Rechercher
Rechercher

Liban - Gouvernement

Baabda continue de faire la sourde oreille aux manifestants

Aucune date n’a encore été fixée pour les consultations parlementaires contraignantes afin de désigner un Premier ministre.

Dans le centre-ville de Beyrouth, des manifestants ont monté hier une pendaison symbolique. Sur leurs tenues, l’on peut lire : confessionnalisme, guerre civile 1975-1990 et corruption. Patrick Baz/AFP

Les signes inquiétants d’une impasse politique s’accumulent : face à une rue en pleine ébullition réclamant la formation d’un gouvernement apolitique capable de redresser le pays dans les plus brefs délais, le palais de Baabda continue de tergiverser au sujet des consultations parlementaires contraignantes pour la nomination du futur Premier ministre. Hier soir, aucune date n’avait encore été fixée pour le début de ces consultations. Et une source proche de la présidence a confié à L’Orient-Le Jour que contrairement aux annonces antérieures, les consultations parlementaires risquent de ne pas avoir lieu aujourd’hui ou demain. Le traditionnel communiqué convoquant les députés au palais présidentiel pourrait être publié mercredi, et les consultations se tenir jeudi, ajoute-t-on de même source.

Ce n’est donc que près de dix jours après la démission du Premier ministre Saad Hariri que le mécanisme constitutionnel de la formation d’une nouvelle équipe pourrait être mis sur les rails officiellement. Un constat qui n’est pas sans susciter la colère des protestataires, qui ont augmenté leur pression en faveur d’un cabinet composé de personnalités indépendantes, en se rassemblant hier massivement dans les places publiques de Beyrouth, mais aussi dans plusieurs régions.

Le bureau de presse de Baabda avait publié samedi un communiqué dans lequel il avait précisé que « la date des consultations parlementaires sera fixée prochainement ». « Depuis la démission du Premier ministre, le président de la République a procédé aux contacts nécessaires préalables à la désignation de la date des consultations parlementaires contraignantes. La situation actuelle dans le pays exige une gestion calme de la situation, qui requiert de surmonter certains obstacles afin que la désignation (du Premier ministre) soit naturelle et facilite ensuite la formation du gouvernement », poursuit le communiqué. « Le président estime que les grands défis auxquels le futur gouvernement sera confronté imposent une approche rapide mais non précipitée du processus de désignation, car la précipitation dans de tels cas peut avoir des répercussions néfastes », ajoute le texte.

Le palais de Baabda serait donc en train de faciliter la tâche du futur Premier ministre. « D’autant que dans les circonstances actuelles, il faut mieux distiller un climat d’entente généralisée, avant de lancer les tractations gouvernementales », souligne un proche de Baabda à L’OLJ. Il confie que les contacts menés par Michel Aoun portent sur la forme de la future équipe qui semble osciller entre un gouvernement à dominante politique, un cabinet de spécialistes, ou encore une équipe dite « techno-politique », combinant les deux premières formules.

Mais dans certains milieux politiques hostiles au pouvoir en place, on ne perçoit pas les choses sous cet angle. « Les soi-disant contacts visent à imposer l’intégration du chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, au prochain gouvernement », déclare ainsi à L’OLJ Marwan Hamadé, député joumblattiste du Chouf. Il insiste, toutefois, sur le fait que « la première leçon à tirer des gigantesques manifestations d’aujourd’hui (hier) réside dans le fait que la rue n’acceptera pas un gouvernement qui inclurait M. Bassil ». C’est également dans le même sens que pourrait aller un tweet hier du leader du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt, dont les rapports avec M. Bassil et son parti sont en dents de scie depuis des mois. « À l’heure où la crise politique bat son plein, et après que le mouvement contestataire eut fait tomber la majorité (si ce n’est l’ensemble) de la classe politique, certains ignorent la Constitution, sous prétexte d’assurer la formation du gouvernement avant la désignation du Premier ministre, et ce dans le but de préserver les intérêts despotiques d’une personne et d’un courant politique anarchique », a écrit le leader druze dans une claire allusion au CPL et son chef, gendre du chef de l’État.


(Lire aussi : Pour que la révolte devienne révolutionle commentaire d'Elie FAYAD)




Un gouvernement sans Bassil ?
Ces atermoiements dans la désignation du futur chef du gouvernement interviennent à l’heure où les relations entre Saad Hariri et Gebran Bassil, les deux piliers du compromis présidentiel de 2016, qui avait donné le coup d’envoi au mandat de Michel Aoun, passent par de graves secousses, le parti fondé par le chef de l’État accusant M. Hariri de l’avoir « trahi » en annonçant sa démission-surprise, mardi dernier, sans en avoir informé le CPL ou Baabda à l’avance. La glace entre les deux parties devrait être brisée par leur premier contact concernant la formation du cabinet « et qui devrait avoir lieu aujourd’hui », comme l’a déclaré Alain Aoun, député aouniste de Baabda à la MTV. Ce geste est notable dans la mesure où il pourrait paver la voie à un appui aouniste à un éventuel retour de M. Hariri au Grand Sérail. D’autant que des sources aounistes avaient indiqué à L’OLJ que le CPL ne nommera pas M. Hariri avant d’entrer en contact avec lui.

