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Liban

Lettre ouverte au président de la République

09/08/2019

Monsieur le Président,

Michel Chiha, l’un des pères de la Constitution de 1926 – celle du « Liban fort » dont vous vous réclamez depuis 1988 –, disait que tout ce que les institutions perdent au Liban, c’est le confessionnalisme qui le gagne. Réciproquement, la surenchère confessionnelle détruit les institutions. Pour Chiha, le « Liban fort » était l’espace de refuge des « minorités associées » – et non l’espace vital de l’alliance des minorités – ce qui implique qu’il devait être « un pays où tout est équilibre et mesure », pas « un pays à coups de tête et à coups d’État ». « Ici, tout doit être mesure, équilibre, tolérance et raison », écrivait-il, en faisant la promotion du « vouloir-vivre ensemble » et de ce que Samir Frangié qualifiera, dans le même esprit, de « culture du lien » soucieuse de la vocation du pays du Cèdre à la liberté face au despotisme et à l’ouverture face à la tentation des replis identitaires et du populisme, ainsi que du respect de son rôle, compte tenu de l’histoire et de la géographie.

En ce sens, le « président fort », qui disposait de nombre de prérogatives constitutionnelles à même de faire du régime un principat et du chef de l’État un « prince » dans le régime de 1943, a toujours gouverné dans le respect du pacte national, selon la logique de la collaboration des pouvoirs et avec ses partenaires nationaux, pas celle de la confrontation et de l’épreuve de force permanentes avec tous. Sa force provenait de sa capacité à faire preuve d’ouverture et de transcendance dans son rôle de rassembleur national.

Entre 1943 et 1990, l’histoire politique et constitutionnelle du pays regorge de cas où les remises en question par le sommet de la hiérarchie politique du sens de l’équilibre et de la mesure dans la gestion du pouvoir prôné par Chiha ont débouché sur des expériences catastrophiques – l’épitomé étant naturellement la guerre civile de 1975.

Monsieur le Président,

Les incidents de Bassatine-Qabr Chmoun, le 30 juin dernier, ne sont pas sans réveiller les vieux démons d’une discorde sectaire à même d’embraser la Montagne libanaise, et avec elle tout le pays.

Aussi, et à partir de tout ce qui précède, paraît-il plus que jamais nécessaire de vous interpeller aujourd’hui, à l’heure où la paralysie des institutions menace plus que jamais le fil ténu de stabilité politique, sécuritaire, économique et financière sur lequel le pays repose, et où le climat des libertés publiques s’atrophie de jour en jour, avec une résurgence, sous votre mandat, de la tutelle sécuritaire, dont vous et vos partisans aviez été l’une des principales victimes sous l’occupation syrienne.

Et pourquoi donc ?

Qu’est-ce qui explique ce climat d’agitation frénétique initié, sur l’ensemble du territoire libanais et sur tous les sujets sensibles, par votre gendre, le chef du Courant patriotique libre, à trois ans encore de l’élection présidentielle ?

Car comment expliquer, autrement que par une volonté d’un candidat de se légitimer aux yeux de sa communauté dans la perspective de la prochaine présidentielle, cette fièvre qui réveille toutes les blessures du passé, de la Montagne à l’hinterland chrétien en passant par la ligne de fracture avec les sunnites, et ce alors que votre avènement à la présidence de la République en octobre 2016 était placé, selon votre propre rhétorique, sur la logique de tourner une fois pour toutes les pages sinistres du passé, réconciliations à l’appui ?

Pourquoi cette vague de folie et d’antagonismes cumulatifs, Monsieur le Président ?

N’avons-nous pas suffisamment payé le prix de nos échecs du passé pour comprendre que la logique de la force brutale et de l’unification du fusil finit par provoquer un affaiblissement de celui qui l’utilise – même s’il bénéficie, au demeurant, d’une force supplémentaire convoyée par un allié puissant sur le terrain ? N’avons-nous pas appris – et votre éviction et votre exil par l’occupant syrien en est la preuve la plus puissante – que le refoulé finit toujours par revenir en force, aux dépens de celui qui « censure » ?

