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Liban

Crise des déchets au Liban-Nord : un dangereux statu quo s’installe

Pollution

Le tableau s’est encore assombri hier après l’agression, dans la nuit de jeudi à vendredi, du fils de l’homme d’affaires qui avait proposé un terrain pour l’établissement d’une décharge à Terbol.

17/08/2019

L’incident peut difficilement être considéré comme une coïncidence : dans la nuit de jeudi à vendredi, le jeune Mohammad Mourad, fils de l’homme d’affaires Kamil Mourad, qui a offert à l’État un terrain pour l’établissement d’une décharge à Terbol (localité de Minié-Denniyé enclavée dans le caza de Zghorta), a dit avoir été victime d’un guet-apens sur une route secondaire de Batroun, alors qu’il rentrait chez lui. Selon ses dires, le jeune homme s’en est tiré avec des blessures superficielles, bien qu’ayant été atteint, au niveau du flanc, par des balles. Il affirme, par ailleurs, avoir échappé de justesse à l’incendie de sa voiture. Une enquête a été ouverte mais n’avait toujours pas donné de résultats concluants hier. Le lien n’a pas, en outre, encore été fait avec toute la polémique qui entoure l’établissement d’une décharge à Terbol, selon des sources contactées par L’OLJ.

La décision d’ouvrir cette décharge fait suite à la fermeture, en avril, du dépotoir de Adwé pour non-conformité aux normes sanitaires, qui a engendré une crise des déchets dans quatre cazas du Liban-Nord : Zghorta, Bécharré, Minié-Denniyé et Koura. La décharge de Adwé accueillait depuis treize ans les déchets de ces cazas. Ces derniers jours, des camions d’ordures escortés par la police et l’armée ont été accueillis par des jets de pierre et des sit-in (voir L’OLJ du 15 août). Depuis, le courant du Futur, dont le président, le Premier ministre Saad Hariri, avait pourtant donné initialement son accord pour l’utilisation temporaire de ce terrain de Terbol, a annoncé son soutien aux habitants en colère. Depuis ce revirement, le site est à nouveau fermé, et la crise revenue à la case départ.

Entre-temps, le débat qui portait à la base sur le refus de l’établissement d’une décharge à cet endroit précis sans étude d’impact environnemental a pris une tournure nettement confessionnelle, avec des slogans exprimant un refus d’accueillir les déchets d’autres cazas dans cette région en particulier.



(Lire aussi : Le courant du Futur, par solidarité avec les habitants, s’oppose à la décharge de Terbol)



Des « intérêts financiers qui priment »
Hier, se posait avec acuité la question du dénouement de cette crise, alors que seule Bécharré a alloué un terrain pour y déposer ses déchets. Dans les trois autres cazas, les rues offrent un triste spectacle : celui de l’amoncellement continu de sac poubelles.Michel Moawad, député de Zghorta, déplore que la polémique autour de Terbol ait pris une tournure « confessionnelle encouragée par des joueurs politiques », estimant que dans le fond, « ce sont les intérêts financiers qui priment ». « Il y a, à la base, un problème de mauvaise gestion des déchets durant toutes ces années par les municipalités, lié à des intérêts financiers nourris par le chaos ambiant, dit-il à L’OLJ. À titre d’exemple, en 2016, nous avons obtenu un projet de cinq millions d’euros pour la création d’une usine de traitement des déchets à Zghorta, qui a été perdu parce que pas signé à temps… » L’autre responsabilité, rappelle-t-il, incombe aux autorités qui doivent déterminer un site de décharge. Sur ce point, il s’interroge « sur les hésitations et contradictions affichées par le Premier ministre qui a donné son accord pour deux sites successivement, Fouar et Terbol, et dont le courant a fait marche arrière ultérieurement ».

Interrogé par L’OLJ sur ces reproches adressés aujourd’hui au courant du Futur dont il est l’un des cadres à Tripoli, l’ancien député Moustapha Allouche assure que « Saad Hariri n’a d’autre souci que de régler la crise des déchets, mais il ne peut laisser libre cours à la violence qui peut dégénérer », faisant remarquer que « n’importe quel dossier risque de prendre une tournure confessionnelle dans le pays actuellement ». Pour lui, « les protestations contre la décharge de Terbol sont mues par un facteur essentiel, le manque de confiance dans la qualité du travail qui y sera effectué, tout comme dans son caractère temporaire ».

« Qui dit que des parties lésées dans leurs intérêts financiers ne se greffent pas sur ce mécontentement ? » se demande-t-il, tout en ne nommant personne, comme M. Moawad par ailleurs (qui promet de le faire ultérieurement). Quant à l’incident qui a visé Mohammad Mrad, M. Allouche, estime, tout en disant attendre les résultats de l’enquête, que « ce ne peut être le fait de simples habitants, mais de groupes organisés ».



(Lire aussi : Le débat s’envenime à l’approche de la saturation de la décharge de Bourj Hammoud-Jdeidé)



Comment donc sortir de l’impasse ?
Pour Michel Moawad, il faut « une décision claire du Premier ministre sur un terrain pouvant accueillir temporairement les ordures des cazas, en attendant la mise en place d’un système viable de traitement des déchets ». Il déplore qu’il faille aujourd’hui « gérer deux crises, celle des déchets et celle du raidissement des tensions confessionnelles ». Pour sa part, Moustapha Allouche affirme que « ce problème ne sera dépassé qu’avec une solution généralisée et définitive sur l’ensemble du territoire ».


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