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Jour XXIII : étudiants et protestataires battent le pavé à travers le Liban, plusieurs administrations ciblées

Liban

Plusieurs rassemblements à travers le pays devant le port de Beyrouth, des banques, ainsi que des branches locales de la BDL, du CNSS et d'Alfa.

OLJ
08/11/2019

Des milliers d'élèves et d'étudiants se sont mobilisés vendredi pour le troisième jour consécutif en manifestant devant des administrations publiques à travers le pays afin de garder intacte la contestation populaire sans précédent contre la classe politique accusée de corruption et d'incompétence. 

Beyrouth, plusieurs milliers de lycéens se sont rassemblés devant le siège du ministère de l’Éducation, dans le quartier de l’Unesco, brandissant des drapeaux libanais et allumant des fumigènes de toutes les couleurs. "Vous êtes le passé, nous sommes le futur", pouvait-on lire sur une pancarte tenue par plusieurs jeunes filles. "Quel est le problème si on perd une année scolaire au lieu de perdre tout notre avenir ?", s'insurge Qamar, une jeune adolescente. "Je ne veux pas étudier au Liban pour ensuite devoir partir à l'étranger."

Des centaines d'étudiants se sont également rassemblés devant le rectorat de l'Université libanaise (UL), dans le secteur du Musée national. "Ayoub dégage! Nous voulons la chute du président de l'UL" Fouad Ayoub, extrêmement contesté, criaient les étudiants qui ont formé des cercles de dabké devant le bâtiment. Selon notre journaliste sur place, Anne-Marie el-Hage, les manifestants, dénonçant les "problèmes endémiques" de l'UL, ont présenté une liste de revendications au rectorat, dont la fermeture de l'université et un appel à la grève générale jusqu'à la formation d'un gouvernement de technocrates et le report des examens.


Des étudiants rassemblés devant le rectorat de l'Université libanaise. Photo Anne-Marie El-Hage


Plus tôt dans la matinée, étudiants, militaires à la retraite et activistes s'étaient rassemblés place des Martyrs dans le centre-ville de la capitale, pour une manifestation en direction du port, où les contestataires ont bloqué une des entrées protégées par des soldats de l'armée libanaise, afin de protester contre le gaspillage financier. D'autres contestataires se sont rassemblés devant le siège du ministère de l'Intérieur.


Des manifestants devant l'une des entrées du Port.  Photo An-Nahar

Dans la soirée, des dizaines de jeunes se sont mobilisés devant la marina de Zaytouna Bay, dans le centre-ville, tapant sur des casseroles et scandant des slogans appelant à la révolution. Ils critiquaient notamment l'exploitation des biens-fonds maritimes publics à des fins privées, selon les images de la chaîne de télévision locale LBC.

Plus tard, les manifestants se sont rassemblés sur la place des Martyrs pour un concert du groupe The Great Departed, connu pour ses chansons aux textes satiriques. Le groupe a joué plusieurs chansons critiquant le pouvoir, dont "Kellon yaane kellon" (Tous sans exception, un des slogans les plus populaires de la révolte), qui date de 2015. 



(Lire aussi : Place Riad el-Solh, la formidable solidarité des étudiants face à l’« État voyou »)



Banques et administrations publiques
Mobilisés depuis mardi, les étudiants, qui ont à nouveau raté les cours aujourd'hui, sont également mobilisés en masse dans d'autres régions du pays, bloquant notamment des administrations publiques, comme les branches locales de la Banque du Liban (BDL), de la Caisse nationale de la sécurité sociale (CNSS) et d'Alfa, l'un des deux opérateurs de téléphonie mobile.

Saïda, des centaines d'étudiants et lycéens ont sillonné les rues de la grande ville du Liban-Sud. Ce matin, ils se sont divisés en plusieurs groupes et se sont rassemblés devant des banques et différentes institutions publiques, leur demandant de fermer leurs portes. Ils sont également allés devant la branche de l'Université libanaise pour demander aux étudiants de les rejoindre. Certains étudiants ont répondu à l'appel, alors que d'autres sont restés en cours. Des contestataires se sont également rassemblés devant la branche locale de la BDL, portant des sacs de galettes de pain pour symboliser à quel point la situation économique est désastreuse. Ils ont également à nouveau conspué le gouverneur de la Banque centrale Riad Salamé, l'accusant d'être un "voleur".

