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Affrontements dans la Montagne druze : Bassil évoque un acte "prémédité"

Liban

Le chef des Forces libanaises, qui s'est rendu ainsi que les députés de son bloc parlementaire au siège de la communauté druze à Verdun, a appelé les habitants de la Montagne, "chrétiens et druzes, à rester attachés à la réconciliation, indépendamment des incidents politiques qui ont eu lieu".

M.K. | OLJ
02/07/2019

Le ministre libanais des Affaires étrangères et chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, a estimé mardi que l'échange de tirs dans la Montagne druze qui a causé dimanche la mort de deux gardes du corps du ministre d’État pour les Affaires des réfugiés, Saleh Gharib, qui était censé retrouver M. Bassil dans le cadre d'une tournée dans la région, était un acte prémédité. Tout en essayant de calmer la tension, le chef du CPL a toutefois insisté à poursuivre ses tournées partisanes sur le territoire libanais.

Les incidents de dimanche, survenus entre les villages de Chemlane et Kfar Matta, dans le caza d'Aley, sont intervenus au moment où le chef du Courant patriotique libre effectuait une tournée dans la région, au milieu d’une violente contestation druze dans les villages où le Parti socialiste progressiste du leader druze Walid Joumblatt prédomine. La colère des joumblattistes s’est manifestée par le blocage de routes à Kfar Matta et a culminé avec des tirs mortels contre le convoi du ministre Saleh Gharib, au milieu d’une divergence de vues sur ce qui a déclenché les tirs entre le PSP et le Parti démocrate du leader druze Talal Arslane, auquel Saleh Gharib appartient. 

Les tensions politiques causées par ces affrontements ont contraint le chef du gouvernement Saad Hariri à annuler la séance du Conseil des ministres qui était prévue aujourd'hui.

Lors d'une conférence de presse tenue à l'issue de la réunion du bloc parlementaire de sa formation politique, Gebran Bassil a qualifié ce qui s'est passé d'incident "prémédité, évoquant également une "embuscade politique et sécuritaire".  "Les tournées que nous effectuons concernent le CPL et englobent toutes les régions, car le parti est présent dans toutes ces régions", a par ailleurs affirmé Gebran Bassil, afin de justifier sa présence dimanche dans le caza de Aley. "Nous ne prononçons que des propos qui font signe d'ouverture (...) et nous avons des partisans dans toutes les régions", a-t-il insisté.

Gebran Bassil est ensuite revenu sur le fil des événements qui ont précédé les affrontements de dimanche. "Nous avons commencé à recevoir des informations il y a deux jours à propos de jets de grenades et de propos politiques tendus, ce qui a poussé l'armée et les forces de sécurité à prendre des mesures. Alors que je me trouvais dans le village de Chemlane, j'ai reçu un appel du commandant en chef de l'armée qui m'a informé de rassemblements dans le village de Kfar Matta et j'ai ensuite reçu un appel du ministre de la Défense. C'est à ce moment-là que je leur ai fait savoir que je ne souhaitais plus me rendre à Kfar Matta. Mais le ministre Saleh Gharib insistait à nous recevoir, c'est pour cela qu'il est venu pour me rejoindre, en guise d'amabilité. Je lui ai fait savoir que je ne souhaitais plus me rendre à Kfar Matta afin d'éviter des incidents. Nous ne voulions pas que l'embuscade sécuritaire et politique soit tendue, mais malheureusement cela est arrivé et des martyrs sont tombés".



(Lire aussi : Affrontements interdruzes : Comment en est-on arrivé là ?)




"Le CPL ne tombera pas dans les pièges"
Le chef du CPL s'est ensuite défendu d'avoir provoqué les tensions dans la Montagne. "Il a été dit que ce qui s'est passé est dû à des propos tendus que j'aurai tenus, alors que mes propos dans les villages de Sofar et Kahalé n'étaient que positifs. Mais malheureusement le bruit des balles étouffe désormais notre parole amicale", a estimé M. Bassil.

"Nous ne voulons ni ne pouvons éliminer ou encercler personne et nous ne nous laisserons pas aller à une discorde druzo-chrétienne. Mais la liberté d'expression et de croyance sont la base de la République et nous ne pouvons accorder des concessions à ce niveau-là. Nous n'avons besoin de la permission de personne pour nous rendre dans nos maisons et nos régions et auprès de nos proches. Les appels au partenariat ne sont pas provocateurs, sauf pour ceux qui rejettent ce partenariat", a martelé M. Bassil. Il a estimé que "le pays n'avait pas intérêt à déboucher sur des affrontements et nous voulons une véritable réconciliation, pas d'apparence. Pour cela, elle doit se faire au niveau politique, sécuritaire, économique (...) et la vraie réconciliation est celle qui concerne les gens. La réconciliation, nous la vivons à travers la fermeture du dossier des déplacés" chrétiens qui ont fui leurs villages durant la guerre civile.

Interrogé par les journalistes pour savoir s'il était la cible des tirs dans le village de Qabr Chmoun, M. Bassil a répondu : "Savoir si j'étais la cible est une question secondaire. J'ai choisi cette route, et ceux qui comptent pour moi sont les citoyens et mes camarades". Le CPL ne tombera pas dans les pièges ou dans la discorde", a insisté Gebran Bassil. Il a conclu en exprimant son soutien au Parti démocrate de Talal Arslane.


