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Liban

Samir Khatib a-t-il les qualités pour présider un gouvernement ?

Focus

Si beaucoup s’accordent à souligner ses compétences d’homme d’affaires, les avis restent partagés quant à ses qualités pour présider un gouvernement dans la conjoncture difficile actuelle.

Claude ASSAF | OLJ
07/12/2019

Pressenti pour être désigné à la tête du prochain gouvernement, l’homme d’affaires Samir Khatib, vice-président du cabinet de conseil en ingénierie Khatib & Alami, est connu pour sa carrière dans le conseil et le management, tant au plan local qu’international. Si beaucoup s’accordent à souligner ses compétences d’homme d’affaires, les avis restent néanmoins partagés quant à ses qualités pour présider un gouvernement dans la conjoncture difficile actuelle.

Ingénieur de formation, Samir Khatib a effectué la grande majorité de sa carrière au sein de Khatib & Alami, qu’il a rejoint en 1972. Originaire de Mazboud dans l’Iqlim el-Kharroub, il est marié à Adèle Khatib et est père de trois enfants, dont une fille mariée au fils du directeur de la Sûreté générale, le général Abbas Ibrahim. Le père de son épouse, Mounir, est le cofondateur de Khatib & Alami. Aujourd’hui, Samir Khatib en est le vice-président, en charge des opérations commerciales au Levant et au Qatar, et membre du conseil d’administration. Auparavant, il a été directeur pour la région Liban-Arabie saoudite-Syrie. Selon sa biographie publiée sur le site du cabinet, il a joué un rôle central dans l’établissement et la gestion de bureaux de l’entreprise à Tripoli, à Alger, en Égypte, à Djeddah et à Damas.


(Lire aussi, dans Le Commerce du Levant : Samir Khatib, un homme du privé habitué des marchés publics)


En somme, un profil essentiellement lié au monde des affaires. « Un homme qui n’a pas acquis d’expérience au niveau de l’action politique ne peut tenir les rênes d’un gouvernement », a, dans ce contexte, déclaré mercredi l’ancien Premier ministre Fouad Siniora. Interrogé par la LBCI, il a estimé que « n’ayant jamais été ministre ni député », Samir Khatib, 74 ans, n’est pas doté d’« une expérience politique qui l’aiderait à remédier aux problèmes nationaux, économiques, monétaires et de la vie quotidienne ». Un ancien ministre sunnite, joint par L’Orient-Le Jour, est du même avis. « Samir Khatib n’est pas rompu aux rouages de la politique, il n’a ni grandi dans une maison politique ni évolué dans un monde politique. La politique n’est pas son affaire. » « Dans les circonstances actuelles, sa mission sera d’autant plus ardue qu’il devra user de prérogatives exceptionnelles et prendre des mesures pénibles pour les Libanais », indique l’ancien ministre qui a requis l’anonymat, doutant que l’homme d’affaires « soit à même de braver les obstacles, vu qu’il ne s’agit pas d’une promenade de santé ».


(Lire aussi : Khatib toujours en lice, l’option Hariri pas écartée)


Le député Mohammad Hajjar (courant du Futur), également originaire d’Iqlim el-Kharroub, se demande dans le même esprit si Samir Khatib serait à même d’être « l’homme de la situation ». S’il salue en lui le « directeur d’une grande société », il considère néanmoins qu’« un poste de chef de gouvernement n’est pas un poste d’administrateur, surtout dans la crise très dangereuse que traverse le pays ». « Je lui souhaite toutefois de réussir, d’autant que c’est un homme respectable, un bienfaiteur doté d’une bonne réputation et agréable à fréquenter », ajoute-t-il, soulignant que s’il avait été à la place de M. Khatib, il aurait peut-être pris plus le temps de réfléchir quant à un éventuel engagement étant donnée la complexité de la situation.


