X

Liban

A Tyr, le candidat du Hezbollah en voie d’être élu d’office

Partielle de Tyr

Alors que le ministère de l’Intérieur tend à considérer le retrait de Bouchra Khalil comme valide, des sources juridiques affirment qu’il n’a pas été effectué dans les délais légaux.

Claude ASSAF | OLJ
10/09/2019

Plus qu’un seul candidat en lice pour l’élection législative partielle de Tyr (Liban-Sud), prévue ce dimanche 15 septembre. Il s’agit du candidat du Hezbollah, Hassan Ezzeddine, dont le parti est parvenu à éliminer toute sorte de concurrence, même symbolique, pour l’accession au siège parlementaire laissé vacant par un membre de cette formation, Nawaf Moussaoui, qui avait démissionné le 18 juillet en raison d’une affaire d’échange de tirs dans un commissariat de Damour, provoquée par une question familiale liée au statut personnel de sa fille.

Après avoir réussi à faire retirer de la course Dina Halawé, candidate du Parti communiste libanais (PCL), qui s’est désistée le 4 septembre, soit 10 jours avant l’échéance électorale, le Hezbollah a également convaincu l’avocate Bouchra Khalil de renoncer à sa candidature. Mais cette dernière ne l’a fait que vendredi 6 septembre, c’est-à-dire au surlendemain du délai maximal prévu par la loi actuelle (du 17 juin 2017), qui précise que le délai de retrait des candidatures expire 10 jours avant la date de l’élection, en l’espèce le 4 septembre à minuit.Selon des informations obtenues par L’Orient-Le Jour, le ministère de l’Intérieur tend à considérer le retrait de Mme Khalil comme valide, et entend, sur base de ce retrait, annoncer l’élection d’office de Hassan Ezzedine. Des sources proches de la ministre de l’Intérieur Raya el-Hassan affirment ainsi qu’une étude juridique est en cours d’élaboration, qui conclurait à ce qu’il n’existe pas de délai de retrait des candidatures, vu que l’ancienne loi de 2008, qui gère les élections partielles, ne précise aucun délai pour ce retrait. Selon les mêmes sources, cette étude devrait être soumise incessamment au Conseil des ministres, qui décidera, en connaissance de cause, de l’organisation de l’élection ou de sa suppression.

Ce point de vue sur la loi applicable est contesté par Rizk Zgheib, avocat et maître de conférences à la faculté de droit et de sciences politiques de l’Université Saint-Joseph. Le spécialiste de droit public affirme que c’est l’article 43 de la loi de 2017 qui, sous le titre « Élections partielles », doit régir l’ensemble de l’élection partielle, notamment le délai de retrait des candidatures, fixé, dans l’alinéa 3 de cet article, à dix jours au moins avant l’échéance électorale. Pour M. Zgheib, « la loi de 2008 ne doit s’appliquer qu’à titre exceptionnel, comme le dispose l’alinéa 8 de l’article 43 de la loi de 2017 », qu’il énonce : « Les dispositions de la loi de 2008 concernant le scrutin majoritaire s’appliquent à titre exceptionnel, à condition qu’elles soient en conformité avec les dispositions de la présente loi. »

Selon lui, ce texte doit être interprété de manière restrictive, c’est-à-dire être considéré comme réglementant seulement l’opération électorale le jour du scrutin. « L’alinéa 8 a fait une référence exclusive aux modalités du scrutin, et non au processus électoral dans sa totalité », insiste M. Zgheib, considérant que les délais prescrits par l’article 43 sont « des délais de rigueur ». Partant, ajoute-t-il, « le retrait de Mme Khalil, survenu vendredi dernier, n’est pas opposable à l’administration publique, laquelle devrait organiser l’élection et valider les votes qui pourraient être exprimés en faveur de la candidate ».

Un retrait nul

L’acceptation du retrait de la candidature de Bouchra Khalil a en outre suscité l’indignation de l’Association libanaise pour la démocratie des élections (LADE). Dans un communiqué publié hier, l’association s’est déclarée « surprise de l’annonce du retrait de la candidate Bouchra Khalil en dehors des délais légaux ». « Ce retrait est nul », martèle la LADE, exhortant le ministère de l’Intérieur à « maintenir l’élection le 15 septembre par respect du prestige qui reste aux lois et à la vie démocratique au Liban, et ce même si les résultats de l’élection sont connues d’avance ». « La tenue ou la non-tenue de l’élection ne doit pas être liée aux résultats prévus, d’autant que le vote est un droit sacré pour les citoyens », ajoute la LADE, exprimant son appréhension de voir après cette validation du retrait que d’aucuns considéreront désormais que « la violation de la loi et de la Constitution est un point de vue ».

