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Liban

Le précédent de Berry : tenter d’empêcher un ministre d’appliquer une loi

Main-d’œuvre étrangère

Camille Abousleiman se dit déterminé à poursuivre sa campagne, Azzam Ahmad promet de respecter « le droit du Liban ».


Yara ABI AKL | OLJ
19/07/2019

C’est un dangereux précédent qu’a créé hier le président de la Chambre, Nabih Berry, en intervenant ouvertement dans l’action du pouvoir exécutif, lorsqu’il a tenté de pousser le ministre du Travail, Camille Abousleiman, à mettre fin à sa campagne visant à appliquer la loi relative à l’emploi des étrangers, dont les Palestiniens résidant au Liban, et faisant fi de l’intervention du chef du gouvernement, Saad Hariri, qui a demandé que la question soit examinée en Conseil des ministres.

Tout a commencé lorsque Ali Ammar, député Hezbollah de Baabda, a soulevé, lors de la séance parlementaire consacrée à l’examen du budget, la question des remous qu’a suscités la décision du ministre du Travail dans les camps des réfugiés palestiniens. « Cette décision menace la situation des camps », a-t-il tonné, appelant « les personnes concernées à revenir sur cette démarche, parce que l’armée a été trop sollicitée ». M. Ammar faisait ainsi allusion aux échauffourées ayant opposé, dans la nuit de mardi à mercredi, des éléments de la troupe à des Palestiniens hostiles à la campagne de Camille Abousleiman.

Réagissant aux propos du député de Baabda, Nabih Berry n’a pas mâché ses mots : « Je vais demander au ministre Abousleiman de mettre immédiatement un terme à sa décision et de tenir une conférence de presse pour annoncer cela », a-t-il lancé, passant outre la demande de M. Hariri de saisir le Conseil des ministres de la question.

Si Camille Abousleiman a douché les espoirs de M. Berry, en se montrant déterminé à persévérer dans son action, d’autres ont réagi de manière outrée à la démarche du président de la Chambre. Devant ses visiteurs, l’ancien chef de gouvernement, Fouad Siniora, a estimé qu’il s’agit de rien de moins qu’une « invasion » des prérogatives du Premier ministre de la part du chef du législatif. Et un ancien ministre de l’Intérieur, qui a requis l’anonymat, a expliqué à L’Orient-Le Jour qu’on est en présence d’une violation du principe de la séparation des pouvoirs, consacré dans la Constitution. « Le Parlement a le droit d’émettre des recommandations adressées au gouvernement. Mais il ne peut pas pousser un ministre à ne pas appliquer une loi en vigueur », a ajouté l’ancien ministre.

De son côté, M. Abousleiman a répondu aux propos de Nabih Berry lors d’une conférence de presse qu’il a choisi de tenir au siège du Parlement. « Il n’y a pas de décision qui porte atteinte aux Palestiniens. Il ne s’agit que de la mise en application d’un plan établi par le ministère du Travail pour lutter contre la main-d’œuvre étrangère illégale », a-t-il déclaré, précisant que son projet stipule que les travailleurs étrangers doivent être munis d’un permis de travail, conformément aux textes de loi en vigueur. Se disant compréhensif des difficultés que les Palestiniens rencontrent, le ministre a rappelé que le code du travail libanais leur accorde des facilités, notamment les exemptions des frais dus pour l’obtention de permis de travail. Et de faire savoir qu’il a ordonné de faciliter l’obtention, par les Palestiniens, des permis de travail. Mais « nous continuerons à appliquer la loi », a-t-il lancé.



(Lire aussi : Le travail des Palestiniens, un dossier délicat et un timing sensible, le décryptage de Scarlett HADDAD)



Sur le terrain
En face, les réfugiés palestiniens, et pour la troisième journée consécutive, ont observé une grève et bloqué les entrées des camps, en signe de protestation contre le plan du ministre dans le cadre duquel des commerces illégalement détenus par des étrangers ou employant des ouvriers non libanais ne possédant pas de permis de travail ont été mis sous scellés.

À ces protestataires, M. Abousleiman a adressé ce message : « Je ne comprends pas ces protestations. Les actes de vandalisme observés dans la rue devraient prendre fin, parce qu’ils n’ont pas de sens, le code du travail libanais protégeant les Palestiniens contre le licenciement abusif et leur garantissant au moins le salaire minimum. » Et de préciser que depuis le début de la campagne, le ministère a compté 600 irrégularités, dont deux seulement se rapportant à des Palestiniens. Il s’agit notamment d’une usine dans le Koura (Liban-Nord), qui est parvenue à régulariser sa situation, a-t-il noté. Interrogé par L’OLJ, Camille Abousleiman a rappelé que le plan dont il est aujourd’hui question a été établi il y a plus de deux mois, assurant que l’application de ce plan va dans le sens des intérêts des Palestiniens et ne vise aucunement à leur causer préjudice.

Cette détermination de M. Abousleiman lui a valu le soutien tant de ses alliés que de ses adversaires. Il s’agit, bien entendu, du chef des Forces libanaises, Samir Geagea, qui a estimé que « des motifs politiques se tiennent derrière les mouvements de contestation dans les camps ».

