurtent tout de même plus que d’autres. « Ce qui me choque le plus, c’est l’interdiction du droit au retour des Palestiniens et le fait que Jérusalem soit la capitale d’Israël. L’endroit où notre prophète Mahomet est monté au ciel ! » déplore Ahmad, propriétaire d’un hôtel à Bethléem. Pour beaucoup, le futur statut de la Ville sainte, qui est considérée comme la capitale indivisible d’Israël dans le plan américain, est en effet perçu comme inacceptable. « Comme n’importe quel Palestinien, je pense qu’aucune personne ici ne peut accepter ce deal. J’habite à Jérusalem et je considère qu’elle est et restera la capitale de la Palestine. La vieille ville est à majorité palestinienne, je n’arrive pas à imaginer à quoi elle ressemblerait sans tous ses quartiers et commerces », avance Layla.

Alors que Donald Trump avait cultivé l’ambiguïté en évoquant une capitale palestinienne à « Jérusalem-Est », les Palestiniens ont rapidement compris qu’il s’agirait d’une capitale en banlieue est de Jérusalem, c’est-à-dire de l’autre côté du mur de séparation, et donc une officialisation du contrôle israélien sur la totalité de la ville. « Abou Dis, capitale de la Palestine ? Et puis quoi encore? Je devrais donner ma maison pour que Trump y construise son ambassade? » réagit Mohammad, un habitant d’Abou Dis, une des localités envisagée par le plan Trump comme possible capitale palestinienne. Des propos qui rejoignent les mots du président palestinien Mahmoud Abbas qui avait déclaré mardi soir qu’il serait « impossible pour n’importe quel enfant, arabe ou palestinien, d’accepter de ne pas avoir Jérusalem comme capitale d’un État palestinien ».


(Lire aussi : Abou Dis, la "capitale palestinienne" qui ne veut pas être une capitale)


Union inédite

Au-delà de la rhétorique incisive, le président palestinien donne pourtant l’impression d’être impuissant. Les appels de l’ensemble des factions politiques à mobiliser la rue ont pour l’instant donné des résultats en demi-teinte. Des centaines de manifestants ont exprimé depuis dimanche leur refus du plan de paix au son de « à bas le deal du siècle ! », dans les rues de Ramallah, d’Abou Dis ou de Bethléem. L’ambiance était tendue, marquée par des heurts avec les forces de sécurité israélienne, faisant des dizaines de blessés. Mais l’ampleur du mouvement paraît pour l’instant modéré. Au-delà du rejet unanime, le découragement des habitants transparaît et interroge la capacité des dirigeants à mobiliser la rue palestinienne. Des réticences qui s’expliquent en partie par une critique grandissante envers des représentants peu représentatifs – accusés de corruption, d’inaction politique ou d’incompétence.

« Nous le répéterons cent fois : non, non, non. » Mardi soir, la réaction de Mahmoud Abbas au plan de Trump ne s’est pas fait attendre. Même son de cloche du côté du Hamas. « Aujourd’hui nous disons que nous rejetons ce plan. Nous n’accepterons pas de substitut à Jérusalem comme la capitale de l’État de Palestine », déclarait mardi à l’AFP Khalil al-Hayya, un haut responsable du mouvement. La réaction coordonnée des dirigeants peut surprendre. L’indignation palestinienne est en effet marquée par un fait rare: l’union remarquée des différentes factions politiques. Mahmoud Abbas affirmait ainsi s’être entretenu par téléphone avec son opposant politique, le leader du Hamas Ismaïl Haniyeh, afin d’afficher un front uni. Pour la première fois depuis des années, des officiels du Hamas et de l’OLP se tenaient également côte à côte lors d’une manifestation organisée mardi à Gaza. « L’Union des dirigeants palestiniens est la seule chose positive qui ressort de cet accord. Depuis 13 ans, c’est la première fois qu’ils parviennent à s’unir autour d’une position commune », estime Sadi, 27 ans, journaliste à Naplouse.

Ces efforts peuvent être vus comme une tentative de réponse aux critiques grandissantes dont fait l’objet la classe politique. Ce n’est pas la première fois que l’Autorité palestinienne affirme vouloir faire pression sur Israël, par exemple en se retirant d’Oslo ou en rompant les accords de coopération sécuritaire. D’autres voix critiques soulignent toutefois le vide stratégique au-delà des positions de principe. De fait, aucune annonce sur le contenu d’un changement de stratégie n’a encore été faite et des officiels de Ramallah ont indiqué qu’aucune mesure ne serait prise qui pourrait remettre en question l’existence de l’AP – comme par exemple la sortie des accords d’Oslo ou bien la rupture avec Israël sur le plan sécuritaire. Mahmoud Abbas devrait tenter de mobiliser des soutiens lors de consultations avec certains dirigeants arabes samedi au Caire. Mais la crise de légitimité des institutions palestiniennes semble faire douter de leur capacité à négocier n’importe quelle solution politique ou à défendre les droits des Palestiniens à l’international.



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