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Liban

Nouvelle manifestation violente devant le Parlement, au lendemain de la formation du gouvernement

Contestation

Certains manifestants ont déroulé une grande banderole sur laquelle est écrit « La décharge du Parlement ». D’autres ont brûlé des portraits de Hassane Diab.

Z.A. | OLJ
23/01/2020

De nouvelles violences ont éclaté hier en fin d’après-midi entre manifestants en colère et forces de l’ordre à l’entrée du Parlement au niveau de la rue Weygand à Beyrouth, au lendemain de la formation du gouvernement de Hassane Diab, déjà conspué par la rue, qui avait tenu plus tôt dans la journée son premier Conseil des ministres. Selon un premier bilan de la Croix-Rouge libanaise, cinq blessés ont été transportés dans des hôpitaux.

Arrivés aux alentours de 16h, des dizaines de protestataires, criant des insultes contre le nouveau Premier ministre, son gouvernement et ses parrains du 8 Mars, ont essayé de franchir les fortifications érigées par les forces de l’ordre, dont ils ont réussi à démanteler une partie. Des dizaines de jeunes, certains cagoulés, lançaient des pierres et différents objets en direction des forces de l’ordre, ces dernières ripostant à l’aide de canons à eau et de grenades lacrymogènes pour tenter de disperser les contestataires, dans des scènes qui s’apparentaient à une véritable guérilla urbaine.

Malgré la riposte des forces de sécurité, les manifestants ont déroulé, devant la barrière de défense métallique installée par les forces de l’ordre pour barrer l’accès au Parlement, une grande banderole sur laquelle il était écrit « La décharge du Parlement », qu’ils ont ensuite tenté d’arrimer aux fortifications érigées par les forces de l’ordre. D’autres ont brûlé des portraits de Hassane Diab.

Les affrontements entre contestataires et forces de l’ordre se sont déplacés ensuite dans les rues adjacentes, où des vitrines de commerces ont été prises pour cible. Dans l’une de ces rues, les protestataires ont procédé à l’incendie d’une tente vide de la police du Parlement. Les forces de sécurité ont répliqué en lançant à nouveau des bombes lacrymogènes. Les violences se sont ensuite déplacées d’un secteur à l’autre au sein du centre-ville de Beyrouth, après un déploiement des forces antiémeute.


(Lire aussi : Un gouvernement, quelques bonnes têtes, et après... ? Le commentaire d'Elie Fayad)



Appel au calme des FSI

Les Forces de sécurité intérieure (FSI) ont appelé sur leur compte Twitter les « fauteurs de troubles qui lancent des pierres depuis leur arrivée sur les lieux des manifestations » à « cesser les agressions contre les agents des FSI et à ne pas s’approcher des fortifications pour leur sécurité ». Les FSI ont ensuite appelé les « manifestants pacifiques » à s’éloigner des troubles.

La brigade antiémeute s’est par la suite déployée dans les rues du secteur, notamment à l’intérieur des souks de Beyrouth, où elle continuait d’être visée par des jets de pierres par des contestataires extrêmement mobiles engagés dans une sorte de jeu violent du chat et de la souris.Beaucoup de manifestants étaient arrivés, comme les jours précédents, d’autres régions libanaises. Selon l’Agence nationale d’information (ANI, officielle), les forces d’intervention des FSI avaient érigé, plus tôt dans dans l’après-midi, un barrage routier sur l’autoroute reliant le Liban-Nord à Beyrouth, à la hauteur du Casino du Liban, pour inspecter des bus et des vans transportant des protestataires vers la capitale. Le courant du Futur, qui dispose d’une importante base populaire dans le Nord, a nié toute implication dans les affrontements près du Parlement. À Saïda également, au Liban-Sud, une marche a été organisée hier soir contre le gouvernement Diab, que certains manifestants ont qualifié de « cabinet issu de la classe politique corrompue », selon notre correspondant Mountasser Abdallah.

De nombreuses routes étaient également bloquées hier matin dans le nord du pays et dans la Békaa. La route de la Cité sportive et de Corniche Mazraa à Beyrouth, de Jal el-Dib dans le Metn, ainsi que l’autoroute de Damour (sud de la capitale) ont également été brièvement fermées à la circulation. À Jbeil, les écoles publiques et privées ont fermé leurs portes.


(Lire aussi : Le ciel et le fromage, le billet de Fifi Abou Dib)



Vent de panique après l’utilisation d’un spray au poivre

Par ailleurs, l’utilisation par les forces de sécurité mardi soir d’un spray lacrymogène contre les manifestants a suscité la panique parmi certaines personnes ayant développé des réactions allergiques. Une vidéo circulant sur les réseaux sociaux et montrant la main d’un des manifestants colorée par un liquide rouge a entraîné la propagation d’une rumeur selon laquelle les services de sécurité auraient recours à un spray à l’acide. La plate-forme Daleel Thawra, qui annonce sur Instagram et les autres réseaux sociaux les événements prévus par les manifestants, a même diffusé un guide de survie dans le cas d’un contact avec de l’acide. Dans un communiqué publié hier, les FSI ont toutefois assuré qu’il s’agissait simplement d’un spray au poivre de couleur rouge, utilisé pour dissuader les manifestants de s’approcher du Parlement. Contacté par L’Orient-Le Jour, Pierre Awad, médecin généraliste, a dit ignorer de quelle substance est composé le spray utilisé par les forces de sécurité, mais il affirme que « ce n’est certainement pas de l’acide ». « J’ai vu des photographies, sur les réseaux sociaux, de gens qui ont été aspergés par ce spray et il s’agissait de réactions anaphylactiques qui s’apparentent à celles suscitées par une exposition au spray au poivre », a-t-il expliqué.


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Eleni Caridopoulou

C'est come en France des elements cagoules qui cassaient tous il faut faire attention a ces provocateurs




L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES MANIFESTATIONS DOIVENT ETRE PACIFIQUES ET CONTINUER POUR MAINTENIR LA PRESSION. LES DERAPAGES DES INFILTRES DES RANGS ADVERSES BIEN CONNUS DEVRAIENT ETRE CONTROLES ET INTERDITS.

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