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Liban

Incidents de la Montagne : Après l’accalmie sécuritaire, une crise politique ?

Incidents de la Montagne

Les funérailles de Rami Salmane, l’un des deux gardes du corps du ministre d’État Saleh Gharib, ont eu lieu hier dans son village natal.

06/07/2019

Les funérailles de Rami Salmane, l’un des deux gardes du corps du ministre d’État Saleh Gharib, dont le convoi avait été la cible de tirs de partisans du Parti socialiste progressiste dimanche dernier, ont marqué hier le premier temps de répit après les incidents de la Montagne, dont les retombées demeurent toutefois incertaines.

Les funérailles de Samer Abou Farraj, la seconde victime, se tiendront aujourd’hui à 13 heures à Baalechmay (caza de Baabda).

La tenue en soi de ces deux cérémonies funèbres a été perçue comme le signe d’une volonté de calmer le jeu, catalysée par la médiation que mène depuis trois jours le directeur de la Sûreté générale, le général Abbas Ibrahim, entre les parties concernées, à savoir Walid Joumblatt, Talal Arslane – rival du leader druze et chef du Parti démocratique auquel appartient Saleh Gharib – et le Premier ministre Saad Hariri qu’il a rencontré hier.

Mais la journée d’hier a laissé présager une crise politique qui n’est pas près de se dénouer, et qui s’est cristallisée sur la question de la saisine de la cour de justice pour juger les instigateurs de ces violences et les responsables des deux décès. Aussi, dans son allocution de circonstance lors des funérailles à Ramlieh, en présence de Saleh Gharib et de Wia’m Wahhab, M. Arslane a-t-il réitéré son appel à déférer l’affaire devant cette instance judiciaire dont les décisions sont sans appel. Cette demande « n’a pas de motifs vindicatifs, mais constitue la clé de la solution », a-t-il déclaré, en s’interrogeant sur les raisons pour lesquelles certains « craignent » cette démarche. Et le chef du Parti démocratique d’appeler le président de la République Michel Aoun, le Premier ministre Saad Hariri et le président de la Chambre Nabih Berry à « ne pas mêler le sang à la politique ». C’est-à-dire à accepter de déférer l’affaire devant la cour de justice.


(Lire aussi : Bassil aujourd’hui dans le Nord : Tripoli ne sera pas un nouveau Qabr Chmoun)

Des milieux du PSP réitèrent à L’Orient-Le Jour leur étonnement que M. Arslane fasse cette demande, alors qu’il avait refusé de déférer l’incident de Choueifate devant la cour de justice.

Nabih Berry, et avec lui Saad Hariri, solidaire du chef du PSP depuis le dîner de réconciliation auquel le chef du législatif les avait conviés à Aïn el-Tiné mercredi dernier, refusent la saisine de la cour de justice. Cette forme d’alliance tripartite est d’ores et déjà présentée, notamment par des milieux du PSP, comme faisant barrage au chef du Courant patriotique libre (CPL), le ministre Gebran Bassil, dont la tournée dans la Montagne, ponctuée de références à la guerre civile jugées provocatrices, a préludé aux accrochages interdruzes. « Que peut faire Gebran Bassil face à Hariri, Berry et Joumblatt ? » s’interroge un proche du PSP.

Or, c’est à travers la question de la saisine de la cour de justice que les incidents sécuritaires de la Montagne promettent de se cristalliser en politique. La cour de justice est une juridiction d’exception, dont la saisine nécessite un décret préalable en Conseil des ministres. Sachant que Gebran Bassil a déjà fait valoir qu’il est capable de réunir le tiers de blocage du Conseil pour en empêcher la tenue faute de quorum, la question est de savoir si le président de la République acceptera de mener un forcing politique contre le Premier ministre.


(Lire aussi : Drame de la Montagne : L’ambiguïté délétère de la classe politique libanaise)

L’option de réunir le gouvernement à Baabda plutôt qu’au Grand Sérail serait envisagée par des proches du palais présidentiel, qui y voit un terrain neutre à même de dépassionner le débat autour de la cour de justice. Une option étrangère jusqu’à nouvel ordre aux milieux du Premier ministre, selon des informations médiatiques.

En début de journée, le chef de l’État avait fait remarquer, depuis Baabda, que « tous les Libanais doivent être libres de circuler dans toutes les régions du pays », surtout s’il s’agit « d’un représentant du peuple, qu’il soit ministre ou député, qui se rend dans une région où il a été élu ». Cette déclaration est vue comme un parti pris en faveur de Gebran Bassil par les milieux du PSP interrogés par L’OLJ, même si le chef de l’État a ensuite affirmé tenir à la réconciliation dans la Montagne.

Le ministre de la Justice, Albert Serhane (CPL), a éludé la question de la cour de justice. En tournée dans la Békaa centre et ouest, qu’il a entamée au Palais de justice de Zahlé, il a précisé que « le rôle de la justice commencera lorsque les enquêtes auront pris fin, celles-ci étant actuellement menées par la police judiciaire sous la supervision du parquet de la Cour de cassation ». « Déférer une affaire devant la cour de justice relève d’une décision politique (en Conseil des ministres). Or, jusqu’à ce jour, une telle décision n’a pas été prise, nous l’attendons, et cela relève de l’appréciation du Conseil des ministres », a-t-il conclu, reprenant ainsi indirectement le distinguo fait par Talal Arslane entre la sécurité et la politique.

S’agissant de l’enquête en cours, deux nouveaux membres du PSP se seraient livrés à la justice hier, s’ajoutant à trois autres, à la faveur de la médiation de Abbas Ibrahim, tandis que les milieux joumblattistes disent attendre que le parti de Talal Arslane s’engage lui aussi sur cette voie.


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LA VERITE

Si le CPL s'amuse a jouer le boycotte du conseil de ministre

SE SERA LA FIN DU REGIME DE AOUN

mais personne ne le pleurera vu la corruption la plus evidente de ce regime

Irene Said

On renonce définitivement à un Liban respectable et normal,

1) avec un chef d'Etat normal
2) avec un gouvernement normal
3) avec des responsables politiques normaux

Car on constate qu'ils ont vendu leur patrie, leur honneur et l'avenir de notre jeunesse pour des intérêts personnels...et familiaux, et ne trouvent rien de mieux que d'écrire des lettres...à cette jeunesse pour lui demander d'être meilleure...qu'eux, les responsables...!!!
Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ON DEFERE LES AFFAIRES DEVANT LA COUR DE JUSTICE SUIVANT LES INTERETS DU MOMENT BIEN QU,ON LA DENIEE AUPARAVANT. ET QU,EN EST-Il DE LA PROVOCATION GENDRISSIMALE ? QUELLE COUR VA-T-ELLE S,EN OCCUPER ?

Yves Prevost

Dans un pays qui se veut démocratique et qui cherche à se doter d'un Etat de droit, la Cour de Justice constitue un anachronisme, vestige d;une période de guerre. Elle devrait être purement et simplement abolie.

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