« Pourquoi ne s’en prennent-ils qu’à Aoun et Bassil ? »

Le rassemblement des partisans du CPL hier à Baabda. Photo Nabil Ismaïl

CPL

Des milliers de partisans du CPL se sont rassemblés à Baabda, hier, pour soutenir le président Michel Aoun, fondateur de la formation, ainsi que Gebran Bassil, son chef, fragilisés par le soulèvement populaire déclenché le 17 octobre dernier.

04/11/2019

L’ambiance était monochrome hier matin à Baabda, au sud-est de la capitale libanaise, sur le chemin menant au palais présidentiel. Des milliers de personnes se sont rassemblées en soutien au Courant patriotique libre (CPL) fondé par le président Michel Aoun, agitant aux côtés du drapeau libanais les drapeaux orange de la formation. L’espace grouille de monde. L’atmosphère générale est joyeuse, quoique sage. On vient pour écouter Gebran Bassil, chef du CPL et ministre des Affaires étrangères. Les enfants sont partout, ils reprennent en chœur les slogans de leurs parents.

Le discours est clair. Ici, on ne vient chercher noise à personne mais soutenir le président. Peu d’insultes, comme pour se distinguer des injures proférées à l’encontre de l’ensemble de la classe politique libanaise depuis le déclenchement du soulèvement populaire le 17 octobre dernier. M. Aoun et son gendre Gebran Bassil font l’objet de la vindicte populaire qui dénonce à tour de bras la corruption des politiciens et l’accroissement des inégalités dans le pays. Dans cette effervescence dominicale partisane, les drapeaux libanais s’affichent partout, en bandana pour se protéger d’un soleil tapageur, sur les tee-shirts et les visages, voire sous forme de tatouage. « On est ici pour soutenir le président Aoun dans son combat contre la corruption », s’exclame Wadad, 50 ans. Cette femme au foyer craint que le blocage de routes mette à mal l’avenir de ses enfants. « Mon fils ne pouvait plus aller au travail et ma fille avait un entretien d’embauche qui a été annulé. Nous étions avec les revendications du soulèvement des premiers jours, mais fermer les routes ainsi, c’est non ! » fustige-t-elle.


(Reportage : Le « non » assourdissant de la rue à Beyrouth)



À ses côtés, une femme à la casquette orange renchérit. « Nous aussi, nous sommes contre la corruption. Mais les manifs ont pris un tournant confessionnel. Pourquoi ceux qui sont descendus dans les rues ne s’en prennent qu’à Aoun et Bassil ? Il y a un favoritisme avec lequel nous ne sommes pas d’accord. »

Un peu plus loin, un groupe de jeunes brandissent des portraits du président faisant honneur à son passé de commandant en chef de l’armée. « Allah, Lebnan, Aoun w bass », scandent-ils, mentionnant ce qui constitue pour eux les trois piliers du pays : Dieu, le Liban et Michel Aoun.

Un jeune homme hisse deux drapeaux, l’un aux couleurs du CPL et l’autre en l’honneur de l’armée libanaise. « Je suis ici pour défendre le président Aoun et la chrétienté dans ce pays et dans la région, clame-t-il. Depuis les accords de Taëf, la présidence de la République est le dernier bastion des chrétiens au Liban. Il faut la protéger. » Cet employé de banque récuse pleinement le slogan phare du soulèvement libanais, le fameux « Kellon, yaani kellon » (Tous, ça veut dire tous). « En disant cela, on met tout le monde sur un pied d’égalité, le voyou et l’honnête homme. Or, le président est le plus propre de tous ! »

La voix de la chanteuse Julia Boutros, épouse du ministre sortant Élias Bou Saab, résonne sur la place. « Liberté, souveraineté, indépendance », entonne-t-on à tue-tête parmi d’autres fidèles du président.