Monsieur le Président,

Dans tous les pays « forts », la plupart des lois électorales régissent les dates de début et de fin des campagnes électorales et en fixent les conditions. Les moyens et les méthodes de promotion et d’expression autorisés et pratiqués au cours de la campagne électorale se terminent avec la fin du processus électoral, et les personnes qui s’opposent aux résultats en appellent à l’autorité compétente. Par la suite, la société, non sans quelques soubresauts éphémères parfois, revient à un état normal, et le perdant félicite généralement le gagnant. En bref, la période électorale est une période « extraordinaire », que ce soit en Amérique, en France ou au Liban.

Pourquoi alors le chef du CPL a-t-il décidé de se battre durant les six ans de votre mandat ? Est-il possible de nier le fait que lors de ses visites dans les différentes régions libanaises, il utilise le ton et la rhétorique musclés propres à ce que sont devenues les campagnes électorales au Liban, pour exalter les passions et mobiliser autour de lui ? Comment interpréter sinon le slogan relatif aux « droits des chrétiens », brandi tantôt face aux druzes qui se démarquent de vos options stratégiques, tantôt face au Premier sunnite qui est pourtant votre principal partenaire et garant, tantôt face à vos « alliés » chrétiens et tantôt face au président de la Chambre chiite – mais jamais face au Hezbollah, dont la mainmise sur tous les secteurs névralgiques de l’État libanais, aux dépens des chrétiens, de leurs valeurs et de leurs responsabilités historiques en termes de « liberté, de souveraineté et d’indépendance » (votre slogan de naguère), et aux dépens de tous ceux qui aspirent à un Liban pacifique, démocratique, libre et ouvert sur son environnement arabe et international est désormais incontestable ?

Quel « Liban fort » votre mandat est-il à même de livrer aux jeunes alors que le successeur autoproclamé à la dynastie politique que vous avez créée rogne d’ores et déjà sur vos capacités de succès en faisant feu de tout bois sur tout le monde – puissances occidentales, organisations internationales, chancelleries, partis politiques, réfugiés… jusqu’aux intellectuels, aux artistes et aux simples usagers des réseaux sociaux qui osent critiquer son discours de la haine – alors que le monde entier tente de nous venir en aide pour éviter le cataclysme économique, social, environnemental et sanitaire ?

Sommes-nous condamnés à revenir à nouveau dans trois ans au scénario selon lequel votre gendre serait devenu le « plus fort des chrétiens » et qui, par conséquent, au nom d’un « consensualisme » pervers et douteux qui ferait Michel Chiha se retourner dans sa tombe et qui serait plus proche du tribalisme que de l’esprit du système libanais, bloquerait toutes les institutions jusqu’à ce que le combat cesse et que les rivaux capitulent pour éviter le pire ? En somme, la politique du bord du gouffre comme promontoire pour arriver au pouvoir… N’est-ce pas là l’institutionnalisation d’un « bullying » politique, avec l’aide des forces de facto sur le terrain, qui dénature complètement les mécanismes institutionnels et constitutionnels du pays ?

Faut-il encore une fois, sous le couvert des « chrétiens forts » dont « les droits ont été spoliés » par le régime issu de Taëf – une logique du reste sujette à débat – que certains de vos conseillers se livrent à des interprétations « constitutionnelles » qui finiront, in fine, par galvauder encore plus la Constitution libanaise et la parité islamo-chrétienne… au profit d’une autre répartition du pouvoir entre les communautés qui ne sera pas, comme vous le pensez peut-être, à l’avantage des chrétiens, mais au seul avantage du Hezbollah et des visées de l’Iran ?

Monsieur le Président,

Il n’est pas trop tard pour éviter le pire, ni pour rectifier le cours des événements. Mais cela passe d’abord par la nécessité de cesser de blâmer les autres parce qu’ils réagissent à des provocations dont ils sont victimes, pas responsables. Cela implique aussi de limiter le pouvoir de nuisance de ceux qui, autour de vous, entraînent votre mandat, et avec lui tout le pays, sur une pente glissante et vers une somme de dangers, à l’heure où le Moyen-Orient, voire le monde entier, traversent une période de grandes turbulences. Cela nécessite enfin un retour au sens et à la vocation du Liban – n’est-ce pas l’objet de votre projet d’Académie du dialogue ? – c’est-à-dire à la mesure, à la pondération, et à la volonté de vivre-ensemble en tant que citoyens égaux, libres et en paix, loin du discours de la haine, de l’exclusion et de la surenchère communautaire. C’est l’essence du « message de paix » de Jean-Paul II – le chrétien le plus « fort » de l’histoire contemporaine, celui qui a fait chuter rien moins que l’Union soviétique.