Une source informée indique que la raison qui pousse l’État à valider ce retrait et supprimer donc l’opération électorale, est que celle-ci coûterait entre 2,5 et 3 millions de dollars. Ainsi pour des impératifs financiers on en est à sacrifier les règles légales, fait observer cette source.

Esprit totalitaire

Outre la violation de la loi, c’est la pression qu’exerce le Hezbollah au sein de la communauté chiite qui révolte ses opposants. Interrogé par L’OLJ, Ali el-Amine, journaliste et rédacteur en chef du site al-Janoubia, affirme que le parti de Hassan Nasrallah « a accompagné les démarches de candidature en exerçant dès le départ des pressions directes ou indirectes ». « Il a créé un climat guère encourageant pour la tenue d’une élection », observe M. el-Amine, rappelant que malgré cela, « deux candidatures ont été présentées et qu’elles ont été aussitôt retirées ». Le journaliste souligne dans ce cadre que Dina Halawé, citoyenne active impliquée dans la lutte contre la corruption, a motivé sa décision par le fait qu’elle appartient à « une famille de résistants qui l’a convaincue de retirer sa candidature pour laisser la voie libre au candidat de la résistance ».

Quant à Bouchra Khalil, figure populaire et appréciée à Tyr, qui avait déclaré à maintes reprises que sa candidature à la partielle de Tyr n’était pas dirigée contre le Hezbollah ou Amal, dont elle estime être proche, M. el-Amine fait observer qu’« elle s’est désistée après s’être réunie avec Naïm Kassem (secrétaire général adjoint du Hezbollah), et Hassan Fadlallah (député affilié à ce parti) ».

« Pourquoi le Hezbollah insiste à faire retirer des candidats qui ne lui sont pas affiliés ? » se demande le propriétaire d’al-Janoubia, avant de répondre par lui-même : « Tel est le propre de l’esprit totalitaire qui rejette l’idée de la pluralité et du droit à la différence et ne conçoit pas qu’une opposition puisse prendre forme contre lui. »

« Si l’élection avait eu lieu, le Hezbollah aurait pourtant obtenu 90 % des voix, mais ce parti refuse que même les 10 % restants expriment des voix contraires », déplore M. el-Amine, ajoutant que ce même parti « ne veut pas d’une élection parce qu’il appréhende que celle-ci montre au grand jour l’importance de l’opposition sur le terrain, alors que l’opposition organisée reste très dispersée ».Plus particulièrement, le journaliste explique l’inquiétude du Hezbollah à l’égard de la tenue d’une élection par « sa peur de voir le mouvement Amal interférer de manière indirecte pour abaisser le nombre de voix en sa faveur, à travers par exemple une certaine abstention, comme pour lui rendre la pareille, sachant qu’à l’issue du scrutin de mai 2018, Nawaf Moussaoui avait obtenu 24 000 voix et le candidat d’Amal n’en avait obtenu que 15 000, alors que Tyr est connue pour être le fief de la formation de Nabih Berry ».


Pour mémoire
Partielle de Tyr : plus que deux candidats en lice !

Bouchra Khalil interdite de parler du dossier de Moussa Sadr


Lire aussi
Poursuites du tribunal militaire contre Moussaoui


À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Tony BASSILA

Cette élection partielle est une farce. Dans cette zone le Hezbollah et ses partisans ont une mainmise quasi totale sur l'électorat à grande majorité chiite et pro-Hezb.

Fan Phare Rond

C'est pourtant du même ressort que lors de l'élection du gemayel des Kataeb contre son cousin, élu d'office .

Sauf que à ce moment on avait parlé de grande "victoire de la démocratie".

Ancien ou NOUVEAU , le cyclope ne distingue jamais objectivement .

Y a pas à dire le vent de la liberté, du renouveau de l'indépendance a bien tourné .

MERCI LES RÉSISTANTS LIBANAIS.

Irene Said

Chez nous au Liban, tout est

NOUVEAU ET FORT

même la "démocratie"
version parti divin

Irène Saïd

Fan Phare Rond

Il y a à peine 5 mois le candidat des kataeb avaient été élu d'office contre son cousin.

Les réactions adossées aux articles publiés parlaient dun grand événement.

Looooooooollllll .....

VIVE LA RÉSISTANCE DU HEZB LIBANAIS QUI REND LES GENS FOUS, MÊME CHITANYAHOU. HAHAHAHA.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IMPOSÉ PAR INTIMIDATION !

Yves Prevost

Russie de Poutine, Syrie assadienne,Iran des mollahs ou Hezbollahland au Liban, ce sont les mêmes méthodes "démocratiques " qui s'appliquent.

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants