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Culture

Au secours, un ministère génétiquement modifié !

Coup de gueule
23/01/2020

Quel est le point commun entre culture et agriculture, à part la racine des deux mots ? Vous l’avez deviné, il s’agit d’un ministre, un seul, combinant les deux portefeuilles, géniale trouvaille du gouvernement de Hassane Diab qui vient de naître dans les choux (blancs ?). Une racine de mots en passe de devenir la racine de nouveaux maux à venir ? Espérons que non, mais il est tout à fait légitime, sinon crucial, de (se) poser des questions.

Mais qu’est-ce qui leur a pris de mettre dans un même panier (de la ménagère ?) les patates et le cinéma ? Les courgettes et les festivals ? M’enfin ! Les carottes ne poussent pas dans les pianos. Ni les oranges dans les conservatoires. Cet illogisme de ministère OGM (organisme génétiquement modifié) ou plutôt MGM (ministère génétiquement modifié) en attrape des tomates pourries depuis sa création. Les esprits caustiques s’amusent depuis deux jours dans les salons et sur les réseaux sociaux. Entre le « il faut bien des arbres pour faire du papier » et le « le ministre veut planter la culture dans nos cerveaux » ou le « c’est peut-être parce que de nombreux artistes écrivent/dessinent/sculptent/jouent sous influence (comprendre en usant de substances cultivées au sol) », on en entend des vertes et des pas mûres.

Plus sérieusement, il aurait été plus logique d’associer la Culture à l’Éducation ou au Tourisme. Et le ministère de l’Agriculture à celui de l’Industrie ou de l’Environnement. Mais un ministère de l’(agri)culture, c’est soit de l’ignorance, soit du « je-m’en-foutisme » érigé en art. Soit les deux à la fois. Dans tous les cas, c’est très grave.

À cette occasion, exhumons le prophétique et non moins emblématique titre d’une pièce de théâtre écrite par Hala Moughanie : Tais-toi et creuse. Le fossé s’agrandit de jour en jour dans un Liban en perte globale de vitesse et de confiance. En plein naufrage économique. Mais se taire, les loups de la culture ne le feront pas. Que nenni. Que les agneaux de l’agriculture se rassurent. L’artiste n’est-il pas investi du rôle de « médecin de la civilisation », selon l’expression de Nietzsche ? La nôtre est en péril et nous ne resterons pas les bras croisés devant la modification génétique de notre culture.

Pour justifier ce MGM, on mettra forcément en lumière le manque de moyens et de budget. Mais pourquoi faut-il que la culture soit toujours le parent pauvre dans ce pays qui possède paradoxalement une foisonnante et ancestrale culture patrimoniale, architecturale, archéologique, littéraire, cinématographique, musicale, théâtrale, picturale, etc. ? Une culture à entretenir, à sauver, à disséminer, à faire passer à nos descendants.

L’industrie de l’art au Liban est peut-être encore au stade de pépinière. C’est l’initiative individuelle qui prime. On pense à ces fameux jeunes loups de l’art, qui ont du goût, de l’intuition. Ce sont les catalyseurs, ceux qui remuent et qui font bouger les choses. Ce sont eux qui vont creuser. Si on leur en laisse la possibilité ? Pas forcément, car ils le feront de toute façon. Les artistes ne se sont jamais arrêtés. Même lorsque l’État ne s’est pas tourné vers eux. Bien que certains ministères de la Culture (ministres et acolytes, notamment une conseillère rousse qui mérite une fleur) aient tout fait pour valoriser ce secteur. Lui tailler une place sous le soleil.

L’agri-culture n’a pas fini d’alimenter les débats. Et, puisque le Liban a longtemps été comparé à une vache laitière du temps de la troïka Hraoui-Hariri-Berry, un conseil, pour finir, au ministre « multitaskeur », sous la forme d’un vieux proverbe agricole : « Vache conduite sur mauvais pâturage perd le lait, perd le fumier. »


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Petmezakis Jacqueline

le jour ou la culture aura la place qu'elle mérite au Liban ,le pays sera sauvé.J.P

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