(Lire aussi : Pour que la révolte devienne révolutionle commentaire d'Elie FAYAD)


Manipulations
Une montée d’adrénaline enveloppe la foule qui attend avec impatience son héros. « Héla, héla, héla, héla ho, Gebran Bassil, men hebbo », reprise détournée du slogan populaire chantonné dans les rues du Liban au cours des semaines passées et dont la mère de M. Bassil a fait les frais.

Un homme au micro appelle les ouailles du président à faire preuve de patience. Le discours de M. Bassil est retardé. Il faut attendre les bus venus des quatre coins du pays, de la Békaa, du Nord, de Jounieh... « À ce qu’il paraît, le président n’a plus personne avec lui », lance-t-il sarcastiquement. La foule applaudit.

« Si le président s’en va, qui pour le remplacer ? » s’insurge Lorène, 55 ans.

Le discours commence. Le gendre du président défend le bilan de son équipe, parle d’intégrité et d’honneur, fustige la corruption. Il joue la carte du rassemblement en rappelant que les revendications des Libanais qui battent le pavé depuis deux semaines sont en grande partie celles de son parti également.

M. Bassil rend aussi hommage à sa mère, avant d’en revenir à sa petite marotte, celle qui rassemble les siens et au-delà, la peur des réfugiés. Le chef du CPL tance certains manifestants qui s’étaient targués au cours de rassemblements précédents contre le pouvoir d’un « Bassil dehors, réfugiés dedans ». La foule fulmine en chœur « Non, non, non. »

C’est d’ailleurs pour cela que certains sont ici. « Je défends le président et Gebran Bassil parce qu’il faut renvoyer tous les réfugiés ! » confie ainsi Bassam, 56 ans.

D’autres encore s’en prennent aux révoltés de ces dernières semaines. « Ce sont des barbares, ces gens-là. Dieu sait qui les finance. Il est évident que les Forces libanaises jouent un rôle là-dedans, accuse Georges, 72 ans. Le président Aoun est le plus honnête de tous ceux qui nous gouvernent et il est le seul à même de garantir un Liban indépendant de toutes les dynamiques régionales. » Même son de cloche auprès de Mario, de près de 40 ans son cadet. « Tous les manifestants ne sont pas mauvais. Mais il y a clairement des manipulations venues des FL et de la Montagne, avec Walid Joumblatt et le Parti socialiste progressiste. »

« Moi, je ne suis pas contre la révolution, raconte Lina, une adolescente de 17 ans. Je ne suis pas là contre les autres, mais avec le président. Ce sont les parlementaires qui l’empêchent de faire son travail comme il le faut. »



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Bery tus

Pq la route de Baabda ne fut ouverte que pour les partisans du CPL ? Et non aux autres .. Une autre pq est ce que le président a cette manifs fut un speech en live ?!?
Et aux autres ce fut des enregistrements ?!?

Ah ceux qui affirment que c est bonne question qu ils me répondent à ça ...

LA VERITE

Pourquoi ne s’en prennent-ils qu’à Aoun et Bassil

DROLE DE TITRE SAUF SI LA PERSONNE QUI L'A ECRIT ETAIT ENDORMI DEPUIS 18 JOURS ET VIENT A PEINE DE SE REVEILER
JE RAPPELLE LE SLOGAN

TOUS CA VEUT DIRE TOUS

Or, le président est le plus propre de tous ! »

AVEC 15 MILLIONS DE DOLLARS DEJA EN 1990 A LA BNP PARIS C'EST SUREMENT LE PLUS PAUVRE DE TOUS LES POLITICIENS LIBANAIS

Ce sont les parlementaires qui l’empêchent de faire son travail comme il le faut. »

EVIDEMENT AVEC LES DEPUTES DU CPL DE HB DE AMAL ET DE CERTAINS DRUZES ET DE CERTAINS A TRIPOLI TOUS AFFILIES IL A A PEINE LES 3/4 DES SIEGES AU PARLEMENT MAIS LES KATAEB AVEC 3 DEPUTES ET SURTOUT PAULA YACOUBIAN , LA SEULE RESCAPEE CIVILE DES ELECTIONS PUISQU'ON A DU TRICHER POUR FAIRE DEGAGER L'AUTRE, L'EMPECHENT DE FAIRE SES REFORMES CAR LE FUTUR N'A JAMAIS BLOQUE MAIS A ETE BLOQUE PAR THEREZE DES DIZAINES DE FOIS

QUAND ALLEZ VOUS CESSEZ DE VOUS MOQUER DES GENS ?

