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Témoignage

Lara Abou Fakhr à « L’Orient-Le Jour » : Je l’ai vu charger son arme et tirer sur mon mari

La veuve de Ala’ Abou Fakhr raconte cette nuit qui a fait basculer sa vie.

Lara, la veuve de Ala’ Abou Fakher, lors des funérailles de son époux, aujourd'hui à Choueifate. Andres Martinez Casares/Reuters

« Tout le monde me dit que je suis une femme forte. Oui, j’étais une femme forte, mais plus maintenant. J’ai vu mon époux se faire assassiner sous mes yeux, son sang a couvert mon corps et mes vêtements. Je ne sais plus comment être forte. Désormais, je suis veuve et mère de trois orphelins âgés de 12, 10 et 7 ans. »

Au milieu des centaines de personnes venues lui présenter leurs condoléances, ce jeudi à Choueifate où se déroulaient les funérailles de son époux Ala’ Abou Fakhr, tombé sous les balles d’un militaire mardi soir, Lara Abou Fakhr affiche une dignité exemplaire. À L’Orient-Le Jour, elle veut raconter cette nuit qui a fait basculer sa vie.

« Depuis le premier jour de la révolution, le 17 octobre, nous allions ensemble, Ala’ et moi, manifester. Lui voulait être présent sur le terrain, moi je tenais à l’accompagner parce que nous nous aimons », dit-elle, au présent. En ce 12 novembre, poursuit Lara, les choses commençaient un peu à se calmer. « C’était une journée ordinaire. Ala’ est rentré à la maison, il a mangé, fumé son narguilé, pris sa douche. Et puis il y a eu l’interview provocatrice et infâme du président de la République. Ala’ s’est habillé et nous nous sommes préparés pour sortir manifester. Il m’a dit qu’il ne voulait pas manifester à Deir Koubel mais au croisement de Khaldé », poursuit-elle.

Le couple se rend donc à Khaldé. « Sur place, nous avons remarqué qu’une voiture, un tout-terrain Toyota doté d’une plaque d’immatriculation ordinaire, tentait de forcer le passage, alors que les manifestants avaient coupé la route pour exprimer leur colère. Une altercation verbale avait éclaté entre les personnes à bord de la Toyota et les manifestants.»

Le couple s’approche. « Nous avons vu l’officier (des services de renseignements de l’armée Nidal Daou (de la communauté druze et proche du Parti socialiste nationaliste syrien PSNS, selon certaines sources) et son chauffeur (Charbel Hojeil, également des services de renseignements de l’armée) à bord de la voiture. L’homme au volant voulait forcer le passage. Ala’ est intervenu, l’a interpellé et lui a dit “Arrête espèce de m…”, l’autre lui a rétorqué “C’est toi la m…”. »

À ce moment-là, explique Lara, elle se trouvait devant son époux, qui faisait face au chauffeur et à l’officier. « J’ai vu l’officier donner l’ordre à son chauffeur de tirer. J’ai vu ce dernier charger son fusil-mitrailleur, tirer deux coups en l’air, puis il a pointé son arme sur mon mari. J’ai voulu protéger Ala’, mais il m’a poussée. J’ai crié “Tue-moi à sa place”. » Sa voix s’étrangle. « Puis, il n’y avait plus que du sang. Le sang de Ala’ était partout, par terre, sur mes mains, mes jambes et mes vêtements. »

Elle se ressaisit, et embrassant du regard l’assemblée, déclare : « Aujourd’hui, les gens sont venus présenter leurs condoléances des quatre coins du Liban. Des révolutionnaires comme lui. Je les appelle à garder la flamme de la révolution allumée. Je les appelle aussi à rester vigilants pour que justice soit rendue à Ala’. Sinon, le sang appellera le sang. »

« Moi, je prendrai mon courage à deux mains. Je resterai forte et digne, pour lui. Je garderai la tête haute. Mon mari est un révolutionnaire. Pour lui, pour nos enfants, pour le Liban dont il a rêvé, je continuerai la révolution. »