(Lire aussi : De vols et de violsl'éditorial de Issa GORAIEB)


« Un très bon négociateur »
Maroun Hélou, président du syndicat des entrepreneurs de travaux publics, qui a connu professionnellement M. Khatib, estime au contraire que ce dernier « a de grandes chances de réussir en politique, d’autant qu’il est un très bon négociateur ». « Ce n’est pas un leader politique, mais s’il a l’aval de sa communauté, et plus particulièrement si (le Premier ministre sortant) Saad Hariri, l’appuie, il pourra réussir dans sa mission », estime M. Hélou, reconnaissant toutefois que « s’il n’est pas soutenu par les diverses forces politiques, il aura beaucoup de mal à démarrer et à s’imposer ». « Au plan professionnel, c’est un homme actif qui a des qualités d’administrateur », témoigne M. Hélou, approuvé par un ancien ministre qui affirme à L’OLJ que M. Khatib « connaît les rouages de la gestion ».

Au niveau de la moralité, le président du syndicat des entrepreneurs assure que l’homme d’affaires est respectueux des règles d’éthique, jugeant à ce propos que les manifestants du 17 octobre « l’ont injustement considéré ». Nombre de contestataires ont en effet rejeté une éventuelle désignation de M. Khatib à la tête de l’exécutif, estimant qu’il était « proche du système corrompu ».

M. Hélou met en outre l’accent sur « le sens du contact » de M. Khatib. « Chargé des relations publiques de la société K&A, il a effectué de nombreux voyages dans les pays arabes, notamment en Arabie saoudite, au Qatar, à Oman et en Syrie, où il a fait un grand travail ». « Le prince héritier Mohammad ben Salmane avait chargé (en 2017) l’entreprise d’effectuer un audit au sein des ministères saoudiens et de sociétés saoudiennes en difficulté », rapporte M. Hélou, indiquant également que cette société est en charge à Damas d’un projet de barrage ainsi que d’études pour une centrale électrique et des installations informatiques. Se basant sur l’abondance de ces projets, M. Hélou estime qu’il a noué de bonnes relations avec les politiciens de pays arabes dans lesquels il travaille, sachant, dit-il, qu’« il est quasiment impossible de réaliser de grandes affaires sans de tels contacts ». Khatib & Alami a en effet, selon son site, des projets immobiliers et d’infrastructures aux Émirats arabes unis, en Arabie saoudite, au Qatar, en Irak, Algérie, au Soudan… Au Liban, Khatib & Alami est l’une des parties de la joint-venture KVA (avec Arabian Construction Company), un des trois prestataires de services d’Éléctricité du Liban. L’entreprise est également impliquée dans des projets immobiliers et la construction du centre de formation de la Middle East Airlines. Le cabinet Khatib & Alami a, en outre, réalisé de nombreuses études pour plusieurs administrations libanaises, comme le Haut Comité de secours, le Conseil du développement et de la reconstruction (CDR) ou différents ministères, rapporte Le Commerce du Levant.


(Lire aussi : Le Hezbollah de plus en plus convaincu d’un complot dirigé contre lui, le décryptage de Scarlett HADDAD)


« Il démarre mal »
L’ancien ministre Mouïn Merhebi, originaire du Akkar, salue, pour sa part, le travail de l’entreprise dont est en charge Samir Khatib, qui a effectué des études et supervisé la construction d’une dizaine d’écoles techniques dans la région il y a trois ans. Il déplore par contre la qualité des travaux effectués pour l’installation des fibres optiques, mais reconnaît que ce manquement peut être dû à des directeurs de la société et non à M. Khatib lui-même. Ce que M. Merhebi reproche surtout au candidat à la présidence du gouvernement, c’est d’« avoir mené des tractations avec les blocs parlementaires avant même qu’il ne soit désigné ». « Il démarre mal puisqu’il enfreint la Constitution préalablement à sa nomination », affirme-t-il, ce qui laisse penser qu’« il arrondira les angles lorsqu’il sera à la tête du gouvernement ». « J’ai été contacté par différentes parties pour que je sois chargé de former un nouveau gouvernement, vu que je suis à égale distance de tous, que je dirige une institution performante au sein de laquelle j’ai réussi en raison de mes compétences et parce que je suis un homme laïc », avait expliqué, le 26 novembre dernier, M. Khatib à la MTV. « Je suis prêt a prendre en charge la formation d’un nouveau gouvernement, à servir le Liban dans ces circonstances exceptionnelles et essayer de sauver le pays s’il y a un consensus autour de ma personne et si les différentes parties ont l’intention de sauver le pays », avait-il également déclaré, le même jour, à la LBCI.

