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Incidents de Qabr Chmoun : personne ne paralyse l'action du gouvernement, affirme Hariri

Liban

"Ce qui s'est passé n'est pas un incident. Ce n'est pas du tout une rixe. C'est une tentative d'assassinat. Je peux comprendre qu'on tire deux ou trois balles lors d'une dispute, mais 19 balles, c'est une tentative d'assassinat", martèle Talal Arslane. 

OLJ
12/07/2019

Le Premier ministre libanais, Saad Hariri a affirmé vendredi que le gouvernement recommencerait bientôt à se réunir, sans toutefois fournir de date précise pour une prochaine réunion du Conseil des ministres. Il a ajouté que "personne ne paralyse l'action du gouvernement", dont les réunions sont suspendues depuis les affrontements meurtriers de Qabr Chmoun (caza de Aley) le 30 juin dernier, au cours desquels deux partisans du Parti démocrate libanais du leader druze Talal Arslane ont été tués.

"Nous avons discuté de la situation dans le pays et de l'importance d'apaiser la situation", a affirmé Saad Hariri à l'issue d'une réunion avec le chef de l’État Michel Aoun. Il a souligné que "l'atmosphère était positive et rien ne pourra mettre un terme au travail du gouvernement". "Ce qu'il s'est passé était important et ne peut être résolu que dans le calme, les tensions politiques n'amènent rien de bon et c'est pour cette raison que j'ai demandé le report temporaire des réunions ministérielles le temps que les tensions s'apaisent. Personne ne paralyse l'action du gouvernement", a-t-il déclaré. 

Le chef de l’Exécutif a salué dans ce contexte le travail de médiation mené par le directeur général de la Sûreté générale, le général Abbas Ibrahim, "et de tous ceux qui coopèrent avec lui", tout comme les efforts d'apaisement menés par Michel Aoun et le président de la Chambre, Nabih Berry. "Tout le monde doit faire des compromis", a-t-il appelé. "Le pays ne peut pas fonctionner si chacun campe sur ses positions", a-t-il souligné. M. Hariri a souligné l'importance du retour au calme afin que le gouvernement puisse reprendre son travail et s'occuper des dossiers économiques qui sont "la première préoccupation des Libanais".

Le 30 juin, alors que des partisans de M. Joumblatt s'opposaient à la venue dans certains villages du caza de Aley du chef du Courant patriotique libre Gebran Bassil, des échanges de tirs ont eu lieu à Qabr Chmoun entre le convoi du ministre d’État pour les Affaires des réfugiés, Saleh Gharib, allié de M. Bassil et membre de la formation de M. Arslane, et des partisans joumblattistes. Deux personnes se trouvant dans le convoi de M. Gharib sont décédées des suites de leurs blessures. Depuis, Talal Arslane, qui parle d'"embuscade" et de "tentative d'assassinat" du ministre Gharib,  exige que les auteurs des violences soient déférés devant la Cour de justice, une instance d'exception. Ce que son rival Walid Joumblatt et ses alliés refusent catégoriquement. Le cabinet ne s'est plus réuni depuis le 30 juin en raison de ces divergences.


(Lire aussi : Cour de justice : toujours pas de compromis en vue)




"C'est une tentative d'assassinat"
Avant de monter à Baabda, le chef du gouvernement avait reçu au Sérail MM. Arslane et Gharib. A sa sortie de la réunion, M. Arslane a déclaré que "le Premier ministre s'est dit attaché à la Montagne et ses habitants, à éviter toute sédition dans cette région". "Je lui ai fait savoir qu'il faut faire la distinction entre la politique d'une part, et la sécurité et la justice d'autre part. Ce qui s'est passé est inacceptable et ne peut prêter à aucune interprétation. Ce qui est inquiétant c'est le fait de vouloir minimiser ce qui s'est passé. Il s'agit d'un grand crime", a-t-il ajouté. Et de lancer : "Nous sommes ouverts, mais pas aux dépens du sang des martyrs et des citoyens. Si nous voulons préserver le pays, nous devons distinguer entre la politique et la sécurité des gens, la paix civile et la justice. A défaut de quoi, c'est la loi de la jungle qui prévaudra. Ni le président de la République, ni le Premier ministre ni le président du Parlement n'acceptent cela".

Le leader druze a ensuite réitéré sa demande de saisine de la Cour de justice. "La compétence de la Cour de justice en la matière a été établie par des avocats, et cette question ne peut pas faire l'objet de surenchère". Critiquant Walid Joumblatt, il a affirmé que la formation de ce dernier "a livré des suspects, mais pas tous les suspects. Cela doit être clair. Est-ce une question de négociations? Si c'est le cas, nous serons en train de mélanger la politique avec la justice".

