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Liban

Comment les Libanais comptent-ils passer la Saint-Sylvestre cette année ?

Tourisme

Entre « envie de ne rien faire », « il faut célébrer quand même » et « retrouvons-nous sur la place », on fêtera malgré tout le passage d’une année à une autre. Quant au secteur touristique, il affiche un bilan mitigé.

30/12/2019

« Cela fait quelques années déjà que je préfère les soirées intimes entre amis aux grosses festivités du Nouvel An. Mais cette année, je n’ai même pas le cœur à célébrer le passage d’une année à l’autre, même à la maison, tant je suis sensible à la misère que je vois autour de moi. Je préfère consacrer cet argent à une association de bienfaisance que je connais. » May est mère de famille. Son état d’esprit est celui d’une bonne partie de Libanais cette année. D’autres, cependant, comptent bien profiter de la soirée du 31 décembre pour s’amuser un peu, après des mois de stress continu. Samer, 31 ans, fiancé, a décidé de réserver des places dans un restaurant pour cette soirée. « Ce qui m’a encouragé, ce sont les prix abordables, dit-il. Les restaurants proposent des formules intéressantes et en monnaie locale. En fin de compte, le budget d’un dîner à la maison serait similaire. »

Si les bouleversements politiques, la révolte populaire qui se poursuit depuis le 17 octobre et la crise économique qui risque encore de s’aggraver occupent l’esprit des Libanais, il ne faut pas oublier que pour le secteur touristique, cette période de l’année est cruciale. Tiendra-t-elle ne serait-ce qu’une partie de ses promesses?

Du côté des restaurateurs, on se veut encourageant. Tony Rami, président du syndicat des propriétaires de restaurants, night-clubs et pâtisseries, estime qu’à ce jour, « les réservations pour la nuit du Nouvel An sont moyennes à acceptables ». « Cela est principalement dû à une initiative prise par notre syndicat pour encourager les consommateurs à sortir, en cette période difficile, poursuit-il. Ainsi, la majorité des restaurants en ville garderont leur menu habituel, tout en proposant à leurs clients des cotillons et de la musique de fête. Les pubs et les night-clubs offriront des formules allant de 75 000 à 225 000 livres libanaises par personne, des prix très raisonnables pour une soirée du Nouvel An. Grâce à cela, nous avons réussi à secouer un peu ce secteur en crise. »

Tony Rami reconnaît cependant qu’en cette période de fêtes de fin d’année – si l’on compte tout le mois de décembre –, les revenus enregistrés jusqu’à présent par le secteur affichent « une baisse de 70 à 75 % par rapport à la même période l’année dernière ». « J’encourage les Libanais à sortir au Nouvel An, parce que l’ambiance sera bonne et les prix très raisonnables », lance-t-il.

Walid, propriétaire d’un restaurant de plus de 300 couverts, annonce avoir d’ores et déjà fait le plein des réservations pour la soirée du Nouvel An. Mais ce succès a un prix. « Nous avons délibérément réduit nos formules de 50 % par rapport à l’année dernière, avant même d’avoir pris les réservations, dit-il. Après coup, nous nous rendons compte que nous aurons sensiblement la même clientèle qu’au Nouvel An dernier. On peut en déduire que le Libanais va célébrer comme d’habitude, même s’il est davantage sous stress. Nous sommes cependant convaincus de l’importance de notre décision de réduire les prix, en signe de solidarité notamment étant donné les circonstances difficiles que traverse le pays. »

Toutefois, le restaurateur reconnaît que les revenus enregistrés en cette saison des fêtes, qui s’étend généralement sur deux à trois semaines d’afflux, sont « en chute libre cette année par rapport à l’année dernière. Jusqu’à présent, nous avons fait à peine 10 % du chiffre d’affaires de l’année dernière ».



