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Social

Crise financière des ONG : une bombe à retardement ?

Le budget alloué au ministère des Affaires sociales (1 %) ne suffit pas pour venir en aide aux associations qui sont sous contrat avec lui.

La crise qui secoue le secteur du travail social, du fait du retard dans le paiement des sommes dues par le ministère des Affaires sociales aux associations qui sont sous contrat avec lui, s’est légèrement tassée avec le début de versement, hier, d’une partie de ces montants. Il n’en demeure pas moins que la question reste entière, le problème n’ayant été que repoussé. Si une solution radicale n’est pas trouvée, de nombreuses ONG prenant en charge des enfants à besoins spécifiques risquent de bientôt mettre la clé sous la porte.

« La situation à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui émane d’un manque de clarté de la politique sociale au Liban », explique à L’Orient-Le Jour Pierre Bou Assi, membre de la commission parlementaire des Affaires sociales. Il précise dans ce cadre que le champ d’action du ministère des Affaires sociales englobe les orphelins, les personnes âgées, les femmes battues, les handicapés physiques et mentaux, les toxicomanes, les pauvres, ainsi que quelque 230 centres de développement social. « Pour commencer, ce que le ministère offre pour chacune de ces catégories n’est pas bien clair », déplore M. Bou Assi. Ministre des Affaires sociales sous le gouvernement précédent, il a veillé, durant son mandat, à renforcer le partenariat entre les secteurs public et privé, en tablant sur les ONG qui prennent en charge « la quasi-totalité des cas lourds socialement, c’est-à-dire ceux qui appartiennent aux cinq premières catégories susmentionnées, d’autant que l’État, contrairement au secteur privé, n’a pas de centres pour les accueillir ».

Le principal problème reste, selon lui, le budget alloué au ministère des Affaires sociales qui constitue 1 % du budget de l’État. Or celui-ci ne suffit pas « pour couvrir les besoins sociaux du pays », d’autant qu’il « est calculé selon le coût de la vie en 2011 (lorsque le salaire minimum était encore à 450 000 livres libanaises), alors qu’il devrait être réactualisé chaque année ».

Il est à noter que selon la sévérité des cas, le ministère accorde aux associations entre 5 500 et 19 500 livres libanaises par jour et par enfant, soit entre 1 330 et 4 750 dollars par an. Or « chaque enfant nous coûte en moyenne 8 000 dollars par an », assure une directrice d’une école pour les sourds. Le salaire minimum a été augmenté dans l’intervalle (675 000 livres libanaises), ainsi que les taxes, notamment après l’adoption de la loi pour le financement de la grille des salaires. « Nos enseignants ont eu droit à une augmentation de leurs salaires conformément à cette loi, mais la valeur de l’aide accordée par le ministère des Affaires sociales aux ONG est restée inchangée », regrette-t-elle, sachant qu’« au début de chaque année, le ministère devrait effectuer une étude en fonction de laquelle il réajuste le montant des aides accordées aux ONG ». « La dernière étude remonte à 2012 et avait prévu une augmentation de près de 22 % sur les coûts de la vie en 2011, précise-t-elle. Or cette évolution n’a jamais été prise en compte. »


Situation inquiétante

Non seulement le budget alloué au ministère est largement réduit, « mais il n’est même pas dépensé, puisque le ministère des Finances ne débloque pas l’argent, sous prétexte de pénurie », note M. Bou Assi. En fait, cela fait près de quinze mois que les ONG n’ont pas touché leur argent. Pour pouvoir subvenir à leurs besoins et continuer à payer les salaires de leurs enseignants, elles se sont lourdement endettées. Mais aujourd’hui, la situation est tellement difficile que certains de ces centres spécialisés risquent de jeter l’éponge. Tel a été récemment le cas de la fondation al-Kafaàt qui a dû fermer, il y a près de deux mois, les portes d’un de ses centres qui accueille 102 enfants ayant des handicaps mentaux sévères. Ces enfants n’ont toujours pas été placés dans d’autres centres, qui se retrouvent d’ailleurs dans la même situation.