Des protestataires portant des sacs de pain et tapant sur des casseroles, à Saïda. AFP / Mahmoud ZAYYAT

Également dans le Sud, à Nabatiyé, des dizaines de manifestants ont organisé en soirée un concert de casseroles, devenu l'un des moyens d'expression des contestataires. Selon notre correspondante sur place Badia Fahs, les protestataires ont également entamé une marche, munis de bougies et de drapeaux libanais, dans cette ville où le Hezbollah est fortement implanté, le parti chiite ayant à plusieurs reprises dissuadé par la force toute contestation sur place.

Dékouané, à la périphérie-est de Beyrouth, des manifestants se sont à nouveau rassemblés devant le centre de contrôle technique et d'enregistrement des véhicules. D'autres protestataires se sont rassemblés devant le siège d'Alfa.

Jounieh, des étudiants se sont rassemblés devant leurs établissements scolaires, puis ont marché vers différentes institutions, dont la branche locale de la BDL, de la CNSS et celle d'Alfa. A Jbeil, des centaines d'étudiants se sont rassemblés dans le secteur de la Rue romaine, avant de marcher sur les sièges des branches de la CNSS et d'Alfa. A Amchit, des étudiants se sont également rassemblés devant le campus des sciences de l'UL.

Khaldé, dans le caza de Aley, des étudiants se sont retrouvés dans la matinée pour le troisième jour consécutif. Une manifestation s'est tenue également à Damour, dans le Chouf, devant le siège d'Ogero. A Chhim, des protestataires ont forcé la fermeture du siège d'Ogero et de la BDL dans la localité.

Baalbeck, dans la Békaa, des étudiants se sont regroupés place Moutran pour une marche en direction des établissements bancaires de la localité. D'autres protestataires se sont rassemblés devant le siège de la BDL de la localité. A Zahlé, des étudiants ont fermé le centre d'Ogero et se sont rassemblés devant le Sérail.A Jeb Jennine, dans la Békaa-ouest, tout comme à Rachaya, les protestataires ont forcé la fermeture de banques.

Depuis le 17 octobre, le Liban connaît une contestation populaire de sa classe dirigeante jugée corrompue et incompétente, sur fond de grave crise économique. Le mouvement, qui a mobilisé des centaines de milliers de Libanais toutes communautés confondues, a entraîné la démission le 29 octobre du Premier ministre Saad Hariri, mais la formation d'un nouveau gouvernement se fait attendre.

Le Liban est classé 138e sur 180 en matière de corruption par l'ONG Transparency.

Mercredi, la Banque mondiale a estimé que "l'étape la plus urgente" pour le Liban était "la formation rapide d'un gouvernement correspondant aux attentes de tous les Libanais". En cas d'impasse persistante, la moitié de la population pourrait sombrer dans la pauvreté et le chômage "augmenter fortement", a averti la BM, à l'issue d'une rencontre d'une délégation avec le président libanais Michel Aoun. Selon elle, environ un tiers des Libanais vit déjà sous le seuil de pauvreté.


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ON DIT QUOI ?

Ne jamais oublier que le but du jeu est avant tout de récupérer les sous pillés par les corrompus corrupteurs.

S'amuser c'est bien mais cela ne résoudra rien.

Gebran Eid

UNE PERTE DE TEMPS TOUTES CES MANIFESTATION. IL FAUT DÉLOGER LA TÊTE DU GOUVERNEMENT. IL EST ASSIS TRANQUILLE À RÉFLÉCHIR LE COMMENT IL VA PROTÉGER SON GENDRE. ET LE RESTE, IL L'A DÉJÀ DIT TIZZZZZ.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SANS COMITE QUI LES REPRESENTE ILS SONT COMME UN CORPS SANS TETE.

Yves Prevost

En ce moment, l'action des contestataires est en train de s'éparpiller dans toutes les directions, alors que la première urgence est la nomination d'un premier ministre. Ce devrait être aujourd'hui la seule revendication. Toutes les autres aussi légitimes soient-elles devraient attendre le nouveau gouvernement.

c...

Faut il donc que l’actuel ancien gouvernement craigne que soient soulevés des »lièvres « pour temporiser autant.... il est pourtant inéluctable que la situation évolue en faveur des manifestants, leurs efforts finiront par payer.....on appelle cela justice immanente

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