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Journée internationale des personnes handicapées : les associations libanaises dans la rue

Liban

Des familles rassemblées sur le parvis de Bkerké pour réclamer à l'Etat la prise en charge de leurs proches.

OLJ
03/12/2019

A l'occasion de la Journée internationale des personnes handicapées, des centaines de personnes handicapées, de tous âges, accompagnées de leurs proches, ont manifesté à travers le Liban afin de tirer la sonnette d'alarme sur leur situation, les associations les prenant en charge étant dans une situation financière critique depuis des mois et qui s'exacerbe depuis le début de la révolte du 17 octobre.

De Hasbaya à Tripoli, en passant par Baalbeck, ainsi qu'à Bkerké, au siège patriarcal maronite, les personnes à besoins spécifiques et leurs familles ont battu le pavé pour crier leur colère face à l'Etat qui accuse du retard dans le versement des allocations financières qu'il doit aux associations, dont certaines ont dû fermer leurs portes.


Rassemblement à Bkerké
Sur le parvis du siège patriarcal de Bkerké, environ 2000 enfants à besoins spécifiques de tous âges, accompagnés de leurs proches, se sont rassemblés à l'appel de l'Union nationale pour le handicap qui rassemble une centaine d'associations, en charge de près de 12 000 personnes de toutes les régions. L'Union, qui a appelé l'Etat à intervenir, à mis en garde contre "une situation intenable". 

Le chef de l'Eglise maronite, le patriarche Béchara Raï, ainsi que le ministre sortant des Affaires sociales, Richard Kouyoumjian, sont venus à la rencontre des manifestants.
"Les personnes à besoins spécifiques ont le droit d'être prises en charge par l'Etat et d'être honorés par celui-ci car ils sont au-dessus de tout mal", a affirmé le prélat maronite sur place. "Vous avez honoré Bkerké par votre présence ici aujourd'hui', a ensuite dit Mgr Raï aux manifestants.


"Mes droits sont une ligne rouge". Photo Fady Noun


Pour sa part, M. Kouyoumjian a affirmé qu'il "refuse que les associations qui s'occupent des personnes à besoins spécifiques ferment leurs portes". "Je m'engage à faire le suivi de ce dossier avec toues les parties concernées afin que les allocations soient payées", a-t-il promis. "Ce dont vous souffrez aujourd'hui fait partie du problème auquel fait face le pays. Nous sommes aujourd'hui dans une situation financière difficile et la crise se répercute sur vous et sur les associations qui vous prennent en charge", a souligné le ministre sortant.  Il a précisé que ces associations ont "signé les contrats qui les lient à l'Etat il y a deux mois". "Hier, ces contrats ont été rendus après l'inspection de la Cour des comptes. Nous avons besoin d'une semaine de travail au ministère avant d'envoyer ces contrats au ministère des Finances afin que les montants dus soient débloqués. Nous avons également formulé une demande de crédit, et j'ai appris qu'elle avait fait l'objet d'un accord de principe", a-t-il ajouté.



(Pour mémoire : Crise financière des ONG : une bombe à retardement ?)



Le ministère des Finances "non concerné"
Le ministre sortant des Finances, Ali Hassan Khalil, a de son côté affirmé "soutenir le mouvement mené par les associations qui s'occupent des personnes à besoins spécifiques". "Le ministère des Finances a payé tous les montants de l'année dernière, et n'est pas concerné par le problème actuel. Le retard est dû au fait que les contrats de 2019 n'ont pas été effectués et n'ont toujours pas été envoyés à ce jour au ministère (...). Il faut changer la manière de traiter les contrats et les mécanismes au sein du ministère des Affaires sociales afin que les montants soient prêts en début d'année et payé de manière continue et régulière".

Pour sa part, le ministre sortant de l'Education, Akram Chehayeb, s'est engagé à "renforcer la culture de l'intégration (des personnes à besoins spécifiques) au sein du secteur éducatif". "Nous avons réussi à mettre en place 30 écoles qui accueille ces élèves sur tout le territoire et nous visons le chiffre de 60 écoles (...)", a-t-il écrit sur Twitter.

Au printemps, les associations prenant en charge des enfants à handicap avaient lancé une première et vigoureuse campagne de revendications, qui avait abouti au paiement, quelques mois plus tard, des allocations de paiement de 2018. La coupe dans les allocations destinées aux organisations subventionnées par le ministère des Affaires sociales avait également provoqué, lors de l'étude du budget 2019, une polémique et un mouvement de contestation au sein de ces organisations.