Mais c’est surtout Nicolas Sehnaoui, député de Beyrouth (Courant patriotique libre), qui a créé la surprise en soutenant le ministre du Travail, en dépit des secousses que subissent les rapports entre CPL et FL. « La loi devrait s’appliquer à tout le monde. Le ministre du Travail a bien fait de prendre ses (récentes) mesures », a écrit M. Sehnaoui sur Twitter exhortant Camille Abousleiman « à continuer à appliquer la loi ». C’est dans ce cadre que s’inscrit aussi la déclaration de Paul Kanaan, frère d’Ibrahim Kanaan, député CPL du Metn, et président du rassemblement « Maronites pour le Liban ». M. Kanaan a estimé que « la décision, conforme aux intérêts des Libanais, devrait faire l’unanimité », appelant à donner suite au plan Abousleiman.


(Lire aussi : Abousleiman tente de résister à la pression des Palestiniens)


Le point de vue palestinien
Entre-temps, le dialogue libano-palestinien se poursuit pour contenir la colère observée dans les camps. Contacté par L’OLJ, le président de la commission du dialogue libano-palestinien, Hassan Mneimné, assure que les efforts se poursuivent pour résoudre la crise suscitée par l’opposition à la décision du ministre Abousleiman et que l’atmosphère est positive. Une position qu’a réitérée Azzam Ahmad, responsable du dossier libanais au sein du mouvement Fateh, et qui s’est entretenu hier, à la tête d’une délégation, avec Saad Hariri, Bahia Hariri, députée de Saïda, et le commandant en chef de l’armée, Joseph Aoun.

S’exprimant à l’issue de l’entretien avec M. Hariri, le responsable palestinien s’est voulu très clair : « Il n’y a pas de crise entre la Palestine et le Liban. Celui-ci a le droit d’appliquer ses lois et nous nous y conformons. » Mettant en garde contre une récupération politique des derniers développements, M. Ahmad a déclaré : « Nous sommes les hôtes du peuple libanais, nous respectons cela et nous ne voulons pas de lois propres. » Et d’assurer qu’aucun danger ne guette la vie digne des Palestiniens et que de nouvelles facilités leur seront fournies, notamment en matière de logement.


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Pierre Hadjigeorgiou

Les ministres relevants des FL ou même soutenue par les FL ont de claires instructions de se comporter comme de vrais ministres d’état, au service du peuple, de ses lois et de sa constitution. Leur mot d’ordre est de défendre les intérêts du Liban en restructurant ses institutions, en combattant la corruption et en soutenant toutes initiatives et organisations qui puissent nous mener un pas en avant vers le soulagement économique et la paix. Le succès des ministres FL et les résultats des dernières élections parlementaires ont secoué tous les autres partis a commencer par le Hezbollah, leur pire opposant idéologique, jusqu’à leurs propres alliés. Ils vont donc tous tenter pour les briser, ternir leur image, minimiser leur succès. Nous l'avons vu avec L'um-bassil, avec Joumblatt, le Hezbollah, a un moment donné le Future et a présent Berry. Aux prochaines élections les députés FL passerons a minimum 25 Chrétiens et inshallah quelques citoyens musulmans qui se joindrons a nous pour refaire du Liban la jadis "Suisse du Moyen Orient". Il y a encore beaucoup a faire, on continue n'en déplaise a Berry et tous les autres!

Cadige William

Nous sommes tous avec le Ministre du Travail, avec Mr Abousleiman, et il serait peut être temps que les libanais commencent a réagir et a soutenir leurs élus.
Les protestations ou contestations de salon ou sur les réseaux sociaux ne suffisent pas.
Assez de laxisme, Assez de Corruption.

Tina Chamoun

On parle d'un précédent public de Berri, mais on oublie ses antécédents en privé...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

OBTENIR UN PERMIS DE TRAVAIL DANS UN PAYS DONT ON N,EST PAS CITOYEN EST UNE MESURE LEGALE ET UN DEVOIR. GOUPIL FOURRE SON NEZ PARTOUT. QUI SE CROIT-IL ?

Yves Prevost

Pousser un ministre à ne pas appliquer la loi n'es pas fait pour nous surprendre de la part de Berry. N'a-t-il pas lui-même passé l'essentiel de ses longues années à la président du Parlement à violer a Constitution?

c...

Si un ancien ministre Palestinien ne trouve rien à redire au sujet d’une loi, qui est appliquée légalement, à savoir notamment que tout travailleur doit être « muni » d’un permis de travail.. le problème se pose au niveau d’une contestation systématique au sein du gouvernement, quitte à violer la constitution ... il serait intéressant d’effectuer au sein de la population « Libanaise » de toutes conditions sociales un sondage ( terme considéré comme un gros mot) qui validerait vraisemblablement la décision du ministre.. Démocratie quand tu nous tiens !!!!

LA VERITE

DU JAMAIS VU

Le president de la chambre en France devenu entre temps ministre d'Etat de l'ecologie a demissionne pour BIEN MOINS QUE CA

Qu'attendent tous les deputes reunis pour dire au President de la chambre de S'EXCUSER PUBLIQUEMENT pour cette sortie incroyable OU A DEMISSIONNER DE SON POSTE qu'il garde depuis je crois 27 ans

FRANCHEMENT DE TOUS BORDS DES POLITICIENS

CELA SUFFIT: BOYCOTTEZ LE PARLEMENT JUSQU'A OBTENIR JUSTICE PAS POUR LE MINISTRE MAIS POUR LE LIBAN

Y EN A MARRE DE VOUS

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