L’histoire maudit les retardataires.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes sentiments les meilleurs.


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OUAISS Antoine

Bravoun article remarquable je souhaiterai avoir les coordonnes de mihelpour le feliciter de vive voix

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

FETOU MEN DEYNET EL YAMIN OU TEL3OU MEN DEYNET EL CHMEL...

Marionet

La censure a frappé: mon commentaire n'a pas été publié. Sans doute parce que je m'étonnais que MHG qualifie le drame de Qabr Chemoun (2 morts) de simple "réaction" aux "provocations". Vive la liberté d'expression dont l'OLJ a fait son étendard.

Atalante fugitive

Il y en a qui sont vendus et pourris à coeur, rien à en tirer.

MAKE LEBANON GREAT AGAIN

Lettre ouverte dont le President ne tiendra pas compte ( si jamis il l'a lit)

Dans l'age avance ou il est et deja a mi mandat il ne pense qu'a mettre son gendre apres lui et par consequent plaire a tout bout de champ a ceux qui peuvent le faire arriver a ce poste legalement de preference ou par la force d'un blocage de la presidence comme il l a fait lui meme

M Harriri a compris le truc et l'a utilize lui meme pour le conseil de ministres et comme on l'entrevoit aujourdh'ui ce conseil ne parlera pas de la crise du Chouf contrairement a ceux qui voulaient le faire une condition premiere

PREMIERE VICTOIRE DE M HARRIRI
CONTINUEZ SUR CE CHEMIN SVP ET ALLEZ A WASHINGTON ET DEMANDEZ LEUR DE DONNER UNE LECON A TOUS CEUX QUI VEULENT QUE LE LIBAN SOIT UN NOUVEAU IRAN

IL EST TEMPS QUE L'OCCIDENT SE MELE DE CONTRECARRER L'HEGEMONIE IRANIENNE AU LIBAN MEME SI CA DEPLAIT A CERTAINS

Bery tus

Superbement bien dit !! Les gens se rappelle du Liban patron du MO RORT comme un beauf de 50-65 surtout sous le règne de chamoun où presque tous les pays au monde respectais le Liban ... ou le Liban engrangeait des dividendes des perro dollars du golf ... ou même la fameuse histoire des pomme de terres Libanaise que chamoun a obliger l’occident de les lui acheter .... et tout cela SANS TIRER UNE SEULE BALLE

gaby sioufi

VOYONS UN PEU SI MR LE PRES VA ECOUTER ET AGIR,
NE SERAIT CE QUE POUR REFUTER LA PAROLE DU CHRIST QUI AFFIRMAIT QU'IL N'Y A PIRE SOURD QUE CELUI QUI NE VEUT POINT ECOUTER.

MIROIR ET ALOUETTE

C'est encore et encore le genre d'articles " arbre à palabres " , où un orateur en l'occurence M.HG parle et parle et reparlera et où un auditoire touchera de la tête en balançant des onomatopées.

L'exemple de Michel Chiha, 1926 part sur le chapeau des roues,Mais on est en 2019 , entre temps on eu des guerres civiles, des occupations syrienne et israélienne, et on voudrait ne pas en tenir compte pour bâtir un Liban fort ?

Je vous ai lu Mr M.HG, j'attends de votre part non plus des " mode d'emploi " du pouvoir, mais des actes et des faits qui ont tout au long de notre histoire de 1926 à 2019 qui nous ont donné l'impression d'avoir été fort, une seule année.

J'en ai une pour vous et pour votre auditoire : MAI 2000
ET UNE AUTRE : JUILLET 2006 .