À une question portant sur un éventuel substitut à M. Hariri à l’heure actuelle, les sources CPL précisent que si M. Hariri ne prend pas contact avec la formation de M. Bassil, et s’il s’avère impossible de lui trouver un substitut, le CPL pourrait s’abstenir de nommer un chef du gouvernement.

En face, le courant du Futur semble conscient de l’ampleur de la pression populaire qui avait amené Saad Hariri à jeter l’éponge. Il semble donc déterminé à continuer à répondre favorablement à ses demandes. « Nous sommes conscients que Gebran Bassil est une figure que les manifestants refusent et jugent provocatrice. Nous souhaitons donc pouvoir former un cabinet qui ne l’inclurait pas », déclare sans détour Moustapha Allouche, membre de la direction du parti haririen. Il souligne aussi que M. Hariri souhaite former un cabinet d’indépendants, tel que réclamé par les manifestants. M. Allouche réagissait ainsi à l’équation établie, il y a quelques jours, par les milieux aounistes, selon laquelle la reconduction de Saad Hariri à son poste devrait aller de pair avec une nouvelle nomination de M. Bassil à la tête d’un ministère.


(Reportage : Le « non » assourdissant de la rue à Beyrouth)


Quant aux alliés traditionnels du Futur, en l’occurrence les Forces libanaises et le PSP, ils se montrent favorables à un cabinet d’indépendants dirigé par le leader du Futur. Pour Marwan Hamadé, c’est d’« un gouvernement neutre et indépendant, capable de dialoguer avec les protagonistes locaux et les bailleurs de fonds dont le Liban a besoin ». « Si Michel Aoun ne voit pas les choses sous cet angle rapidement, la révolte populaire visera son régime », a-t-il averti.

Mais c’est surtout sur le camp du 8 Mars que les regards seront braqués durant les prochains jours, dans la mesure où Saad Hariri a démissionné en dépit de la volonté de Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah. Une attitude à même de faire craindre un veto du parti chiite au retour de Saad Hariri. Mais pour le moment rien n’est définitif, assure une source informée, tout en affirmant que le substitut à M. Hariri existe, si ce dernier décide de se retirer de la vie politique. Mais l’important, c’est qu’il ne tente pas d’imposer des conditions à la majorité parlementaire, note-t-on de même source.



Lire aussi
Ceux qui voient un complot derrière la révolte libanaise

« Pourquoi ne s’en prennent-ils qu’à Aoun et Bassil ? »

Dans le bus de la thaoura, on débat aussi

Les signes inquiétants d’une impasse politique s’accumulent : face à une rue en pleine ébullition réclamant la formation d’un gouvernement apolitique capable de redresser le pays dans les plus brefs délais, le palais de Baabda continue de tergiverser au sujet des consultations parlementaires contraignantes pour la nomination du futur Premier ministre. Hier soir, aucune date...
commentaires (11)

police arrested 10 suspects on Monday morning and detained nine others for questioning on suspicion of involvement in bribery, fraudulent receipt of funds, money laundering, income tax offenses and other financial crimes. Among those involved were two senior figures in local government. pardon ce n'est pas au liban C'EST EN ISRAEL CE MATIN PAS DE COMMENTAIRES SUPPERFLUS

LA VERITE

13 h 51, le 04 novembre 2019

Tous les commentaires

Commentaires (11)

  • police arrested 10 suspects on Monday morning and detained nine others for questioning on suspicion of involvement in bribery, fraudulent receipt of funds, money laundering, income tax offenses and other financial crimes. Among those involved were two senior figures in local government. pardon ce n'est pas au liban C'EST EN ISRAEL CE MATIN PAS DE COMMENTAIRES SUPPERFLUS

    LA VERITE

    13 h 51, le 04 novembre 2019

  • Cest vraiment triste et minable. Une guerre infertile des mots et des slogans, de tout les bords Une soirée Zajal au niveau national! Toute La pyramide est à pleindre, du bas vers le haut! Du peule jusqu’àu sommet. C’est une mentalité profondément encrée qui il faut changer ( chaque personne se croit meilleure que l autre, un fleau national!) On est tous perdants, un point c’est tout Et On est la risée de tout le monde!