C’est surtout la façon dont le nom de Samir Khatib a émergé et circulé qui incite à penser que l’homme ne pourra pas être ferme dans ses positions, affirme une source politique interrogée par L’OLJ. Elle indique que l’ancien ministre de l’Environnement Tarek Khatib (aouniste) l’a proposé au chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, qui l’a lui-même suggéré au président Michel Aoun. M. Bassil a ensuite demandé au chef du gouvernement sortant de l’accueillir pour des discussions, et c’était ensuite au tour du Hezbollah de s’entretenir avec lui. Tarek Khatib, joint également par L’OLJ, évoque, lui, de manière positive la propension de Samir Khatib à arrondir les angles, affirmant qu’elle émane d’« un esprit rassembleur et d’ouverture ». L’ancien ministre affirme que « M. Khatib est ouvert à toutes les forces politiques, mais aussi à la rue ». Et d’ajouter : « Tout comme il a réussi au plan professionnel, il pourra mener à bien sa mission politique, d’autant qu’il est attaché à réussir tout travail qu’il entreprend et cherche toujours à réaliser les objectifs qu’il se fixe. Cela, certes, à condition que les blocs parlementaires s’entendent sur son choix. »



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Remy Martin

Non.

gaby sioufi

LOIN DE DONNER NECESSAIREMENT FOI AUX ACCUSATIONS DEJA LANCEES CONTRE MR. KHATIB,
FAUT DONNER ZERO (FOI) AUX ELOGES DU PRESIDENT DU SYNDICAT DES ENTREPRENEURS QUI SONT EUX PARMIS LES PLUS IMPORTANTS CORRUPTEURS -AU QUOTIDIEN JE DIRAIS -
PS. BEN OUI, BEN OUI , TOUS YAANI TOUS -PEUT NE PAS S'APPLIQUER A EUX ! ? !

Sissi zayyat

On est hors sujet puisque dans tout ce mig mag on oublie l'essentiel qui est la requête des citoyens dans la rue et qui consiste à former un gouvernement technocrate loin des combines politiques.
M. Khatib ayant été trouvé et choisi par Gebran pour former un gouvernement répondant a ses critères lui enlève toute crédibilité et le condamne d'avance.
Il sera tenu par les gens qui l'ont placé pour mieux le diriger et c'est ce que la rue réfute depuis le 17 novembre
Nous voulons un homme qui aurait les mains et qui saurait dire non et affronter ses détracteurs sans avoir l'impression de les trahir en imposant des solutions qui sauveraient le pays loin des intérêts partisanes.
Hors dans ce cas de figure on est très loin du but.

Antoine Sabbagha

La Thawra ce sang jeune qui a vu le jour en octobre dernier exige elle aussi un sang jeune pour gouverner le pays loin des hommes d'affaires qui ont ruiné le pays depuis 1990 .

Gebran Eid

IL EST DÉJÀ LIÉ AVEC LA BANDE QUI GOUVERNE ET A LES MAINS LIÉES SURTOUT. DONC C'EST UN FAUX JETON POUR CEUX QUI ONT FORCÉ HARIRI À DÉMISSIONNER. UNE PERTE DE TEMPS.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

NOMINATION VOUEE A L,ECHEC. UN AUTRE NOM BRULE !

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