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Culture

Anastasia Nysten, l’elfe du design libanais

L’artiste de la semaine

La jeune designer libano-finlandaise, qui a remporté la compétition du « Plus beau banc public » artistique lancée par le groupe Pharaon, est heureuse d’avoir pu apposer son « empreinte en plein cœur de Beyrouth ».

Zéna ZALZAL | OLJ
09/10/2019

De son enfance voyageuse, Anastasia Nysten a gardé une propension à se déplacer d’un pays à l’autre, d’un univers à un autre, avec une incroyable facilité. Et même si Beyrouth reste son port d’attache, il semble parfois difficile de la suivre dans ses pérégrinations et ses expérimentations personnelles et artistiques.

Il y a deux ans, la jeune femme partageait son temps entre la capitale libanaise et Dubaï, entre le design de produits et la rédaction en chef du magazine d’art Selections. Auparavant, elle avait fait un crochet de quatre ans à Londres pour se forger une expérience internationale auprès du fameux designer de luminaires Michael Anastassiades. Puis, de retour au Liban, elle s’était lancée à son compte. Depuis huit mois, c’est à Madrid qu’elle est désormais installée, pour s’adonner plus calmement à ses envies de création d’objets et d’expérimentation de nouvelles techniques, comme la céramique, à laquelle elle va s’atteler dès cet hiver, se promet-elle.

Cela ne l’a pas empêchée de participer récemment à une compétition beyrouthine (qu’elle a remportée haut la main) pour la conception d’un banc public artistique. Une première réalisation dans le domaine du design urbain pour celle qui s’est fait connaître ces dernières années par des créations mobilières de style très bourgeois bohème oscillant entre pièces fortes aux volumes généreux (à l’instar de son emblématique fauteuil Troll qui lui a valu le Beirut Design Award) et d’autres plus discrètes, d’une délicate simplicité (comme ses séries de bougeoirs et de tables d’appoint en feuilles de métal pliées). Un parcours en zigzag, fait de constants allers-retours entre différents domaines, et mû par la curiosité de la jeune femme pour toutes les formes d’expression artistique.


L’heure du choix
Tout commence pour Anastasia Nysten il y a une dizaine d’années, lorsque son professeur de musique lui assène : « Tu dois choisir. C’est soit le violoncelle, soit le design, mais pas les deux à la fois. » La jeune étudiante en architecture d’intérieur et design industriel à l’Alba jongle, à l’époque, entre ses études universitaires, son stage chez la designer Karen Chekerdjian et ses cours quotidiens de violoncelle au conservatoire. « La musique est quelque chose qui m’habite de manière totalement naturelle, mais je ne me voyais pas devenir exclusivement musicienne. J’avais besoin d’expérimenter d’autres domaines et le design m’apportait cette ouverture aux autres dont j’ai toujours eu besoin », confie-t-elle. Un choix déterminant que la jeune femme, aujourd’hui dans le peloton de tête des talents montants du design libanais, ne regrette absolument pas.



Blessure identitaire
Designer libanaise, Anastasia Nysten ? s’interrogeront certains. Oui, parfaitement. Malgré son patronyme étranger. Malgré son physique très européen de musicienne classique. Ou encore d’elfe scandinave, toute en sveltesse et délicatesse, avec ce regard bleu empreint d’une douce fantaisie qu’elle pose sur les gens et les objets qui l’entourent.

Fille d’un ex-ambassadeur de Finlande au Liban et d’une éditrice libanaise d’un magazine d’art régional, « qui se sont rencontrés à Beyrouth », souligne-t-elle, Anastasia Nysten est profondément libanaise. De sang, de cœur, de racines et même de personnalité, insiste-t-elle, en mettant en avant ses traits de caractère typiquement méditerranéens. « Comme ce besoin de communiquer avec les autres, d’échanger, même quelques mots, avec des inconnus croisés dans la rue, dans une boutique ou une réception… Et qui n’est absolument pas finlandais », assure-t-elle dans un sourire malicieux. « Et pourtant, et cela me blesse profondément, en tant que fille de mère libanaise, je suis privée officiellement du droit à avoir la même nationalité qu’elle », confie-t-elle le regard soudain voilé.

Une blessure qu’elle ressent de manière atténuée ces derniers jours. Depuis que le sculptural banc public en basalte, qu’elle a conçu dans le cadre d’une compétition lancée par le groupe Pharaon à l’occasion de la célébration du 150e anniversaire de sa création, trône en pleine place de l’Étoile au centre-ville de Beyrouth.


Un banc à forte charge symbolique
Un banc-plateforme inspiré de l’idée d’un conglomérat formé des différents domaines d’activité de ce groupe. Et dont l’objectif est d’intégrer, par sa composition en assemblage de 42 éléments hexagonaux de différents niveaux, un esprit ludique et informel propice au rapprochement des gens de tous âges, communautés et groupes sociaux qui viennent s’y poser.

Cette pièce à la fois sculpturale, symbolique et fédératrice, au-delà de la distinction publique qu’elle lui aura apportée, est particulièrement significative aux yeux de la jeune designer : « Parce qu’elle m’a permis de laisser mon empreinte au cœur de Beyrouth », confie-t-elle. Avant de conclure en signalant que c’est lorsqu’elle s’en éloigne un peu qu’elle ressent encore plus fortement l’impact qu’exerce cette ville toute en contrastes, oppositions et altérité, sur sa créativité.

23 mars 1987

Naissance au Canada,

à Ottawa

1992

Première visite au Liban

2000

Elle découvre le violoncelle

2006

La guerre de juillet lui fait prendre conscience de sa qualité d’étrangère

2013

Elle s’envole pour Londres, où elle rejoint le studio de

Michael Anastassiadès

2017

Elle remporte le Beirut Design Award pour son fauteuil « Troll »

2018

Elle est invitée à exposer à Paris, au Salon « Maison et objet »

2019

Elle remporte le concours du « Plus beau banc public » artistique lancé par le groupe Pharaon.


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Haidar Dina

Un beau portrait, on aurait aimé voir une photo de ce banc public. Par ailleurs les photos manquent à vos articles rubrique Culture.

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