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Liban

Pour Mohammad Daoud, la préservation du patrimoine architectural est prioritaire

Interview

Le ministre de la Culture souhaite marquer son mandat par la création d’un théâtre national.

May MAKAREM | OLJ
07/10/2019

Le ministre de la Culture Mohammad Daoud a hérité d’un dossier épineux. Celui de la proposition de loi relative à la préservation du patrimoine architectural. Adoptée par le Conseil des ministres le 12 octobre 2017, elle sommeille depuis deux ans à la Chambre des députés. Rappelons que plus d’un ministre avait travaillé à ce texte, dont Rony Arayji avec une équipe de spécialistes du patrimoine, du secteur immobilier et des juristes. La loi, à laquelle le ministre Ghattas Khoury avait apporté de légères modifications, prévoit que le titulaire d’un bien-fonds à caractère patrimonial pourra transférer le coefficient d’exploitation de son terrain à autrui. Autrement dit, le propriétaire d’un bâtiment d’une superficie de 500 m² dans un secteur où son terrain permet de construire 10 000 m² pourra bénéficier de la valeur de sa parcelle en vendant les 9 500 m² restants à un promoteur d’une parcelle sur laquelle la construction d’un immeuble en hauteur est permise. Cette loi donne aussi la prérogative au ministère de la Culture de décider, au cas par cas, quels sont les biens immobiliers qui revêtent une importance architecturale et culturelle, et par conséquent sont interdits de démolition.

À la question de savoir où en est la loi aujourd’hui, le ministre Mohammad Daoud assure que « ce dossier est prioritaire » et qu’il a reçu « la promesse que la proposition de loi sera prochainement à l’ordre du jour au Parlement ». Il ajoute toutefois que lorsque le texte a été élaboré, le marché de la construction était différent. « Aujourd’hui, la crise du secteur immobilier, qui traverse une période difficile, pourrait remettre en cause certains points. Car, face au ralentissement du marché, le titulaire du bien-fonds interdit de démolition ne trouvera pas facilement à vendre son transfert de coefficient d’exploitation prévu pour le compenser. C’est un problème qui risque d’être soulevé. Pour pallier à cette éventualité, nous avons préparé des propositions alternatives, inspirées de cette loi. Le dossier est épineux. Notre priorité est de trouver une solution juste et équitable, aussi bien pour les propriétaires que pour le pays », ajoute M. Daoud.

Concernant la construction du Beirut City Museum, pour laquelle 30 millions de dollars ont été octroyés par le Fonds koweïtien au ministère de la Culture, le ministre relève que « les fonds sont là, la parcelle de terrain aussi. Les travaux de construction débuteront une fois les opérations de fouilles terminées. Celles-ci ont été fructueuses. Un grand nombre de vestiges et de matériaux ont été mis au jour et d’autres continuent à être exhumés. Le travail des archéologues est minutieux. Il faut de la patience ». Beirut City Museum sera consacré à l’histoire de la ville à travers les âges, jusqu’aux années 90, et sera conçu en plein cœur du centre-ville par le bureau d’architecture Renzo Piano Building Workshop.



(Pour mémoire : Ce qui se passe quand le patrimoine libanais est menacé...)



Côté Bibliothèque nationale du Liban (BNL), dont l’inauguration n’a été jusque-là qu’une façade, le ministre de la Culture s’est empressé de dire que la BNL est ouverte aux lecteurs de 8h30 à 14 heures et que le conseil d’administration, nommé en avril 2018, s’est penché sur les dossiers des candidats, bibliothécaires et autres spécialistes qui piloteront les services de fonctionnement des lieux. Il ajoute que la procédure de sélection est en cours. En attendant qu’elle soit parachevée, le ministère prépare un accord de coopération avec la faculté de l’information et de la documentation de l’Université libanaise pour engager les étudiants de dernière année à fournir un travail d’appoint les après-midi.

Le budget du ministère est le plus dérisoire de toute l’administration. Il est d’environ 50 milliards de livres libanaises (300 000 dollars). Une somme modique qui ne permet pas d’entreprendre de grands projets. D’ailleurs, le ministre affirme que « les crédits suffisent tout juste à payer les fonctionnaires et le personnel, à entretenir les musées nationaux et à restaurer les pièces archéologiques, etc. Ils ne permettent pas d’investir dans une industrie culturelle, à financer le cinéma local ou le théâtre, domaine dans lequel le Liban a joué un rôle pionnier. Aussi, notre rêve serait de créer, avec le soutien de mécènes, un théâtre national accessible à tous et donner ainsi la chance aux jeunes acteurs et metteurs en scène de monter leur spectacle. Réussir à le réaliser serait une réussite pour le ministère. Aussi, mon objectif est-il de faire aboutir ce projet. L’utilisation de la salle de l’Unesco est ainsi sous étude. Autre possibilité, le Piccadilly, dont l’expropriation a été déclarée d’utilité publique par décret ; mais elle n’a pas encore été appliquée ».

Mohammad Daoud insiste toutefois sur le fait qu’en dépit des moyens limités, le ministère s’emploie « à satisfaire tout le monde ». À titre d’exemple, « une part de nos subventions va à la Caisse mutuelle des artistes, qui est également financée par les 2 % sur la billetterie des festivals, et de la taxe de 10 % sur les contrats conclus avec les artistes étrangers ».

Mettant ensuite l’accent sur la vie culturelle de Beyrouth, « riche et variée tout au long de l’année », le ministre Mohammad Daoud a tenu à souligner son soutien à tous les festivals du Liban. Selon lui, « ils reflètent l’aspect dynamique du pays et sont d’une grande importance culturelle et touristique. Ils constituent une grande fenêtre sur le monde. Et cette ouverture est la richesse du Liban », assure-t-il.



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CA DEPEND DE QUELS SIECLES ON PARLE !

Nicolas Sbeih

Budget du ministère 50 milliards LL; soit 330 000 dollars! L'un de ces deux chiffres est faux. 50 milliards LL = 33 millions dollars. c'est quand même pas sorcier d'utiliser une calculatrice.

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