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Une nouvelle crise des déchets "se profile à partir de septembre"

Liban

Le ministre de l'Environnement compare la situation à la "guerre civile", affirmant que les ordures "peuvent détruire le Liban à tous les niveaux".

OLJ
20/08/2019

Le ministre libanais de l'Environnement, Fadi Jreissati, et le président de la commission parlementaire de l'Environnement, le député Marwan Hamadé, ont tiré la sonnette d'alarme mardi au sujet de l'environnement, prévenant qu'une nouvelle crise des déchets à Beyrouth et dans le Mont-Liban se profile à partir de septembre si aucune solution n'est trouvée à ce problème, semblable aux épisodes de 2015 et 2016 qui avaient affecté la quasi-totalité du pays. M. Jreissati a tenu une conférence de presse conjointe avec M. Hamadé, à l'issue de la réunion de la commission parlementaire de l'Environnement. L'occasion de tirer une nouvelle fois la sonnette d'alarme sur cette situation "urgente".

"Guerre civile"
Fadi Jreissati a rappelé que son ministère a présenté un plan le 3 juin dernier au chef du gouvernement Saad Hariri, soulignant que pour lui, cette question est "prioritaire". "Je ne sais pas pourquoi un débat sérieux autour du plan que nous avons présenté au gouvernement n'a toujours pas eu lieu. Il est important que nous obtenions des résultats car la situation est insupportable. Nous pouvons comparer la crise des déchets à la guerre civile, car les ordures peuvent détruire le Liban à tous les niveaux. Et la solution peut être politique", a insisté M. Jreissati. "La crise des déchets est plus importante que la crise économique. Nous sommes en situation d'urgence car cela ne peut plus continuer", a martelé le ministre. "Il n'y aura ni économie, ni tourisme, ni santé, ni agriculture, si la crise des déchets n'est pas traitée", a encore prévenu M. Jreissati.

La feuille de route de Fadi Jreissati, un document de deux pages avec annexes, qui prévoit deux étapes (2019-2020 et 2020-2030) a été transmise à la présidence du Conseil des ministres le 3 juin en vue d’être soumise au comité ministériel chargé de l’environnement, avant d’être discutée en Conseil. Ce plan prévoit dans une étape préliminaire, la création, l’aménagement ou l’agrandissement de décharges dans des sites anciens ou nouveaux, la réhabilitation ou la construction de centres de tri et de traitement, l’instauration d’un système de récupération et de tri qui permette, est-il écrit, « de ne plus enfouir que 20 % des déchets d’ici à 2030 », en harmonie avec une stratégie de gestion des déchets qui reste à élaborer dans les trois mois à venir. Surtout, cette feuille de route prévoit des études d’impact environnemental pour deux incinérateurs dont les emplacements sont précisés : l’un au sud de Beyrouth, à la centrale de Jiyé ou de Zahrani, et l’autre au nord, à la centrale de Deir Ammar. Le document (dont L’OLJ a pu consulter une copie) souligne l’urgence d’agir, puisque la décharge de Bourj Hammoud-Jdeidé sera saturée fin août (prématurément, rappelons-le), et que celle de Costa Brava, en cours d’agrandissement, le sera en 2022 au plus tard (ce sont les deux sites qui desservent le Grand Beyrouth depuis 2016). Le plan du ministère ne se limite cependant pas au Grand Beyrouth, puisqu’il porte sur l’intégralité du territoire.

Pour sa part, Marwan Hamadé a rappelé que "toutes les régions font face à une crise des déchets d'envergure. C'est l'une des crises les plus dangereuses pour l’État, et nous attendons qu'une décision soit prise au sommet de l’État". "Nous avons demandé au ministre de l'Environnement qu'il réclame une réunion exceptionnelle du gouvernement uniquement consacrée aux questions environnementales (...)", a fait savoir le député. "Une crise des déchets à Beyrouth et dans le Mont-Liban se profile. Si nous n'établissons pas la confiance à travers une décision du haut, nous ne pourrons pas raisonner la fédération des municipalités de la banlieue-sud de Beyrouth ni les députés du Metn, et la crise éclatera en septembre", a prévenu M. Hamadé.