DAMMOUS Hanna

« Pourquoi décrit-on le peuple libanais comme fortement éduqué, fort conscient et ouvert sur le monde dans tous les domaines de la vie, sauf en politique ils suivent leur leader comme des moutons »
La raison de cette déficience est que les citoyens sont verrouillés avec leur statut personnel à une des 18 communautés religieuses qui forment le pays. Ils confient à leur leader politique qu’ils élisent la défense de leur intérêt puisque ils ne peuvent pas sollicité directement les représentants des 18 communautés.
Les partis politiques au niveau national sont des masques représentant majoritairement une communauté qu’un projet politique national. Les partis transversaux ont très peu de succès.
En bref le système de représentation politique libanaise est celui des communautés et non des citoyens comme individu comme prévu dans les textes de la république.
Pourtant le pays n’a pas une frontière physique qui sépare les communautés. Les libanais partagent la même langue, la même éducation nationale et ont en commun plusieurs pratique culturelle, avec une mixité naturelle dans les activités économiques et des services.
Ces ingrédients sociaux économiques rendent fort possible la sortie de cet aliénant modèle communautaire, mais cette sortie est contraire aux intérêts de l’élite politique qui partage le pouvoir et qui s’est corrompu avec le temps par l’absence d’alternative.

VIRAGE CONTRÔLÉ

La question est tellement pertinente qu'on a l'impression que les autres, dans le domaine de la corruption ont l'air d'être vachement pistonné.

Comme si une fois le Phare Aoun et son gendre écartés, dame Probité va s'abattre sur le Liban, avec des geagea gemayel joumblatt Berry etc.... hahahaha....

Le libanais est naïf, ya pas a dire

Gros Gnon

« Pourquoi ne s’en prennent-ils qu’à Aoun et Bassil ? »

Pardon, je n'avais pas vu le "qu'à".

Ils s'en prennent à tous (T.O.U.S.).

Tous ya3ni tous. Il n'y a qu'un mot dans cette phrase. Lequel vous n'avez pas compris?

Sissi zayyat

Les gens qui répètent que les mécontents en veulent seulement à Aoun et Bassil sont frappés de surdité et d’aveuglement aussi volontaire que de mauvaise fois que leurs prétendus victimes. Le SLOGAN en atteste.
Killoun yeené Killoun. Alors ils font exprès de semer la zizanie ou alors peut être ne parlent ils pas la langue du pays du cèdre?
La victimisation des tortionnaires n’est pas nouvelle. Et inverser les rôles n’est plus de rigueur. Alors autres revendications peut être?

Lebinlon

Ces mecs n'ont aucune chance s'ils continuent a avoir une communication politique aussi desastreuse.
Insister a jouer la carte de l'Angelisme politique dans un pays qui s'effondre et ou les 3/4 de la population sont persuades du contraire est SUICIDAIRE.
juste 2 principes de bases:
1) You take the lead, you take the heat
2) les faits sont tetus
ajjuster votre comm.

Gros Gnon

« Pourquoi ne s’en prennent-ils qu’à Aoun et Bassil ? »

Le problème de fond est le déséquilibre entre les partis armés qui font perdurer une logique de guerre, et le reste du pays qui en a marre et voudrait tourner la page une fois pour toutes.

Aoun et Bassil ont fourni et continuent à fournir à ces partis la couverture politique qui leur manque, non pas par conviction mais par pur calcul électoral.

Ils payent aujourd’hui pour leur myopie politique...