Zahar Roula

Mesure, pondération, et volonté de vivre-ensemble sont les véritables expressions de la force et seules planches de salut . Cependant aucune partie ne devrait pouvoir faire obstruction à la justice...

Beauchard Jacques

argumentaire juste et essentiel mais vue de France Michel Aoun paraît paralysé et prisonnier d'une attitude guerrière qu'il a toujours eu et que son gendre exprime croyant jouer les Machiavel. Pauvre Liban!

Hitti arlette

Cette lettre pourtant bien structurée ne parviendra à qui de droit et restera lettre morte . Vous savez pourquoi M.geogiou ? Parce le ou les concernés savent d'emblée que l'OLJ compte, au bas mot , une douzaine de fusils braqués au quotidien dans la même direction . Il est aberrant que vous considériez qu'une partie est le diable en personne et a toujours tort et que l'autre est nickel et a raison sur toute la ligne .

Bibette

Le gendre aura beau tisser des kilomètres et des kilomètres de rhétoriques populistes, plagier les anciens et réduire tout le CPL a sa personne et autour de sa personne, il reste un one man show vociférant! C'était évident lors de la pose de la "pierre" !!!.... il y était seul! Je vous épargne le reste du tableau!!! Il en fait tellement autour de sa personne, que son discours sera passé de mode d'ici trois ans et il sera lâché par tous ceux de ses proches a qui il n'aura laisse aucune chance de lui faire ombrage !!! Faut le laisser continuer sur sa lancée ! Nous en avons vu des étoiles filantes dans ce monde !!

Sarkis Serge Tateossian

Si tous les partis et principales formations politiques tenaient un tel langage de vérité et d'équilibre, on serait déjà sorti de la crise dans laquelle on est enfoncée.

Salim Dahdah

Un état des lieux indubitablement vrai, courageux et bien argumenté, mais est-ce-que cet exposé sera suffisant pour convaincre qui de droit, de modifier sa gestion de la Chose Publique et protéger l'Entité Nationale face aux dérapages de la République...?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TOUT EST DIT FRANCHEMENT ET CLAIREMENT. BRAVO !

Zovighian Michel

C'est bien dit. Sauf que les actions et l'attitude de Bassil n'ont pas nécessairement pour objectif la présidence dans trois ans. C'est trop loin.

Une autre interpretation serait de commencer par reconnaitre que le gendre appartient au mouvement de la moumanaa. C'est à dire que, c'est Taef et l'identité du Liban qui sont en danger.

Homsy Christian

On peut mener l’âne à l’eau, mais pas le forcer à boire.

COURBAN Antoine

Réquisitoire précis, calme et pondéré. Du grand travail professionnel sans polémique inutile.

FAKHOURI

courageuse lettre mais ça ne sert à rien
M.AOUN ne peut concilier les intérêts deu Liban avec HN et l'Iran
Le Libanest bien controlé par HN et coincé
Comment va t on s'en sortir ?
La réponse n'existe pas aujourd'hui
que Dieu bénisse le Liban
Que Dieu bénisse les libanais

Gebran Eid

UN AUTRE CONSEIL PERDU. IL VA PAS LIRE CET ARTICLE . BASSIL SOUMMA BASSIL. MA FI GHAYRO. IL EST AVEUGLÉ PAR SON GENDRE.

Saliba Nouhad

Très belle lettre, Mr Hajji-Giorgiou, pleine de bon sens, de modération et de portée patriotique et démocratique....
Mais, ne pensez-vous pas que vous prêchez dans le désert?
Votre argumentation, très rationnelle, va tomber dans des oreilles de sourds, qui ne veulent rien entendre de vos propos moralisateurs car ils pensent avoir la vérité absolue, un programme politique cohérent et qui nécessite cette mentalité milicienne, autoritaire pour atteindre leur but inavoué de préserver par tous les moyens le pouvoir et rêver de pouvoir bâtir le Liban de demain à leur façon.
Seul espoir, c’est qu’ils se réveillent brutalement à la réalité et rectifient le tir avant qu’il ne soit trop tard!

Wlek Sanferlou

L’histoire maudit les retardataires.

Que c'est vrai...espérons que nous aurons le temps de...vivre

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