"La réconciliation de la Montagne va perdurer"
Réagissant de son côté à ces événements, le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, qui s'est rendu ainsi que les députés de son bloc parlementaire au siège de la communauté druze à Verdun, a appelé les habitants de la Montagne, "chrétiens et druzes, à rester attachés à la réconciliation, indépendamment des incidents politiques qui ont eu lieu". "La réconciliation de la Montagne va perdurer car elle est historique et solidement implantée. Ce n'est pas un simple acte politique. Personne n'a le droit de lui porter atteinte", a estimé le leader maronite. "Ce qui s'est passé ne devait pas avoir lieu", a également estimé M. Geagea. "L'Etat savait, deux ou trois jours auparavant, que la Montagne bouillonnait. C'est pourquoi je m'adresse aux ministères de la Défense et de l'Intérieur : les mesures nécessaires ont-elles été prises pour éviter ce qui s'est passé?". Lorsque les journalistes lui ont demandé s'il avait contacté Walid Joumblatt après les incidents, Samir Geagea a répondu : "Les contacts se poursuivent sans interruption et sous différentes formes".


Pour sa part, le leader des Marada, Sleimane Frangié a appelé à la "responsabilité nationale", dénonçant les "comportements malveillants".

Le bloc parlementaire du Courant du Futur de Saad Hariri, qui s'est également réuni mardi, a de son côté estimé que les incidents de Aley "sont un dangereux indicateur de nouveaux alignements (politiques) qui rappellent l'atmosphère de la guerre civile". Le groupe a également critiqué "les violentes polémiques et les échanges d'accusations qui ne visent qu'à saper la marche de l’État et le vivre-ensemble". Le bloc a enfin rejoint M. Geagea au sujet de la réconciliation de la Montagne scellée en 2001 sous les auspices de l'ancien patriarche Nasrallah Sfeir, estimant que cette réconciliation "est une responsabilité qu'assument toutes les formations politiques".

Dans ce contexte, une rencontre a également eu lieu entre M. Hariri et M. Joumblatt, au siège de la communauté druze, alors que les deux leaders, techniquement alliés, sont en froid depuis des semaines en raisons de différends politiques. Selon les informations de la chaîne LBCI, l'ambiance de la rencontre était "positive", et les deux dirigeants "sont d'accord sur la manière de traiter l'incident de Qabr Chmoun".


Saad Hariri (c) en réunion avec Walid Joumblatt (d) et son fils Teymour au siège de la communauté druze à Beyrouth.
Photo Dalati et Nohra

Selon notre correspondante Hoda Chedid, le président du Parlement, Nabih Berry, réunit demain soir à dîner à Aïn el-Tiné MM. Hariri et Joumblatt. Ce dîner est prévu depuis plusieurs jours, avant même les affrontements de la Montagne.

En soirée, le ministre des Finances Ali Hassan Khalil, membre du Mouvement Amal du président Berry, a commenté les derniers développements : "Au lieu de nous réunir pour améliorer la situation économique, nous cherchons à nous réunir afin de traiter la situation sécuritaire", a-t-il regretté, dans un message partagé sur Twitter. "Nous appelons à une réorganisation des relations entre le Courant patriotique libre et le Parti socialiste progressiste et à se concentrer sur les points communs entre les deux formations, tout en s'accordant sur le fait qu'aucune formation politique ne peut annuler une autre".



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Honneur et Patrie

Sans le pétrole, la guerre d'Irak de 2003, n'aurait pas eu lieu.
Sans l'Accord de Chiyah en 2006 entre Michel Aoun et le Hezbollah, Gébran Bassil n'aurait pas obtenu les ministères de l'Energie et les Affaires étrangères ni l'héritage du CPL.

Irene Said

Avec un gamin (chez nous ministre et chef de) trop insolent et perturbateur de la classe (le Liban), que doit faire le professeur (le président du Liban et chef de l'Etat)?

Mettre le gamin au coin, bouche close, les mains sur le dos, pour que la classe puisse fonctionner en paix !
Irène Saïd


Irene Said

Il n'y a pas
pire sourd que celui qui ne veut pas écouter

pire aveugle que celui qui ne veut pas voir

pire bavard que celui à qui on n'a pas appris que la parole est d'argent...mais (souvent) le silence d'or

surtout quand on se prétend ministre de...
et chef de...!!!

Irène Saïd


Christian Samman

BRAVO MONSIEUR LE MINISTRE, des affaires étrangères (à qui, à quoi?)
C'EST DE LA PURE PROVOCATION QUE VOTRE DÉCLARATION...
Est-ce là des paroles dignes d'un leader?
Poser la question, c'est y répondre...

Zeidan

Mettre de l'huile sur le feu rien de tel pour se refaire une bonne dizaine d'années de haine de tueries et de massacres ... merci pour ces paroles responsables !!!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES BULLES DE METHANE ET LES BEVUES INTENTIONELLES EN FURENT LA CAUSE.

Honneur et Patrie

Si mes compatriotes Talal Arslane, Saleh Gharib et Walid Joumblatt viendraient un dimanche parader à Meyrouba, Hragel et Faraya, un coup de fusil de chasse tiré en l'air par un applaudisseur retentit faisant un blessé grave à l'oeil par des plomb N°9 semant la frayeur, cela serait-il un acte prémédité ? Si c'est oui, je prierais mes trois compatriotes de ne pas venir parader au Kesrouan.

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