De son côté, le député du Metn Elias Hankache (Kataëb) a estimé, à l'issue de la réunion de la commission, que cette affaire met en lumière "l'incapacité du gouvernement à résoudre un dossier qui est dans l'intérêt des Libanais". Le député a dans ce cadre appelé l'Exécutif, notamment le ministres de l'Environnement et celui de la Santé, Jamil Jabak (Hezbollah), à "assumer ses responsabilités" dans ce dossier. "Nous sommes sortis de la réunion de la commission sans trouver de solution. Nous ne pouvons pas rejeter la responsabilité sur les députés ou les municipalités", a-t-il lancé, disant craindre que "toutes les solutions provisoires deviennent définitives". Concernant la décharge de Bourj Hammoud, qui devrait bientôt arriver à saturation, M. Hankache a souligné que le site "ne peut plus être encore agrandi", comme l'avait préconisé le ministre Jreissati.

La députée de Beyrouth Paula Yacoubian (issue de la société civile) a, elle, refusé la proposition de loi présentée à la commission parlementaire par le ministre de l'Environnement et "qui prévoit de nouvelles taxes" permettant de financer la gestion des déchets. Elle a réclamé "un programme complet pour résoudre la crise, à commencer par l'adoption d'une loi sur le tri à la source et d'autres lois permettant de diminuer la production de déchets". "Les débats menés avec le ministre Jreissati montrent qu'il n'y a aucune volonté réelle d'instaurer le tri des déchets mais qu'il souhaite imposer, à long terme, les incinérateurs, qui sont la pire solution possible pour le Liban et les Libanais", a-t-elle affirmé.



(Lire aussi : Déchets : de l’urgence de sortir de l’improvisation et d’instaurer un vrai débat)




"Approche populiste"
Le Premier ministre Hariri a quant à lui dénoncé, lors d'une conférence de presse à l'Aéroport international de Beyrouth, une "approche populiste" au sujet de la crise des déchets. "Ce n'est pas comme cela que nous résolvons le problème", a-t-il estimé. "Nous sommes tous Libanais, chrétiens et musulmans, nous sommes tous concernés. Toutes les régions doivent s'entraider".

La gestion des déchets est problématique depuis des décennies au Liban, où chaque crise n'est réglée qu'avec des solutions provisoires, notamment l'agrandissement des décharges de Bourj Hammoud (nord de Beyrouth) et Costa Brava (sud de Beyrouth), qui arrivent toutes deux à saturation. La décharge de Costa Brava avait récemment été fermée aux camions y amenant les ordures des localités de Baabda, de Aley et du Chouf, suite à une décision dans ce sens prise par la fédération des municipalités de la banlieue-sud. Après une journée au cours de laquelle les déchets se sont amoncelés dans les rues des différentes régions où le ramassage a été suspendu, la crise a été résolue temporairement grâce aux contacts effectués par le ministre d’État pour les Affaires du Parlement, Mahmoud Comati (Hezbollah), avec le Premier ministre Saad Hariri. Quant aux députés du Metn, ils s'opposent à un agrandissement de la décharge de Bourj Hammoud.

Dans ce contexte, une crise des déchets prévaut depuis un moment au Liban-Nord dans la foulée de la fermeture du dépotoir de Adwé en avril dernier pour non-conformité aux normes sanitaires. La semaine dernière, les quatre cazas du Liban-Nord étaient parvenus à un accord sur la création d’une décharge temporaire à Terbol, mais le Premier ministre Saad Hariri a fait marche arrière, appelant le ministre de l’Environnement à suspendre l’opération d’aménagement de cette décharge. Malgré cela, un accord a fini par être conclu en vue de l’ouverture de cette décharge, dessinant un début de résolution temporaire de cette crise. Le ministre de l'Environnement a expliqué que le terrain de 70 000 mètres carrés, au cœur de la polémique, offert par un particulier à Terbol, a été mis à la disposition de l’État "gratuitement", ce qui revient à dire selon lui qu’il n’y a pas "de complot, de nouvelle usine ou d’incinérateur". Mais cette solution temporaire ne satisfait pas les habitants de Terbol et des alentours.



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