Jeudi, des employés de la Fondation al-Kafaat, qui s’occupe de plus de 1 000 enfants à handicap, ainsi que des parents de bénéficiaires, avaient manifesté à la place des Martyrs, dans le centre-ville de Beyrouth, contre la fermeture de cette association, privée des allocations de 2019 et de toute stabilité financière, dénonçant "une catastrophe sociale".


(Lire aussi : La révolution a replacé le Akkar sur la carte du Liban)


"Contraints de rester chez eux"
A Tripoli, la capitale du Liban-Nord et haut lieu de la contestation populaire contre le pouvoir politique, plus d'une centaines d'élèves, de parents, d'enseignants et d'étudiants, se sont rassemblés devant le siège de l'Ordre des avocats, situé à proximité du sérail gouvernemental, selon notre journaliste sur place, Ornella Antar. "Séisme social", ou encore "J'ai le droit à l'éducation", soulignaient les slogans brandis par les protestataires.

"Si les allocations de 2019 ne sont pas payées, et si celles de 2020 ne sont pas approuvées, nos élèves seront contraints de rester chez eux, sans soins éducatifs, et nous essayons d'éviter cela jusqu'à présent", a prévenu Anita Batour, une assistance sociale citée par l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Un sit-in similaire a été organisé à Batroun, toujours au Liban-Nord.

Photo Ornella Antar



Au Liban-Sud, un sit-in pour la même cause a été organisé devant le siège de l'association "Tadamon wa Tanmiyé", à Hilaliyé, à Saïda, selon notre correspondant sur place Mountasser Abdallah. Par ailleurs une marche féminine contre la cherté de vie et la crise de liquidités a eu lieu dans les rues de la capitale du Liban-Sud.


Photo Mounstasser Abdallah


Au Hermel, dans la Békaa, des élèves ont tenu un sit-in devant le siège d'un centre pour personnes à besoins spécifiques, appelant l'Etat à verser ses allocations avant le 15 décembre.


A l'occasion de la Journée internationale des personnes handicapées, le président Michel Aoun a de son côté affirmé qu'il effectuait "plusieurs démarches pour résoudre la crise actuelle dont souffrent les organismes et institutions s'occupant des personnes handicapées malgré les difficultés et la situation difficile du pays". "Les solutions ne peuvent pas attendre", a ajouté le chef de l'Etat selon des propos rapportés sur le compte Twitter de la présidence. Le président Aoun prône un "renforcement des dispositifs de fusion" de ces associations, "particulièrement dans les domaines des études et du travail" et ce, "afin de profiter de leurs énergies et de leur assurer un soutien, ainsi qu'aux familles dont elles s'occupent", évoquant "un effort concerté pour garantir leurs droits qu'ils ne devraient pas solliciter par respect pour leur dignité et leur interaction naturelle avec la société". 


Défense civile
Sur un autre plan, des élèves du collège des Saints-Coeurs de Kfar Hbeb ont refusé d'entrer en classe, malgré l'annonce de la direction qui assure qu'elle paiera les salaires des enseignants, après des craintes quant à la fermeture de l'école. Les parents des écoliers sont venus les ramener chez eux avant la fin de la journée d'étude. Plus tard, la direction de l'école a annoncé que demain sera une journée de cours ordinaire.

A Beyrouth, des volontaires de la Défense civile ont également fait entendre leur voix en organisant un sit-in place Riad el-Solh, dans le centre-ville, afin de réclamer leur titularisation. "Il est honteux que nous soyons oubliés", a martelé Youssef Mallah, au nom de ses collègues.   Réagissant aux revendications des manifestants, le président de la commission parlementaire des Finances et du budget, Ibrahim Kanaan, a affirmé que "le cadre de la Défense civile a été modernisé en 2014 et les droits (des volontaires) attendent la détermination d'un budget. La commission des Finances a demandé à la ministre (sortante) de l'Intérieur, Raya el-Hassan, de lui faire parvenir l'estimation du montant censé couvrir les salaires des volontaires de la Défense civile. "Si la réduction de 400 milliards (de livres libanaises au niveau des dépenses) est approuvée, nous essaierons d'assurer les contributions à la Défense civile. La réaffectation de crédits pourrait également être une solution", a ajouté M. Kanaan.

 



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