    Jack Gardner

    13 h 19, le 04 novembre 2019

  • La sourde oreille...? Les pauvres...après le méga-concert d'acclamations de dimanche...c'est normal. Deux-trois jours de calme, et tout rentrera dans l'ordre, selon leurs volontés: lui+il restent au pouvoir, un point c'est tout! Les autres...le peuple qui crie son désespoir depuis plus de 2 semaines...ils ne les voient et entendent toujours pas, car leurs yeux et leurs oreilles ne perçoivent que ce qui leur convient, pour continuer leur petit business personnel ! Irène Saïd

    Irene Said

    12 h 26, le 04 novembre 2019

  • Serait il imaginable que le président de la république ne soit pas entouré de gens sensés pour le conseiller de la stratégie raisonnable à adopter pour sortir de cette crise? Je ne parle pas des chuchoteurs à l’oreille du président mais de vrais analystes politique et financier qui œuvrent pour le redressement de la situation. Il a la réputation d'être obtus et suffisant , mais ce que nous vivons ne peut pas tolérer ce genre de caprices. J’invite des responsables de bonne conscience à prendre contact avec lui, s’il est encore libre de rencontrer qui il veut sans que ça soit filtré et de se mettre autour d’une table pour trouver une issue honorable pour tout le monde et salutaire pour le Liban et les Libanais. Ce sera la meilleure preuve qu’il nous aime TOUS.

    Sissi zayyat

    11 h 23, le 04 novembre 2019

  • ca en devient ubuesque ! penser que Gebran, voire Saad peuvent revenir au gouvernement avec des "quote-parts" mesestime gravement la situation. Si la crise financiaire se transforme en crise de liquidites avec un USD au dessus de 3000 (donc une penurie de pas mal de choses), ca m'etonnerait que le pays attende le bon vouloir des Saad, Aoun, Gebran ou meme Nasrallah! Il reste de tres grand corps constitues qui pour l'instant n'ont rien dit.

    Lebinlon

    11 h 01, le 04 novembre 2019

  • Les faits: M. Hariri est dépendant de l'Arabie qui est dépendante des USA; M. Bassil s'oppose aux USA à propos des réfugiés et à Israel à propos du gaz. De plus il rencontre M. Nasrallah. Les Serbes de M. Gene Sharp sont présents à Beyrouth. Comment des journalistes de qualité peuvent-ils ignorer ces faits?

    NASSER Rada Liliane

    10 h 02, le 04 novembre 2019

  • Avec cette `seudo-révolution qui mène à la guerre civile, inutile dorénavant de penser qu'un président chrétien sera à la tête d'un pays qui sera la proie de tous les antagonismes irréconciliables . Sunnites contre chiites , trois fois hélas , ne s'ebtendront plus sur rien !

    Chucri Abboud

    08 h 55, le 04 novembre 2019

  • FAIRE LA SOURDE OREILLE, TERGIVERSER, MONTER UNE RUE PARTISANE ET CONFESSIONNELLE CONTRE LA GRANDE RUE NON CONFESSIONNELLE DE LA REVOLTE, PROFERER DES INEPTIES GENDRISSIMALES SONT DES ERREURS IMPARDONNABLES ET CRIMINELLES DANS LE CONTEXTE ACTUEL DES CHOSES. ON DIRIGE LE PAYS VERS DES JOURS HONNIS DE TOUT LE PEUPLE LIBANAIS. LE GENDRE ET LES DEUX MILICES DOIVENT SAVOIR QU,IL N,EST PAS DE LEUR AVANTAGE DE SE LAISSER ALLER CONTRE LA VOLONTE DU PEUPLE LIBANAIS.

    LA LIBRE EXPRESSION

    08 h 52, le 04 novembre 2019

  • Le Président (lire : la moumanaa) veut un accord sur la composition du prochain ministère avant de nommer le premier ministre alors que la constitution lui impose de nommer le premier ministre et de travailler avec lui pour la formation du prochain gouvernement. Une nouvelle manœuvre à des fins politiques qui montre que les textes de la constitution ne le concerne pas. C'est tout le temps des interprétations incroyables, comme celle qui a abouti au très mauvais accord de Doha qui a dilué la victoire du 14 mars aux élections. Le Président et son entourage ne réalisent toujours pas qu'un nouveau pacte social est en train d'être tissé. Les 20 mille manifestants à Baabda sont en dessous de leurs expectations et des nôtres aussi. Même si le Hezb fait descendre la totalité de ses partisans dans la rue, il n'y aura pas de marche en arrière. Évitez-nous une détérioration journalière de l'économie, nommez le premier ministre, et formez un gouvernement selon les souhaits des protestataires.

    Zovighian Michel

    06 h 21, le 04 novembre 2019

  • Joumblatt a raison à 100%. On retarde les consultations parlementaires pour laisser le temps aux magouilles habituelles qui préludent à la formation du gouvernement.

    Yves Prevost

    06 h 17, le 04 novembre 2019

  • Tous ça veut dire tous, y compris les personnalités citées dans cet article.

    Marionet

    00 h 23, le 04 novembre 2019

Retour en haut