« Les ONG comptent beaucoup sur les donations, avance Marie Fahed, directrice pédagogique à Acsauvel. Avec la cherté de la vie et la crise économique dans le pays, les donations ont sensiblement diminué. À partir de ce mois, la direction pourrait ne plus pouvoir payer les salaires de ses employés. L’ONG compte quarante employés qui ont eux-mêmes des obligations envers leurs familles. La situation est très difficile et inquiétante. »

Pour remédier au problème, il faudrait, selon M. Bou Assi, « arrêter d’attaquer les ONG, d’autant que la politique sociale de l’État s’appuie sur elles ». « Il faudrait les soutenir et leur payer leurs dus à temps, c’est-à-dire tous les trois mois. Le ministère des Finances se doit de trouver cet argent », insiste-t-il, précisant que « selon les contrats établis avec ces associations, le ministère des Affaire sociales couvre une partie des factures et éventuellement une partie des salaires qui sont payés respectivement avec sept ans et un an et demi de retard ».

Et M. Bou Assi de marteler : « La classe politique doit permettre au ministère des Affaires sociales de faire son travail avec un budget convenable. Sans ces associations, l’État ne peut rien faire. Si on arrête l’aide qui leur est allouée, on va tout droit vers une catastrophe sociale réelle. Le partenariat avec la société civile est précieux et efficace. Il faut qu’il continue et que ces gens soient soutenus. »

Le parlementaire note à ce niveau que « les pays de la région ont pu extraire l’argent qui manquait à l’action sociale en limitant les subventions surtout au secteur de l’électricité ». « Au Liban, ces subventions s’élèvent à deux milliards de dollars par an, soit douze fois le budget du ministère des Affaires sociales, indique-t-il. Si on prélève 10 % sur cette somme, on arrivera à améliorer l’efficacité et les services du ministère des Affaires sociales. Il est possible de procéder par essais et erreurs dans tous les domaines, sauf dans le domaine social. À quoi sert un État s’il n’est pas capable de soutenir les éléments les plus vulnérables ? Malheureusement, la classe politique n’a pas cette conscience de l’urgence sociale. »


La crise qui secoue le secteur du travail social, du fait du retard dans le paiement des sommes dues par le ministère des Affaires sociales aux associations qui sont sous contrat avec lui, s’est légèrement tassée avec le début de versement, hier, d’une partie de ces montants. Il n’en demeure pas moins que la question reste entière, le problème n’ayant été que repoussé. Si...

commentaires (3)

comme toujours, les bons paient pour les salauds ! tristement, bcp trop d'ONG de tous genres foisonnent au Liban qui ne sont que couverture pour se faire sous de la poche du citoyen.

gaby sioufi

13 h 24, le 27 février 2019

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Commentaires (3)

  • comme toujours, les bons paient pour les salauds ! tristement, bcp trop d'ONG de tous genres foisonnent au Liban qui ne sont que couverture pour se faire sous de la poche du citoyen.

    gaby sioufi

    13 h 24, le 27 février 2019

  • Bravo madame Merhi d'avoir consacré un article à cette brûlante question d'actualité! L'impact des coupures de budget, retards et atermoiements des responsables est considérablement alarmant pour les ONG comme l'Afel (Association du Foyer de l'Enfant Libanais) qui en pâtit depuis quelques années et dont les enfants victimes d'abus et de négligence sont les premiers touchés! Des budgets spéciaux alloués et des mesures d'urgence doivent être adoptées au plus tôt pour soutenir les ONG débordées par les problèmes sociaux qui augmentent d'année en année!

    Dounia Mansour Abdelnour

    12 h 04, le 27 février 2019

  • DES EMPLOYES DE LEURS EMPLOYEURS !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    08 h 23, le 27 février 2019