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Liban

Joumblatt remporte une manche, mais pas la guerre...

Éclairage
10/08/2019

Les efforts déployés hier pour trouver une issue heureuse aux incidents de Bassatine (Qabr Chmoun, caza de Aley) – qui avaient opposé le 30 juin dernier des partisans du député Talal Arslane à d’autres de l’ancien député Walid Joumblatt au moment où le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, effectuait une visite dans la région – s’inscrivent dans une volonté de montrer que le Liban n’est pas sous la coupe de l’Iran, de l’axe de la résistance et du front de la moumanaa. Au contraire, il s’agit de mettre en exergue le fait que, sur les dossiers névralgiques, le pays du Cèdre se situe hors de cet axe, surtout avec les développements en cours dans la région, et qu’il reste attaché à la politique de distanciation, en dépit des tentatives répétées du 8 Mars, notamment du Hezbollah, d’entraîner le Liban dans le giron iranien. Le message de l’ambassade des États-Unis mercredi au sujet des incidents de Bassatine est venu confirmer ce positionnement, en mettant fin par la même occasion à la cabale menée contre le chef du Parti socialiste progressiste, et à travers lui l’ensemble du camp souverainiste, notamment le Premier ministre Saad Hariri et le chef des Forces libanaises Samir Geagea.

Mais quelles sont les raisons qui ont permis l’éclaircie et au camp Arslane d’abandonner son escalade progressive et ses conditions rédhibitoires ? Des facteurs essentiels auraient contribué à cela, selon des sources politiques bien informées.

D’abord, la résilience de M. Joumblatt en dépit des pressions et des menaces directes dont il a fait l’objet, un député du CPL allant jusqu’à menacer sur une chaîne télévisée de le « jeter en prison ».


(Lire aussi : Grand final du feuilleton : une réconciliation Joumblatt-Arslane dans l’urgence à Baabda)

Ensuite, la cohésion des forces souverainistes Hariri-Joumblatt-Geagea et l’insistance de ce camp pour que la solution passe par les institutions sécuritaires et judiciaires sans ingérences, le PSP exposant à la lumière du jour les pressions exercées sur les magistrats par des ministres proches de Baabda. Il convient de signaler à ce niveau que la mobilisation politique et populaire autour de Walid Joumblatt a dépassé le cadre des forces souverainistes et s’est étendue au président de la Chambre Nabih Berry et au chef des Marada Sleiman Frangié.

Troisième élément, la peur d’un effondrement économique du Liban, après les mises en garde étrangères contre les répercussions d’une rétrogradation du Liban dans les classements de certaines agences de notation financière internationales et celles du gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé contre les retombées négatives, notamment sur l’avenir du processus CEDRE, d’une déstabilisation politique et sécuritaire au cas où le conflit se transposerait dans la rue. Paris avait d’ailleurs appelé, à travers plusieurs messages diplomatiques, à préserver la stabilité du pays.

Quatrième facteur, le message américain à travers le communiqué de l’ambassade des États-Unis. Il s’agit d’un avertissement inédit et dangereux, faisant notamment état de la possibilité d’étendre les sanctions américaines à des personnalités proches du Hezbollah occupant des postes de responsabilité. Un message reçu cinq sur cinq par les responsables, qui en ont tiré les conséquences rapidement, d’autant qu’il a été question de communiqués similaires en provenance d’autres chancelleries.

Cinquièmement, et sur base de tout ce qui précède, il est apparu au Hezbollah que les incidents de Bassatine ne pourront rien lui rapporter de positif et qu’il n’a pas intérêt à présent à adopter une politique agressive de destruction de ses adversaires. C’est rien moins que l’existence du gouvernement qui est en jeu, et le parti chiite y tient. Ce qu’il veut à l’heure actuelle, c’est consolider la stabilité et maintenir le cabinet en place. La présence de Saad Hariri au Grand Sérail reste une garantie et une nécessité pour le Hezbollah à la veille d’échéances à venir, comme par exemple le verdict du Tribunal spécial pour le Liban chargé d’enquêter sur l’assassinat, le 14 février 2005, de Rafic Hariri. Le Hezbollah ne veut pas pour l’heure de jusqu’au-boutisme dans la confrontation. Aussi a-t-il appuyé son allié Talal Arslane… jusqu’au point où ce soutien a cessé de servir l’intérêt supérieur du parti chiite, à savoir le maintien de la stabilité du gouvernement Hariri et de ses contacts avec les différentes composantes politiques à la veille d’une mutation attendue des rapports de force dans la région.


(Lire aussi : Le Club des juges monte au créneau et dénonce des déviations flagrantes)


Enfin, la mise en garde extérieure, notamment française, concernant le danger de ce qui se produirait au Liban, s’est traduite à Paris par l’absence du pays jusqu’à présent du calendrier des visites du président Emmanuel Macron à l’étranger, ce qui a été quelque peu interprété à Beyrouth comme un délaissement par la France de son intérêt pour les affaires libanaises.

Walid Joumblatt ressort ainsi vainqueur de la bataille de Bassatine et a plus que jamais revêtu de la légitimité du zaïm de la communauté druze, quasi intouchable en dépit des intimidations au sein d’une équation politique libanaise fragile, complexe et dangereuse. La partie adverse a capitulé après des erreurs d’appréciation et de lecture politique. Mais la bataille n’est pas pour autant finie. Talal Arslane et le Hezbollah n’ont perdu qu’une manche et refusent de se considérer comme vaincus. D’autres joutes sont donc à attendre à l’avenir, dans la mesure où la partie qui a subi un revers ne le reconnaîtra pas et pourrait de nouveau tenter sa chance au plus tôt pour compenser ses pertes et redorer son blason.


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Chady

Bon m’en fous de tout ce qui se passe dans cette jungle, mais qu’on ne nous dise plus alors que c’est le Hezbollah qui fait ce qu’il veut dans ce pays. Ca faisait 1 mois qu’on nous disait que le Hezbollah, se suppléant à la Syrie attaquait le PSP etc etc, aujourd’hui on nous dit qu’ils n’en sont pas capables. Yalla tant mieux

Gebran Eid

C'EST UN PEU TÔT D'ÉCRIRE DES ARTICLES EN DONNANT SON AVIS DE CETTE FAÇON PROVOCANTE. MÊME SI C'ÉTAIT LA VÉRITÉ ET AVANT MÊME LA FAMEUSE RÉUNION DES MINISTRES. REMETTRE DE L'HUILE SUR LE FEU.

Mill Linro

Donc morale de l’histoire d’après Cet article: mr Joumblatt décide de skins le droit de rentrer dans « sa » région , et si cela ne lui plait pas il peut envoyer ses miliciens tuer et tirer sur une voiture de ministre.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UN ARTICLE QUI DIT TOUT. QUE LES INVESTIGATIONS PREMIERES DES FSI SOIENT PRISES EN CONSIDERATION ET QUE LA JUSTICE SANS DES INTERVENTIONS POLITIQUES TRANCHE SUR CETTE AFFAIRE. L,INTERVENTION AMERICAINE A SERVI DE LEVIER POSITIF.

BOSS QUI BOSSE

C'est du n'importe quoi cet article @@!!.

Je ne commente même pas, c'est faire le jeu de l'impertinence.

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