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Liban

Monté pour les manifestants, l’hôpital de campagne de Tripoli reçoit désormais aussi les plus démunis

Solidarité

Dans l’hôpital de campagne installé dans la station de bus de la place al-Nour, où les protestataires se rassemblent depuis le début de la révolution, défile désormais toute la misère de la ville.

27/11/2019

À l’heure où les hôpitaux gouvernementaux et privés souffrent d’une crise sans précédent, relevée hier par le ministre de la Santé Jamal Jabak, et risquent d’être en pénurie d’équipements en raison de l’accès extrêmement difficile aux dollars, la révolution à Tripoli fait preuve d’une belle solidarité citoyenne médicale. Dès les premiers jours du soulèvement populaire, un hôpital de campagne a ainsi été monté sur la place Abdel Hamid Karamé (al-Nour), haut lieu de la contestation depuis plus de 40 jours. Nombreuses sont les raisons qui ont incité les forces de secours et d’urgence de l’Association médicale islamique (une ONG à but non lucratif) à mettre en place cet hôpital de campagne, dans la station de bus principale de la place. « Au cours des deux premiers jours, les secouristes qui se trouvaient sur la place ont transporté environ 80 personnes aux hôpitaux de la ville », explique le Dr Bilal Khaled, médecin bénévole à l’hôpital de campagne. « La plupart d’entre eux ne pouvaient pas se permettre de payer les frais de traitement dans un hôpital privé, et l’hôpital gouvernemental de Tripoli est situé en dehors de la ville, d’où la difficulté d’y transporter les patients. » Et la décision de monter, au cœur de l’épicentre de la révolte, un hôpital de campagne.

Bilal Khaled assure à L’Orient-Le Jour que l’hôpital est financé par l’Association médicale islamique ainsi que par des médecins de la ville et quelques hôpitaux privés. « Les médecins qui reçoivent gratuitement des boîtes de médicaments de la part des firmes pharmaceutiques les offrent à l’hôpital, précise-t-il. De mon côté, j’ai offert à l’hôpital un électrocardiogramme portable que je possède et dont je pouvais me passer dans mon travail à l’hôpital ou dans ma clinique. » Quant au local de l’hôpital, il a été offert… par le propriétaire de la compagnie de transport Connexion. « L’hôpital de campagne est en réalité la station de bus de Connexion qui assure des allers-retours entre Tripoli et Beyrouth », affirme le Dr Khaled. « Durant les premiers jours de la révolte, en raison de la coupure des routes par les manifestants, l’activité des bus était suspendue. Quand elle a repris, le propriétaire de la compagnie Connexion n’a pas voulu nous déloger, préférant modifier le point de départ de ses bus », poursuit Bilal Khaled.


(Lire aussi : À Tripoli, les manifestants protestent contre la gestion désastreuse des déchets)

Un sentiment de sécurité

Si cet hôpital de campagne permet d’offrir des soins urgents aux manifestants de la place al-Nour, il vise aussi à les rassurer. « Cet hôpital donne aux manifestants un sentiment de sécurité et incite d’autres personnes à participer, à leur tour, au soulèvement », précise le Dr Khaled. « Outre les premiers secours et les soins de pansements, l’hôpital dispose d’une variété d’équipements dont un défibrillateur, des bouteilles d’oxygène, un électrocardiographe ou encore un manomètre », dit le médecin.

L’hôpital dispose d’un chariot d’urgence, de huit lits et est capable de recevoir entre 8 et 10 personnes simultanément. « À l’entrée de l’hôpital, les patients sont traités par ordre de priorité selon l’urgence de leur situation soit par le médecin présent, soit par les infirmiers et les secouristes sur place », précise le Dr Khaled. Ainsi, cinq cas de patients souffrant d’une crise cardiaque ont pu être diagnostiqués sur place avant d’être transférés dans un hôpital, ce qui a contribué à sauver des vies.

Parmi les gens qui ont pu être sauvés d’un sort funeste par l’hôpital de campagne figure un jeune bénévole du groupe « Les gardiens de la ville », qui assure la sécurité et l’organisation du mouvement sur la place al-Nour. « Ce jeune homme avait reçu un coup de couteau à la cuisse au niveau d’une veine principale », raconte le Dr Khaled, avant de poursuivre : « Il a perdu énormément de sang, mais l’équipe de l’hôpital de campagne a réussi à ralentir ce saignement évitant ainsi sa mort. Étant donné sa condition, il n’aurait pas survécu au trajet vers l’hôpital de la ville s’il n’avait pas été stabilisé auparavant. »


(Lire aussi : « L’art, aussi, va changer l’image de Tripoli »)

Un hôpital pour les plus pauvres

Au fil de la révolution, la mission de l’hôpital a toutefois pris une nouvelle envergure. En sus des manifestants nécessitant des soins urgents, ce sont désormais des personnes défavorisées qui s’y présentent. Ce qui ne devrait pas surprendre, alors que Tripoli est, selon une étude de la Banque mondiale datant de 2017, la ville la plus pauvre du littoral méditerranéen. Plus de la moitié des habitants de Tripoli vivent au niveau ou sous le seuil de pauvreté, et un quart d’entre eux sont dans une situation d’extrême pauvreté, selon une étude de l’ONU datant de 2015. En 2017, la Fondation Safadi indiquait que, selon ses données, 60 % des habitants de la ville étaient au chômage.

Selon le Dr Khaled, l’hôpital qui soigne les manifestants gratuitement se doit éthiquement de soigner tous ceux qui se présentent à ses portes même s’ils ne font pas partie du rassemblement. « Certaines personnes n’ont même pas les moyens de payer les 5 000 ou 10 000 livres libanaises pour une consultation dans un dispensaire médical », déplore-t-il. « Ils viennent donc se faire soigner ici », ajoute-t-il.

L’équipe assure tous les services disponibles aux patients. « Parfois, nous ne pouvons les traiter, par manque d’équipement ou de médicaments... » regrette le médecin.

Pour le Dr Khaled, les médecins de la capitale du Liban-Nord savaient mieux que personne à quel point les habitants de leur ville souffraient de la pauvreté. « Mais le bénévolat dans cet hôpital de campagne nous a révélé un autre visage de notre ville encore plus misérable que ce que nous imaginions », dit-il. « Dans les hôpitaux comme dans nos cliniques, nous rencontrions des patients qui n’avaient pas les moyens de se soigner et qui étaient souvent transférés dans un dispensaire, souligne-t-il. Mais nous n’avions pas, jusque-là, rencontré de patients pour lesquels ne serait-ce qu’une visite au dispensaire était un luxe en soi... »


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