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Géraldine Bruneel fait parler les bâtiments du Liban depuis deux décennies

Architecture

On ne compte plus le nombre d’architectes libanais qui font appel à ses services. La photographe d’architecture, également forte en portraits, a une solide réputation dans son domaine.

May MAKAREM | OLJ
15/10/2019

Avec elle, les architectes sont confiants que leurs projets seront photographiés sous leur meilleur jour. Sa créativité, sa maîtrise de la lumière et son expertise lui permettent de créer des images aux compositions dynamiques et harmonieuses qui donnent vie à l’architecture qu’elle photographie.

Dans sa carrière, la photojournaliste française Géraldine Bruneel a couvert de nombreux sujets qui l’ont fait voyager entre l’Europe, l’Afrique et le Liban, où elle débarque en 1997, mandatée par l’agence Gamma pour immortaliser les personnalités politiques qui font l’actualité. « Je ne connaissais rien du Liban, personne, hormis sa cuisine que j’appréciais, et ses otages français qui apparaissaient au JT de 20 heures, à la fin des années 80 », raconte Bruneel. Mais le hasard fait bien les choses. Quelques jours après son arrivée à Beyrouth, sa rencontre avec Fouad el-Khoury va lui ouvrir de nouvelles perspectives. Il la présente à son père, l’architecte Pierre el-Khoury, qui lui propose de photographier ses bâtiments pour son projet de livre Pierre el-Khoury Architecture 1959-1999, paru aux éditions Le Moniteur. Durant des semaines, elle arpentera les régions libanaises avec sa chambre 4x5, et chaque soir pour s’assurer qu’elle transmettait la vision de son client, « Pierre et moi nous discutions autour de mes clichés pris durant la journée ».


L’histoire derrière la photographie

Dans ce nouvel environnement, Géraldine Bruneel fait la connaissance du duo ACID, l’architecte Raëd Abillama et le designer Karim Chaya, « qui font toujours partie de mes amis très proches », confie-t-elle. Cette rencontre va s’avérer déterminante dans l’orientation de sa profession. Elle décide de quitter Paris et de s’installer à Beyrouth où « je devenais correspondante pour mon agence (Gamma) en couvrant le Liban-Sud, et parallèlement je me perfectionnais dans la photographie d’architecture ».

Outre Raëd Abillama, les bâtisseurs ne tardent pas à faire appel à ses services, parmi eux Bernard Khoury, MariaGroup, Nabil Gholam, Simone Kosremelli, Jacques Liger Belair et Jean-Pierre Megarbané (AAA), Vladimir Djurovic, Sophie Skaf, Jacques Abou Khaled, Kamal Homsi, Fadlallah Dagher et Fouad Hanna. Pour eux, elle s’attelle à traduire en images l’esprit de leur ouvrage, sculptant chaque espace avec la lumière. « La lumière me fascine et m’obsède, particulièrement celle entre chien et loup, ou celle de fin de journée qui donne une tonalité orange », précise-t-elle. Son regard de professionnelle ne se contente pas de reproduire mimétiquement l’objet saisi. Elle choisit l’angle de présentation pour interpréter à sa manière le bâtiment, fixer sa trace pour l’installer dans la mémoire collective. Car, liée à la notion de document, la photo d’architecture apporte un témoignage sur l’évolution de la société. Et un plaisir visuel.

« La plupart des architectes m’ont accompagnée sur le terrain », signale Géraldine Bruneel, qui dit apprécier « les beaux volumes et le détail chez Raëd Abillama. La volonté d’innover et de remettre en question les acquis avec Bernard Khoury, qui m’emmenait sur les lieux en moto. La connaissance et l’expérience des maisons traditionnelles de Simone Kosremelli. Avec elle, j’ai mangé dans les meilleurs restaurants qui se trouvaient dans les environs de ses projets, et découvert les “oiseaux à la grenade” d’al-Sultan, notre rituel chaque année ! Quant à Karim Chaya et Georges Maria (MariaGroup), j’aime l’importance qu’ils donnent à la notion du détail, et leur détermination à trouver à chaque fois de nouveaux matériaux ».


L’esthétique de la ruine

Géraldine Bruneel ne se considère pas comme artiste. « Je suis, dit-elle, à l’écoute du bâtiment. J’essaye avec humilité de comprendre une construction et de rendre hommage à l’architecte. Je suis plutôt classique dans ma manière de capturer l’objet avec le grand format en argentique; une chambre 4x5 impose une certaine rigidité, alors que le 24x36 numérique permet les excentricités des détails. »

Au fil des années elle répondra aux commandes d’autres clients. « J’ai eu la chance de collaborer avec Youssef Haïdar, Roula Moharram, Sherif Aoun, Georges Mohasseb, Pierre Bassil, Hala Younès, Nabil Azar, Mona Hatem, Afkar, Samir Khairallah, Tarek Kamel… Grâce à eux, j’ai découvert un Liban différent, voyagé à travers le pays, photographié des églises, basiliques, mosquées, villas privées, musées et écoles. » Un panorama de l’architecture au Liban, allant de 1998 à aujourd’hui. Car même si en 2000 elle quitte Beyrouth pour s’installer à Madrid, elle est toujours revenue photographier « un mois par an les terres libanaises ».

Elle travaillera en effet à Madrid pour le magazine El Pais Semanal durant trois ans, mais également pour le studio espagnol No.Mad Arquitectos d’Eduardo Arroyo, un des concepteurs architecturaux les plus appréciés d’Espagne au cours de ces dernières années. Et avec Federico Soriano, qui a dessiné entre autres le palais des congrès Euskalduna, à Bilbao, la place des Gloires catalanes, à Barcelone, et les bâtiments administratifs du gouvernement basque.

Parallèlement aux commandes des clients, l’œil de la photographe a fixé des espaces abandonnés qu’elle baptise « Archidésordre », découverts au fil de ses voyages à New York, en France, en Inde, mais aussi au Liban. Elle fait resurgir des bâtiments déstructurés sous l’action de la violence. Ces fragments de lieux de vie, fragiles et muets, sont « une ultime invitation à se souvenir d’une époque révolue, à rechercher le temps perdu », dit-elle, indiquant que « la prise de vue se fait à la chambre ; un processus lent qui renvoie à l’idée de la lente, mais inexorable décomposition qui frappe ces lieux. L’approche devient ainsi une forme d’archéologie photographique ».

Résidant désormais à Paris, Géraldine Bruneel poursuit sa quête en France. Passionnée néanmoins d’Art déco, elle rêve de réaliser un livre sur les bâtiments beyrouthins durant cette période. Avant qu’ils ne disparaissent définitivement !


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