(Lire aussi : « Résoudre la crise prendra du temps », estime Charles Arbid, président du CES)



Les hôtels en difficulté
Dans le secteur de l’hôtellerie, le tableau est encore plus sombre. « Ça va très mal, affirme d’emblée Pierre Achkar, président du syndicat des hôteliers. Les réservations pour la fin de l’année atteignent une moyenne de 26 ou 27 % dans les hôtels de Beyrouth, moins dans les régions. Pour ce qui est des soirées de réveillon, très peu d’hôtels en ont prévu. Et il n’y a aucune chance que cela s’améliore d’ici à mardi. »

M. Achkar souligne que les réservations sont un peu plus importantes dans les stations de ski, qui représentent un nombre très restreint d’hôtels et qui attirent une clientèle essentiellement locale. « Les étrangers qui feraient le déplacement au Liban en cette fin d’année se limitent surtout à des Européens vivant dans les pays arabes, poursuit-il. Les émigrés libanais, eux, ont souvent un domicile dans leur pays natal. »

Le président du syndicat des hôteliers trouve inutile de tenter une comparaison avec la même période de l’année dernière. « On en est trop loin », déplore-t-il. Il ajoute : « Sans gouvernement, donc sans stabilité politique, la situation n’a aucune chance de s’améliorer. Le problème est essentiellement financier : il nous faut une aide financière internationale pour lancer une reprise économique. Et pour cela, il est crucial que le futur gouvernement corresponde aux critères des communautés internationale et arabe, ainsi qu’à ceux des protestataires. »



(Lire aussi : Ce que demande le secteur privé pour résister face à la crise)



Et sur les places…
Aux célébrations traditionnelles du Nouvel An est venu se greffer un nouveau venu, le réveillon sur la place des Martyrs à Beyrouth, et sur les places de la révolution en général. Dans la capitale, le rendez-vous est pris dès 19 heures, pour finir l’année en révolution et rappeler que la lutte se poursuit en 2020. Beaucoup ont d’ores et déjà exprimé leur volonté de se rendre sur les places de la révolte au Nouvel An, malgré le mauvais temps attendu.

Daniel el-Georr, membre du mouvement « Khat Ahmar » et l’un des organisateurs de cette soirée, précise « qu’il n’y a pas d’attentes en termes de nombre de participants ». « C’est un événement plutôt spontané et il y a nombre d’inconnues, comme les conditions climatiques par exemple », poursuit-il.

« Nous savons qu’avec les fêtes, et cette sorte de trêve dans la formation du gouvernement, les gens sont chez eux, en grande partie stressés et découragés, dit-il. Pour certains, il devient aussi très difficile de prévoir une sortie en ville. Nous avons pensé les rassembler et faire notre possible pour les divertir sur la place de la Révolution. »



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SOUS LES PAVÉS LA PLAGE

À défaut de foie gras saumon huîtres et chapon ils se contenteront de hommos mjadarra et kibbe naî.

Désolé je ne voulais pas être méprisant, seulement ironique face à la situation catastrophique que le peuple endure depuis 2 mois et plus.

Bonne année au peuple libanais.

Chucri Abboud

A COPACABANA , RIO DE jANEIRO C'EST LE MEILLEUR FEU D'ARTIFICE DE L'UNIVERS , VENEZ !

Sissi zayyat

Ils n'ont qu'a s'inviter chez les dirigeants politiques. Ils pourront bénéficier de repas royaux sans culpabiliser puisque ses derniers ont utilisé leurs sous pour s'empiffrer.

Allez les libanais invitez-vous aux tables des rois. Chaque région en a au moins 5 ou 10 et vu que le libanais est connu pour son accueil et sa générosité, ils ne pourront pas ne pas vous demander de rester partager leur festin.
Et soyez rassurés vous ne tomberez pas malade puisque tout a été acheminer par avion depuis la France ou un autre pays européen. Ils ont les moyens de leurs caprices EUX.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SANS LIQUIDITES EN MAIN CA SERA BIEN PITEUX, LE PEUPLE LIBANAIS ET SURTOUT LA MOYENNE CLASSE ET LA PAUVRE EN SOUFFRIRONT TRES FORT. LES CORROMPUS ET LES VOLEURS FETERONT...

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