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À La Une - Liban

Affrontements dans la Montagne druze : la tension politique torpille le Conseil des ministres

Plusieurs personnes impliquées dans l'incident remis à la justice grâce aux efforts de Abbas Ibrahim.

Le Premier ministre Saad Hariri, lors d'une allouction au Grand Sérail, le 2 juillet 2019. Photo Dalati et Nohra

Les tensions politiques ravivées au Liban après l'échange de tirs dans la Montagne druze, qui a causé dimanche la mort de deux gardes du corps du ministre d'Etat pour les Affaires des réfugiés, Saleh Gharib, ont contraint mardi le chef du gouvernement Saad Hariri à annuler la séance du Conseil des ministres prévue dans la journée.

Les incidents de dimanche, qui ont également fait trois blessés, sont survenus au moment où le chef du Courant patriotique libre et chef de la diplomatie, Gebran Bassil, effectuait une tournée partisane dans la région, au milieu d’une violente contestation druze dans les villages où le Parti socialiste progressiste du leader druze Walid Joumblatt prédomine. La colère des joumblattistes s’est manifestée par le blocage de routes à Kfar Matta et a culminé avec des tirs mortels contre le convoi du ministre Saleh Gharib, au milieu d’une divergence de vues sur ce qui a déclenché les tirs entre le PSP et le Parti démocrate, auquel Saleh Gharib appartient.

"J'ai décidé de reporter la séance du Conseil des ministres car nous avons besoin de 48 heures pour désamorcer le conflit et permettre à la justice de suivre son cours", a déclaré M. Hariri qui s'est exprimé au Grand Sérail après avoir pris la décision d'annuler la réunion du cabinet, assurant toutefois que "le gouvernement et l'entente entre nous se portent très bien". "Nous devons arranger les choses et ne pas les amplifier car nous nous dirigeons vers une solution" à cette affaire, a ajouté le Premier ministre, soulignant que "la sécurité est une ligne rouge". "Faut-il laisser la situation exploser ou faire en sorte de régler le conflit ? Il faut laisser travailler les forces de sécurité et laisser la justice suivre son cours", a ajouté Saad Hariri, appelant par ailleurs les médias à donner une image positive du Liban.



(Lire aussi : Affrontements interdruzes : Comment en est-on arrivé là ?)



Défaut de quorum
Le Premier ministre a insisté sur le fait que c'était lui qui avait pris la décision de reporter la séance du Conseil des ministres, dont la date sera fixée mercredi.

Avant l'heure prévue pour la réunion du gouvernement, M. Gharib et les ministres affiliés au Courant patriotique libre, représentés au sein du bloc parlementaire du "Liban fort", s'étaient réunis au siège du ministère des Affaires étrangères autour du chef de la diplomatie et leader du CPL Gebran Bassil. Lors de cette réunion, le ministre proche de Talal Arslane a de nouveau réclamé que le gouvernement défère le dossier sur cet incident devant la Cour de justice.

Alors qu'un défaut de quorum se profilait à l'horizon dans l'éventualité d'une absence de ces 11 ministres, ces derniers se sont quand même rendus au Grand Sérail. "Je suis venu pour discuter avec le Premier ministre", a déclaré M. Gharib. "Nous ne torpillons pas les séances du gouvernement, mais nous déjouons les pièges", a renchéri le ministre d'Etat chargé des Affaires présidentielles, Salim Jreissati.

"Nous avons craint qu'une atmosphère d'escalade plane sur la séance du gouvernement. Nous avons finalement pris la décision de contribuer à l'apaisement", ont déclaré des sources du bloc du "Liban fort" à la chaîne locale LBCI.
"Les ministres affiliés au bloc (Liban fort) sont venus au Grand Sérail. C'est moi qui ait décidé de reporter la séance", a cependant déclaré Saad Hariri.



(Lire aussi : À Qabr Chmoun et Kfarmatta, tristesse et désenchantement)



Abbas Ibrahim prend la main
Pour tenter de calmer la situation et rapprocher les points de vue, le directeur général de la Sûreté générale, le général Abbas Ibrahim, a entamé une médiation, notamment pour assurer que les personnes impliquées dans les incidents de dimanche se rendent. Selon la LBC, il a notamment pris langue avec Gebran Bassil et Walid Joumblatt. Après une étape au Grand Sérail, le directeur de la SG s'est rendu à Khaldé pour s'entretenir avec MM. Arslane et Gharib. "La première des étapes est de rétablir la sécurité", a-t-il déclaré à l'issue de cet entretien, assurant que "la reddition des personnes recherchées a débuté". De son côté, M. Arslane a qualifié le général Ibrahim d'"homme de confiance".

