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Patrimoine

Mission accomplie sur la colline de Zefta : Dar el-Darwiche est ressuscité

Un incendie avait ravagé la demeure centenaire et la photo du sinistre avait été étalée à la une de « L’Orient-Le Jour » le 8 février 2014. Il a fallu trois ans pour faire renaître la maison de ses cendres et trois autres années pour construire la nouvelle annexe. Confiée à l’architecte Simone Kosremelli, l’opération de sa rénovation est parachevée. La fonction de boutique-hôtel lui sera attribuée.

Nouveaux plafonds, nouveaux sols, utilisation de produits haut de gamme, la spécialiste Simone Kosremelli n’a pas lésiné sur les moyens pour s’assurer que le bâtiment conservera son intégrité, sa solidité et sa salubrité. Photo DR

Un incendie avait dévasté dans la nuit du 7 au 8 févier 2014 la demeure historique Dar el-Darwiche dans le village de Zefta, à quelques kilomètres de Nabatiyé. Quand la Défense civile, appuyée par des habitants, avait tenté de circonscrire le sinistre, il était déjà trop tard. Le feu s’était propagé à l’ensemble de la maison détruisant les meubles et antiquités que le lieu renfermait. « Un court-circuit a dû se produire sous la toiture originelle en bois », a indiqué l’architecte Simone Kosremelli, à qui on a confié la restauration des lieux et le rajout d’une structure annexe.

La demeure, souvent comparée aux palais Bustros et Daouk, a été bâtie sur la colline de Zefta, en 1906, par Hussein bey el-Darwiche qui avait des ambitions politiques. Dans La châtelaine du Liban (1924), Pierre Benoît écrivait : « Tu vois cette maison. Elle appartient au Mudir de Nabatyé, Hussein bey El Darwich. On m’avait raconté que de sa terrasse on apercevait tout le Liban et les deux tiers de la côte syrienne, depuis Haïfa jusqu’à Tripoli. J’ai voulu y aller voir. Je ne pouvais le croire. Or, ceux qui disaient cela avaient raison. Quel spectacle ! Derrière, l’Hermon, qui recèle les restes des plus vieux temples du monde antique, et où le fleuve du monde nouveau, le Jourdain, prend sa source. En face Sidon, Sarepta, Tyr, et là-bas, à gauche… »

Construit sur une superficie de 1 200 mètres carrés, l’édifice décline deux maisons jumelles de style ottoman reliées par une galerie de six arcades portées par des colonnettes aux chapiteaux gravés de fleurs de lotus. En pierre de taille, d’une robustesse à toute épreuve, le Dar est resté debout. C’est l’intérieur, jusqu’à la charpente de toiture, qui a été détruit par les flammes incontrôlables. Il ne restait plus rien des poutres colorées, de la peinture des murs et de leurs motifs décoratifs. Les portes et les fenêtres en bois de cèdre (qotrani) ont été réduites en cendres ; les vitres et lustres pulvérisés ; les tuiles rouges, qui ont autrefois voyagé depuis Marseille jusqu’à Beyrouth, n’ont pas résisté au feu. De même le mobilier damascène et français, les œuvres d’art, notamment une collection de parchemins et de calligraphies dont certaines sont rehaussées d’or ; fondus également les sceaux gravés du nom des villages administrés par Hussein bey.Ce patrimoine parti en fumée est toutefois conservé dans la mémoire de la famille, car l’ensemble du décor avait été fixé sur un support numérique par le propriétaire des lieux, Bahjat Hussein el-Darwiche. Ce polytechnicien en a fait un livre-album, dans lequel il évoque les origines de la famille, qui remontent à un des fils du roi Noureddine el-Ayoubi, Baha’eddine el-Ayoubi. Portant originairement le nom d’Al Saabi, elle s’était installée dans la région de Jabal Amel, avant de se diviser en trois branches : les Amine, les Fadel, qui ont acquis des terres à Nabatiyé et à Marwaniyé, et les Darwiche à Zefta.


(Lire aussi : Pas si dur que ça, l’Œuf du City Center)

L’ancien s’associe au moderne

Malgré l’ampleur des dégâts subis, le propriétaire a voulu que la demeure soit rebâtie à l’identique, et ce le plus tôt possible. Simone Kosremelli a été chargée de l’opération. Nouveaux plafonds, nouveaux sols, utilisation de produits haut de gamme, des cloisons avec résistance élevée au feu ou à l’humidité, toits, revêtements, système de chauffage, etc, la spécialiste ne lésinera pas sur les moyens pour s’assurer que le bâtiment conservera son intégrité, sa solidité et sa salubrité.

Les travaux de nettoyage de la pierre mettent aujourd’hui en valeur les étoiles à cinq branches et les rosaces qui y sont gravées. L’architecte a opté pour un double toit en béton et des fenêtres plus épaisses portant un double vitrage. Les portes ont été refaites à partir de vieilles portes recyclées, le sol pavé de carreaux en pierre furni également recyclée. De nouvelles cloisons ont été intégrées aux chambres à coucher pour créer des salles de bains modernes. À cet ensemble est venu se greffer, le long de la cour intérieure, une structure contemporaine, minimale et volumétriquement compatible avec l’ancienne demeure, pour accueillir une grande cuisine et une vaste salle à manger. Parfaitement en harmonie avec l’ancien, ces salles sont si lumineuses qu’elles donnent l’impression de vivre à l’extérieur.

Sous la terrasse entourant la piscine, sept chambres en addition aux quatre chambres de l’ancienne demeure ont été ajoutées, afin de rendre le boutique-hôtel viable. Les unes donnent de plain-pied sur une oliveraie centenaire ; d’autres disposent d’un balcon surplombant un luxuriant jardin où la densité et la diversité d’arbres et de plantes créent un écrin de verdure sans pareil.

Comme un lien unissant l’homme d’aujourd’hui à son passé et à son avenir, la vieille demeure se dresse fièrement sur la colline de Zefta.


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commentaires (3)

Bravo !

MGMTR

23 h 01, le 14 janvier 2020

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Commentaires (3)

  • Bravo !

    MGMTR

    23 h 01, le 14 janvier 2020

  • Dar el Darwich ou la foi du charbonnier, merci à tous les acteurs, artisans et contributeurs de ce miracle.

    Je partage mon avis

    10 h 18, le 14 janvier 2020

  • Merci pour ce bel article adel hamed

    Hamed Adel

    09 h 45, le 14 janvier 2020