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Jour XXVII : les blocages de routes reprennent, les sit-in s'intensifient

Liban

Échauffourées devant le palais de Justice de Beyrouth dont l'accès a été bloqué par des manifestants.

OLJ
12/11/2019

Au lendemain du report d'une séance parlementaire controversée sous la pression de la rue, et alors que le Liban connaît son 27e jour consécutif d'une contestation populaire contre la classe politique, des milliers de manifestants ont repris le blocage de routes à travers le pays et intensifié la pression au moyen de sit-in devant plusieurs administrations publiques.

Ces mouvements interviennent alors que les écoles et les universités ainsi que les banques ont gardé leurs portes fermées. Dans ce contexte, le président de la fédération des syndicats des employés des banques au Liban, Georges el-Hajj, a affirmé mardi matin à l'agence Reuters que les distributeurs de billets seront approvisionnés.



(Lire aussi : Le chaînon manquant, l'édito de Michel Touma)



Blocages de routes
Si aux premiers jours de la révolte, des milliers de Libanais bloquaient quotidiennement les grands axes routiers du pays, paralysant l'activité afin de mettre la pression sur les dirigeants, ces blocages avaient cessé après la grogne d'une partie de la population contre les manifestants, et suite à l'intervention musclée de l'armée. Mais mardi, de nouveaux blocages avaient lieu sur le territoire.

L'autoroute au niveau de Saïfi à l'entrée nord de la capitale était bloquée en matinée, avant d'être rouverte plus tard par les forces de l'ordre au niveau de l'avenue Charles Hélou.

L'autoroute de Bohsas au Liban-Nord était bloquée à la circulation à l'aide de pneus brûlés. Les manifestants accusent le chef de l’État, Michel Aoun d'inaction, alors qu'il est censé entamer les consultations parlementaires contraignantes pour désigner un Premier ministre. Des blocages étaient également recensés à Halba, Abdé, Minyé et Deir Ammar ainsi que sur de nombreuses routes intérieures à Tripoli. De même à Machta Hammoud et Wadi Khaled, plus au Nord dans le Akkar.

La circulation a également été bloquée dans certaines régions de la Békaa, notamment au niveau du croisement de Kab Élias. Dans le Sud, le rond-point Élia, l'un des bastions de la contestation à Saïda, a été bloqué à la circulation en début d'après-midi.

Blocage de routes à Halba. Photo ANI



(Lire aussi : À Dahyeh, la révolution est dans tous les esprits, mais...)



De nombreux sit-in
Parallèlement aux blocages de routes, les manifestants anti-pouvoir ont poursuivi leurs sit-in devant de nombreuses administrations publiques. C'est ainsi qu'un groupe de jeunes protestataires ont bloqué en matinée l'accès au palais de Justice de Beyrouth, au milieu d'un fort déploiement policier. La tension est montée lorsqu'une femme et un avocat se sont disputés avec les protestataires en insistant pour pénétrer à l'intérieur du palais. Ils ont finalement dû rebrousser chemin. L'un des manifestants a affirmé que les protestataires comptent installer des tentes et passer la nuit sur place. En début d'après-midi, les manifestants ont rouvert l'accès au palais, tout en restant présents sur les lieux.

Des dizaines d'étudiants, fer de lance de la contestation populaire, restaient aussi mobilisés devant le siège du ministère de l’Éducation, dans la capitale. Leur sit-in se déroulait dans une bonne ambiance sur fond de musique patriotique, même si le rassemblement provoquait des embouteillages dans le secteur.

Un autre groupe s'est rassemblé devant le rectorat de l'Université libanaise, situé en face du Musée national. Ils se sont ensuite dirigés vers la place Riad el-Solh, dans le centre-ville de Beyrouth, où convergent d'habitude les manifestants de tout bord. Des centaines d'étudiants se sont également rassemblés en début d'après-midi sur la voie express du Ring, située à côté du centre-ville.

Des étudiants manifestants devant le siège du rectorat de l'Université libanaise. Photo ANI


Dans le Kesrouan, à Jounieh, une poignée d'élèves bloquaient l'accès au centre d’enregistrement des véhicules, sous l’œil des forces de l'ordre. Plus au Sud, à Saïda, des manifestants bloquaient l'accès au bâtiment d’Électricité du Liban (EDL), d'Ogero, la société qui gère le réseau télécoms du pays et qui est souvent accusée par les protestataires de corruption et de mauvaise gestion, et du centre d'inscription des véhicules, alors que les institutions publiques ont fermé leurs portes, selon notre correspondant sur place Mountasser Abdallah. D'autres protestataires ont mis hors service les parcmètres dans le centre de la ville en écrivant dessus : "La ville appartient à tous, ne payez pas pour stationner". Une centaine d'enseignants contractuels de la fonction publique ont également observé un sit-in devant le sérail gouvernemental pour réclamer leurs droits.



(Lire aussi : 24 heures devant EDL pour réclamer du courant électrique 24h/24)



Par ailleurs, des propriétaires de stations-service bloquaient l'accès à de nombreuses stations de livraison de carburants à Dora, Jiyeh, Dbayé, Amchit et Tripoli, afin de réclamer de payer la marchandise en livres libanaises et non en dollars.

Photo ANI


Des manifestants ont également entamé un sit-in devant le sérail de Halba, au Liban-Nord, ainsi que devant les locaux de Liban Post et d'Ogero.
Dans le village de Ersal dans la Békaa, des dizaines d'habitants munis de drapeaux libanais manifestaient contre le pouvoir qu'ils accusent de négliger cette localité frontalière de la Syrie qui accueille de nombreux réfugiés syriens ayant fui le conflit qui ravage leur pays depuis 2011.

Par ailleurs, des dizaines d'employés des sociétés Touch et Alfa, qui gèrent les réseaux de téléphonie mobile du pays, ont entamé une grève ouverte devant les sièges des compagnies, affirmant craindre des coupes dans leurs salaires.

Sit-in devant le siège de l'opérateur mobile Alfa. Photo ANI



Depuis le 17 octobre, des centaines de milliers de libanais de tous bords se mobilisent pour réclamer le départ d'une classe dirigeante jugée incompétente et corrompue, sur fond de craintes d'une crise financière. Le mouvement de contestation a entraîné la démission le 29 octobre du Premier ministre Saad Hariri mais les tractations traînent depuis pour la formation d'un nouveau gouvernement. La contestation entend maintenir la pression pour obtenir un nouveau cabinet composé de technocrates indépendants des partis politiques.

Hier, le président du Parlement Nabih Berry a décidé de reporter au 19 novembre la séance parlementaire durant laquelle devait notammen, être votée une loi d'amnistie controversée et décriée par les manifestants. Le président de la Chambre a justifié ce report pour des "raisons sécuritaires", alors que les protestataires menaçaient de bloquer les accès au Parlement. Depuis quelques jours, cette proposition de loi d'amnistie générale fait polémique. Elle est rejetée par les manifestants mais aussi par plusieurs formations politiques qui reprochent non seulement son timing mais aussi son contenu. En effet, alors que cette amnistie est notamment réclamée par les proches des détenus islamistes, incarcérés alors qu'ils n'ont pas été jugés, elle engloberait de nombreux autres crimes d'abus de pouvoir, d'abus de bien sociaux, de négligence, ainsi que les crimes environnementaux.

Le président de la République, Michel Aoun, doit s'exprimer ce soir à partir de 20h30 lors d'une interview télévisée.


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MGMTR

(XXVII) avec les chiffres romains bientôt on n'arrivera plus à suivre !

BOSS QUI BOSSE

En attente du jour XXVIII .LOL.

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