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« Tout le monde me dit que je suis une femme forte. Oui, j’étais une femme forte, mais plus maintenant. J’ai vu mon époux se faire assassiner sous mes yeux, son sang a couvert mon corps et mes vêtements. Je ne sais plus comment être forte. Désormais, je suis veuve et mère de trois orphelins âgés de 12, 10 et 7 ans. »

Au milieu des centaines de personnes venues lui...

commentaires (9)

Jusqu'à présent on n'a pas entendu dire que le colonel Daou qui a donné l'ordre de tuer ait été arrêté.

Yves Prevost

18 h 26, le 15 novembre 2019

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Commentaires (9)

  • Jusqu'à présent on n'a pas entendu dire que le colonel Daou qui a donné l'ordre de tuer ait été arrêté.

    Yves Prevost

    18 h 26, le 15 novembre 2019

  • Ne revez pas , l'ordre d'acquitter pour avoir tire pour defendre leur vie contre quelqu'un qui les a appele "merde "arrivera a Germanos qui se pliera gentillement Nous sommes encore un gouvernemnt de politique jusqu'a ce que la revolution gagne

    LA VERITE

    15 h 35, le 15 novembre 2019

  • L important est que cela ne reste pas impuni par les autorités comme celui qui s est fait tuer devant l Ambassade d’Iran il y a quelques années Allah yirhamak y’a Bou Omar Vous n’êtes pas seule madame et de plus l’épouse d’un symbole!

    PHENICIA

    11 h 34, le 15 novembre 2019

  • Le Changement doit s'opérer chez les Féodaux , chez les Politiques et chez les Militaires car chacun d’entre eux se croit depuis 3 décennies, au dessus de la Loi, au dessus du Citoyen et bien souvent au dessus de son propre pays. Le drame de cette femme, la tragédie qui s’est abattue sur sa famille concernent le pays tout entier, et un jour de deuil ou d’hommage national ne suffiront pas a changer les mentalités et a opérer un changement. La dignité du frère de la victime hier sur une des Chaines Televisees, sa requête a ce que Celui qui a donne l’ordre de tirer soit entendu, en dit long sur la Justice et les Infamies dans notre pays.

    Cadige William

    09 h 45, le 15 novembre 2019

  • un officier a donner un ordre a son subalterne … celui ci c'est executer ils sont des militaires CELUI QUI DOIT ETRE POURSUIVIS EST L'OFFICIER DONNANT L'ORDRE !!!! ET NON LE SUBALTERNE ET LE JE NE FAIS PAS DE LA PREFERENCE CONFESSIONELLE … MAIS C'EST COMME CELA QUE CHEZ LES MILITAIRES CA SE REGLE

    Bery tus

    01 h 53, le 15 novembre 2019

  • Comment des gens peuvent-ils avoir un cœur aussi ignobles... comment pourront-ils fermer les yeux la nuit après avoir commis un crime aussi atroce... C’est affreux, que Dieu ait pitié de l’âme du martyre.

    Chady

    23 h 02, le 14 novembre 2019

  • CETTE CONFIRMATION/ACCUSATION CHANGE TOUTE L,HISTOIRE. IL N,Y A PLUS D,OISEAU OU DE COUP DE VENT QUI A DEVIE LA BALLE. QUE LA -JUSTE- JUSTICE PRENNE SON COURS.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    20 h 57, le 14 novembre 2019

  • Terrible. RIP Alaa'.

    Je partage mon avis

    19 h 51, le 14 novembre 2019

  • Courageuse, cette femme. Voilà un témoignage qui change tout. Espérons que justice sera faite. Si le régime actuel reste en place, il est permis d'en douter, mais c'est justement pour que les crimes, qu'il s'agisse de vols ou d'assassinats comme celui de Hariri, de Pierre Gemayel ou tant d'autres, cessent d'être impunis que l'on fait cette révolution.

    Yves Prevost

    19 h 42, le 14 novembre 2019