Un véhicule militaire israélien opère du côté libanais de la frontière, le 12 mai 2026. REUTERS / Shir Torem.
L’armée israélienne s’est emparée d’environ 1 000 kilomètres carrés de territoires au Liban, dans la bande de Gaza et en Syrie depuis le début de la guerre entre le Hamas et Israël, le 7 octobre 2023, rapporte mardi le quotidien britannique Financial Times. D’après ses estimations, ces zones désormais sous contrôle israélien représentent environ 5 % du territoire délimité par les frontières de l’État hébreu de 1949.
Selon l’analyse du journal, plus de la moitié de cette superficie se trouve au Liban-Sud, où les forces israéliennes ont avancé jusqu’à une douzaine de kilomètres afin d’établir une « zone tampon », à la suite de l’accord de cessez-le-feu conclu le 16 avril. Le reste se répartit entre Gaza où l’armée israélienne contrôle désormais plus de la moitié de l’enclave, et la Syrie où elle a pris position à plusieurs kilomètres à l’intérieur du territoire après la chute du régime Assad. La quotidien précise que dans ces trois zones, « les Israéliens exercent leur contrôle au moyen de frappes aériennes, tirs d’artillerie, raids et détentions ».
Au Liban, le Financial Times souligne que les responsables israéliens ont envoyé des messages contradictoires quant à leurs intentions. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a affirmé publiquement le mois dernier que les forces israéliennes « ne se retireraient pas », tandis que l’armée poursuit la destruction de villages entiers. Le ministre de la Défense, Israel Katz, a pour sa part comparé les destructions au Liban au « modèle de Gaza ». Des diplomates estiment cependant que certains autres responsables, dont le ministre des Affaires étrangères Gideon Sa'ar, assurent en privé qu’Israël n’a aucune ambition territoriale au Liban.
D’autres analystes considèrent que les évolutions à venir pourraient dépendre du président américain Donald Trump. « S’il ordonne à Netanyahu de se retirer du Liban-Sud, de Syrie ou même de Gaza, je pense qu’il devra s’exécuter », estime Michael Milshtein, ancien officier du renseignement militaire aujourd’hui affilié à l'Université de Tel-Aviv, cité par le journal.
Dans le même temps, les responsables régionaux réaffirment publiquement leur refus de toute occupation israélienne prolongée. « Notre objectif est clair : obtenir le retrait israélien », a déclaré le président libanais Joseph Aoun le mois dernier, à l’issue de discussions directes entre les deux parties. Mais en privé, ces mêmes responsables « reconnaissent le risque que ces arrangements deviennent permanents », ajoute le Financial Times. « Israël continue de s'emparer de nos terres et personne ne l’en empêche, confie un responsable libanais au journal. Ils veulent s’y installer durablement et considèrent le Liban-Sud comme leur arrière-cour. »
233 km² occupés en Syrie
En Syrie, le journal britannique note qu’Israël n’a pas publié de cartes de ses positions, contrairement à Gaza et au Liban-Sud, et ni les responsables israéliens ni même syriens ne se sont exprimées clairement sur le déploiement des troupes. Le quotidien estime le contrôle israélien à environ 233 kilomètres carrés en cartographiant des bases confirmées, du mont Hermon jusqu’à une ancienne base de l’armée syrienne près de Maariyah, à plus de 70 km au sud.
Yaakov Amidror, un ancien général de division et conseiller à la sécurité nationale d'Israël, estime que l’État hébreu pourrait se montrer « plus flexible » en Syrie qu’à Gaza, présentant cette présence comme un moyen d’empêcher des acteurs hostiles de s’approcher de la frontière. Il ajoute que toute issue « dépendra des accords conclus » avec le nouveau régime. Tel-Aviv et Damas ont bien tenté de négocier un accord sécuritaire l’année dernière, mais les discussions ont achoppé sur l’exigence israélienne de maintenir une présence en territoire syrien.
À Gaza, les responsables israéliens affirment vouloir maintenir durablement une zone tampon et ont rasé de vastes étendues le long de la frontière. Leur armée impose également une zone tampon supplémentaire au-delà de la « ligne jaune » séparant les secteurs contrôlés par Israël de ceux tenus par le Hamas. Un responsable de l’ONU indique que cette bande de territoire mesure entre 50 et 100 mètres de profondeur, confinant les quelque deux millions d’habitants de Gaza à environ 40 % du territoire.