"Ce qui s'est passé n'est pas un incident. Il s'agissait du convoi d'un ministre qui s'est vu bloqué en chemin. Le véhicule du ministre a été touché par 19 balles. Ce n'est pas du tout une rixe. C'est une tentative d'assassinat. Je peux comprendre qu'on tire deux ou trois balles lors d'une dispute, mais 19 balles, c'est une tentative d'assassinat", a martelé Talal Arslane. Il a également fait savoir que Saleh Gharib, qui se tenait à ses côtés lors du point de presse, "ne manquera pas une seule séance du gouvernement".



(Lire aussi : Ainsi font, font, fanfarons, le billet de Gaby NASR)



Guerre de tweets
Plus tôt dans la journée, les rivaux druzes s'étaient à nouveau écharpés sur Twitter.

"Le parti (PSP) exprime à nouveau son ouverture à toutes les solutions possibles et acceptables concernant l'incident, mais la logique selon laquelle le convoi (du ministre Gharib) lourdement armé et qui a ouvert le feu en faisant des victimes est considéré comme témoin et ne livre donc pas les responsables (de la fusillade) est une logique qui ne respecte pas la moindre possibilité d'une enquête juste", a estimé Walid Joumblatt.

La réponse de Talal Arslane sur le réseau social ne s'est pas fait attendre : "Assez de surenchères, de mépris et de tourner en dérision ce qui s'est passé... Nous sommes prêts à livrer tous les témoins et, le cas échéant, les suspects, lorsque la justice prendra son cours. Dans ce cas, le premier à être prêt est le ministre Gharib qui est une victime".

Quelques heures plus tôt, Talal Arslane semblait pourtant jouer l'apaisement. "La Montagne, si elle veut vivre en dignité, ne peut qu'adopter deux politiques : celle de l'ouverture et celle du regain de confiance. Les défis auxquels nous faisons face aujourd'hui sont différents des précédents. Assez de surenchère et de tensions confessionnelles qui ne permettent pas à nos fils de gagner leur pain. L'incitation, les mensonges et la sédition ne servent à rien, au contraire, ils nous ramènent à des temps moyenâgeux. Les habitants de la Montagne vivent dans une situation économique lamentable et nos fils n'ont qu'une seule ambition, celle d'émigrer (...)", a regretté le leader druze.



(Lire aussi : Deux lectures contradictoires de l’incident de Qabr Chmoun, le décryptage de Scarlett Haddad)



Le PSP poursuit sa tournée
Une délégation du PSP, dirigée par l'ancien ministre Ghazi Aridi, a poursuivi quant à elle sa tournée auprès des responsables politiques et religieux du pays dans le but de cimenter ses alliances. Elle s'est ainsi entretenue avec le métropolite grec-orthodoxe de Beyrouth, Mgr Élias Audi. "La discussion était franche et claire, et nous avons abordé les sujets globaux ainsi que les tractations autour des derniers développements. Nous avons dans ce cadre insisté sur l'importance de l’État et de ses institutions. Tous les Libanais doivent respecter la loi", a souligné M. Aridi à l'issue de cet entretien. La veille, la délégation du PSP s'était rendue à Bnechii pour un entretien avec le chef des Marada, Sleimane Frangié.


Jeudi, Michel Aoun avait lui aussi reçu au palais de Baabda Talal Arslane et Saleh Gharib, dans le cadre des efforts pour apaiser les tensions. M. Gharib, à la tête d'une délégation qui elle aussi effectue une tournée auprès des responsables, s'était également entretenu avec le mufti de la République, Abdel Latif Deriane, à Dar el-Fatwa.

Abbas Ibrahim s'est de son côté entretenu, loin des feux de la rampe, avec le président de la République, le chef de la diplomatie, Gebran Bassil, Talal Arslane, ainsi que par téléphone avec Walid Joumblatt. La veille, il avait été reçu par M. Hariri et avait estimé qu'il n'y avait "pas d'obstacles", ajoutant que "tant qu'il y a des tractations, cela est bon signe".


Nabih Berry, s'exprimant lors d'une cérémonie de remise des diplômes de l'Université Phénicia, au Liban-Sud, a, lui, appelé à "ne pas utiliser de langage rappelant la guerre civile et à désamorcer la situation". "Nous sommes en faveur d'une enquête sur les incidents" de Qabr Chamoun, a-t-il souligné, invitant à sceller "des réconciliations" entre les différentes parties. "Le Liban est dans une situation économique dangereuse et il est soumis à des sanctions de tous les côtés, qu'attendons-nous pour nous unir et nous réconcilier", a-t-il déclaré.


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