Selon la LBCI, trois personnes recherchées ont été remises à la SG grâce aux efforts de Abbas Ibrahim. L'armée libanaise livrera de son côté les individus qu'elle a arrêtés aux Forces de sécurité intérieure lorsque la justice chargera le service de renseignement des FSI de conduire l'enquête, toujours selon la même source.

"Tout ce que nous demandons, c'est que les personnes recherchées soient livrées. Lorsqu'on aura mis fin à ce bazar, nous prendrons la décision adéquate quant aux condoléances", avait affirmé M. Arslane plus tôt dans la journée, après s'être entretenu avec les proches des deux victimes de l'incident de dimanche, Samer Abou Faraj et Rami Salmane. Dans l'après-midi, les corps des deux victimes ont été transférés de l'hôpital de Qabr Chamoun vers un autre établissement hospitalier.

Le procureur général par intérim près la Cour de cassation, Imad Kabalan, avait entamé la veille son enquête sur l'échange de tirs. Le PDL avait affirmé, lui, avoir identifié de nombreux tireurs et a demandé que toute l’affaire, considérée comme un attentat mettant en danger la sûreté de l’Etat, soit déférée devant la Cour de justice.



(Lire aussi : Deux versions opposées des incidents, l’enquête est ouverte)



Arslane et le PSP se renvoient la balle
Sur le plan politique, le PSP et Talal Arslane ont continué mardi à se renvoyer la responsabilité de l'incident armé survenu entre les villages de Chemlane et Kfar Matta, dans le caza d'Aley. "Ce qui s'est passé est une menace pour la paix civile", a déclaré M. Arslane lors d'un point presse à Khaldé.

Dans l'après-midi, le leader du PSP s'est exprimé sur Twitter. "Loin du flot d'attaques, d'insultes et de provocation, le PSP n'est pas au-dessus des lois. Dès les premiers instants, il a demandé l'ouverture d'une enquête. Le PSP a présenté ses condoléances aux victimes, souhaité le prompt rétablissement des blessés, salué le rôle de l'armée, des services de renseignements et de toutes les forces de sécurité dans la préservation de la sécurité et de la stabilité", a-t-il écrit sur son canal de prédilection.

"Nous ouvrons les routes, nous ne les fermons pas. Nous sommes pour la paix, la stabilité et l'Etat", a déclaré de son côté le ministre de l'Education, Akram Chehayeb, membre du PSP. Dans la matinée, le secrétaire général du parti joumblattiste, Zafer Nasser, avait affirmé à la LBCI que Walid Joumblatt était la cible d'"une tentative d'assassinat politique".


Au cours de la même émission, M. Gharib avait rejeté les accusations du PSP qui prétend, vidéo à l'appui, que ce sont les membres de l'équipe de sécurité du ministre qui ont tiré les premiers. "Nous avons été la cible d'une tentative d'assassinat et aujourd'hui, ils tentent de nous assassiner sur les plan moral et psychologique", a-t-il réagi sur la chaîne locale LBCI. "Ce n'est pas moi, Saleh Gharib, qui a tiré sur les riverains, et ce sera un honneur pour moi de me présenter devant la justice de mon pays. J'espère que l'autre camp fera de même", a ajouté le ministre.

Dans ce contexte, deux blessés atteints lors des échanges de tirs dimanche ont déposé plainte contre Saleh Gharib auprès du bureau du Procureur général près la Cour de cassation au Palais de Justice de Beyrouth. "Je considère qu'il s'agit d'une plainte politique, et j'espère que personne ne bénéficiera d'une couverture, a déclaré M. Gharib. Nous ne pouvons en aucune façon revenir au passé, quelle que soit l'intensité du conflit politique et des divergences de vue", a ajouté le ministre.

De son côté, le parti Tawhid de l'ancien ministre druze Wi'am Wahhab a appelé ses partisans à ne pas porter d'armes dans la rue, à respecter toutes les mesures que prendront l'armée libanaise et les forces de sécurité pour rétablir la sécurité dans la Montagne, à éviter les dérives sécuritaires et à ne pas répondre aux "provocations" sur les réseaux sociaux.




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commentaires (1)

C,EST L,ECHAPPEMENT DES BULLES DE METHANE QUI A ALLUME LE CONFLIT. FAUT EN PRENDRE NOTE ET AGIR EN CONSEQUENCE.

L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

18 h 34, le 02 juillet 2019

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Commentaires (1)

  • C,EST L,ECHAPPEMENT DES BULLES DE METHANE QUI A ALLUME LE CONFLIT. FAUT EN PRENDRE NOTE ET AGIR EN CONSEQUENCE.

    L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    18 h 34, le 02 juillet 2019

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