Ceci dit la solution à court terme n’est pas le bloquage continu de ce qui reste de l’économie Libanaise. Le peuple a envoyé son message. La classe dirigeante a pris une bonne gifle. Maintenant il fait laisser les choses se passer selon la constitution, tout en maintenant la pression, en observant, et en remettant un petit coup de rappel de temps en temps. Tout changement trop précipité ne sera forcément pas durable non-plus...

Sissi zayyat

À ces pauvres gens qui descendent dans la rue pour soutenir une cause perdue d’avance qui est le pouvoir actuel et se plaignent de ne pas pouvoir aller à leurs entretiens d’embauche ou leur travail je leur dit que les millions de gens qui se trouvent depuis 19 jours dans les rues sont là pour défendre leurs droits de pouvoir être embauchés sans piston et à leur permettre plus tard d’aller travailler le cœur léger sûrs qu’aucun ne déclarera la guerre à leur insu et videra les caisses pour assurer l’avenir de leurs rejetons planqués à l’etranger avec leur fric, fruit du labeur du peuple.
Il ne s'agit pas d’une Kermesse ok. Donc des sacrifices s’imposent. Assez gémir pour de mauvaise raisons

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ILS SONT LES DEUX PREMIERS RESPONSABLES L,UN PAR SON INACTION ET L,AUTRE PAR SE LANGUE... ET LES DEUX PAR LEUR ATTACHES AUX DEUX MILICES IRANIENNES.

Ô Liban

Les consultations en vue de désigner un nouveau chef de gouvernement auraient dûes être terminées bien avant ce jour.
C'est une des raisons qui ont réactivé le soulèvement populaire après une accalmie bien dosée.

Yves Prevost

"Pourquoi ne s’en prennent-ils qu’à Aoun et Bassil ?"
La réponse est évidente: on s'en prend aux respinsables, à ceux qui avaient le pouvoir de changer les choses (majorité absolue au gouvernement et au parlement) et n'ont rien fait.

Revoltution

Monsieur Bassil mais c est vous même qui êtes pour les réfugiés car qui défend la cause du Hezbollah défend ceux qui nous les ont amené au Liban.Si nous devions vous suivre vous et votre parti de Dieu dans vos dérives et vos délires confessionnelles et communautaires eh ben grâce à vous nous avons aujourd’hui au Liban 3.500.000 Sunnites sans compter les palestiniens et croyez moi les Sunnites du Liban n’y sont pour rien dans cette histoire !!Et ils sont trop bien occupés à inculquer leur Libanité à leurs enfants avec ce slogan « Koul chi barratil al bab Kazzab « 

Zovighian Michel

Les partisans du CPL manifestent aux portes du Palais Présidentiel pour acclamer le Général Aoun et lui injecter un souffle de support face aux protestataires. Si les protestataires sont motivés à défendre leurs intérêts, c'est le culte de la personnalité qui stimule les partisans du CPL. En ce dimanche 3 novembre 2019, l’entourage du Président de la République l’a relégué au rang de chef de parti. Le Hezb doit bien rigoler dans sa barbe.

L’une des anomalies de l’esprit politique est le refus de tenir deux idées distinctes à la fois. Les politiciens adhèrent à ce récit, ce qui oblige les média à adhérer au récit, et avant même de le savoir, vous avez tout un pays qui hurlent les raisons pour lesquelles les autres sont si mauvais. Un électeur qui choisit un parti politique s'en tient à la loyauté des partisans. Les politiciens s’appuient sur le fait que, tant que ces électeurs portent les couleurs de leurs partis, ils leur pardonneront n'importe quoi.

C’est pour cette raison qu’une partie de la population vit toujours dans le déni malgré les preuves accablantes envers leurs dirigeants et les problèmes économiques écrasants. Les plus éveillés ne pardonneront plus.

Dounia Mansour Abdelnour

Le’ pouvoir n’est pas à prendre, il est à ramasser !

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