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Liban

La cohabitation entre Bassil et Hariri réanimée

Politique

Le Premier ministre réitère ses griefs devant le chef du CPL lors d’un tête-à-tête qui a duré cinq heures.

18/06/2019

Condamnés à s’entendre pour faire survivre un compromis présidentiel que les récentes polémiques ont sérieusement secoué, le Premier ministre Saad Hariri et le chef du Courant patriotique libre ont fini par se rencontrer hier in extremis, à la veille du Conseil des ministres prévu aujourd’hui.

Le tête-à-tête, qui a duré cinq heures d’affilée, devrait faire gagner au pays un temps de répit – en attendant le prochain round de disputes – nécessaire pour relancer l’action du gouvernement, suspendue depuis plus de deux semaines du fait de la tension qui avait envenimé les relations entre les deux hommes, mais aussi de la fête du Fitr.

Dans les milieux haririens, on se contente de souligner que le rencontre, marquée par « la sincérité et la franchise sur la période révolue, s’inscrivait dans l’esprit de la conférence de presse du chef du gouvernement lundi dernier et de ses échanges avec le président de la République à Baabda ».


(Lire aussi : Gebran Bassil polémique encore...)


Devant son interlocuteur, M. Hariri aurait reformulé le cortège de reproches concernant une série de prises de positions exprimées ces dernières semaines par le chef du CPL, considérées comme d’autant plus inacceptables dans les milieux haririens qu’elles prenaient l’allure, par moments, d’une guerre de prérogatives. C’est ainsi qu’avaient été interprétées les déclarations de M. Bassil qui avait affirmé, il y a quelques semaines, que « le sunnisme politique est né sur le cadavre du maronitisme politique et lui a arraché tous ses privilèges ». « Nous voulons recouvrer ces droits intégralement », avait-il ajouté avant de se rétracter. La tension est montée d’un cran après l’attentat terroriste dont Tripoli a été la cible, brouillant un peu plus la relation problématique qu’entretenaient les deux partenaires du compromis présidentiel.

Cette polémique, dont les séquelles risquaient d’affecter sérieusement la productivité d’un gouvernement qui a démarré sous le signe de l’action et du « travail », s’engageant à mettre les bouchées doubles pour sortir le pays d’une crise économique et sociale sans précédent, semble être pour l’heure jugulée. C’est ce qui transparaît du communiqué officiel exclusivement publié par le bureau du Premier ministre, qui dans un geste vraisemblablement concerté avec le chef du CPL a voulu rappeler que c’est lui qui est et reste en définitive le chef de l’exécutif. Le texte précise que la rencontre avec M. Bassil a permis d’effectuer « une évaluation de la période révolue à la lumière des polémiques et de certaines attitudes qui ont affecté la stabilité politique ». Les deux hommes sont convenus également de la nécessité de faire prévaloir l’intérêt national « sur toute autre considération » et de redynamiser le gouvernement pour l’habiliter, en créant le climat propice, à plancher sur la multitude de dossiers qui attendent d’être tranchés, dont la question des déchets, des réfugiés, les dossiers socio-économiques, la lutte contre la corruption mais aussi les nominations, le but étant d’« améliorer la productivité du gouvernement » pour la période à venir.

Le communiqué conclut en affirmant que le compromis conclu il y a trois ans – le CPL préfère évoquer le terme d’entente nationale – « est toujours de rigueur et se maintiendra assurément et de manière efficace ».

Dans les milieux de M. Bassil, la discrétion était de mise, les seules informations distillées étant à propos du « climat extrêmement positif » qui a prévalu lors de la rencontre, laquelle a porté sur l’ensemble des dossiers. Dans un souci de tirer un trait sur ce qui s’est passé et d’atténuer la portée de la controverse qui l’a opposé au chef du gouvernement, M. Bassil a placé la réunion dans son contexte « normal », accusant dans une déclaration succincte à l’issue de la rencontre « certaines parties qui ont tenté de créer un problème » entre lui et le chef du gouvernement avec lequel il affirme avoir une bonne relation.

Selon une source proche du palais Bustros, M. Bassil a pointé du doigt, sans les nommer, « les nombreuses parties qui se sentent lésées par l’entente qui prévaut entre les deux hommes », dans une allusion notamment à certaines figures proches du Premier ministre. Et d’ajouter que la réunion « n’a rien d’exceptionnel », dans la mesure où elle s’inscrit dans le cadre d’une rencontre routinière « entre un Premier ministre et le chef du plus grand bloc parlementaire et ministériel ».


(Lire aussi : Geagea à Aoun : Agissez parce que Bassil contrôle le jeu sans limites !)



De sources proches des milieux aounistes, on apprenait également que la question des nominations, un dossier litigieux opposant le CPL non seulement au courant du Futur mais aussi aux Forces libanaises qui contestent le monopole par le courant aouniste de la part chrétienne et réclament un mécanisme clair pour pourvoir aux postes vacants au sein de l’État, a été évoqué dans la foulée. Selon une source haririenne, ce dossier, qui concerne des postes judiciaires et administratifs, n’a toujours pas été finalisé par les ministres concernés qui doivent soumettre au gouvernement une liste des noms sélectionnés.

En soirée, des sources proches du palais de Baabda, citées par notre correspondante Hoda Chedid, ont exprimé leur étonnement de voir circuler « autant de scénarios » qui évoquent des tiraillements autour des nominations, assurant que pour l’heure, ce dossier, bien qu’il soit placé sur la liste des priorités du chef de l’État et du chef du gouvernement, n’a pas été examiné par quelque partie que ce soit. « Les informations qui font état de veto imposé par telle ou telle partie ne sont que le fruit de l’imagination de certains et sont totalement infondées », ajoutent ces sources, soulignant que cette agitation constitue une « campagne orchestrée en amont », destinée « à faire assumer à l’avance à une partie (comprendre au CPL) la responsabilité d’un éventuel blocage des nominations ».

Quoi qu’il en soit, la nouvelle réconciliation entre le chef du gouvernement et le chef du CPL semble avoir assaini le climat électrique qui a prévalu ces derniers temps. Elle devra inéluctablement se répercuter positivement sur le Conseil des ministres qui planchera aujourd’hui sur un ordre du jour ordinaire axé sur des questions financières et administratives et des accords divers. La tension est tombée et le compromis présidentiel ressuscité grâce à la politique de replâtrage usuelle, pour un laps de temps dont on ignore toutefois la durée.



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MAKE LEBANON GREAT AGAIN

PAUVRE MR GEBRAN BASSIL,IL EST ASSAILLI DE TOUS LES COTES

MALHEUREUSEEMNT IL LE MERITE BIEN

BOURDES APRES BOURDES IL FERAI MIEUX DE SE TAIRE AU LIEU D'EXCITER LES GENS ET DE REVENIR DANS LA PRATIQUE EN ARRIERE

IL VEUT TOUS LES POSTES CHRETIENS DU GOUVERNEMENT CAR IL DIT ETRE LE PLUS FORT MAIS IL EST EN REALITE LE GENDRE BIEN AIME UNIQUEMENT


MR BASSIL LES KATAEB ONT SAUVE LE LIBAN EN 1975/1982 PAR LEUR OPPOSITION ARMEES AUX PALESTINIENS

LES FORCES LIBANAISES ONT VU LEUR CHEF EMPRISONNE DURANT ONZE LONGUES ANNEES

VOUS VOUS DITES REPRESENTER LES CHRETIENS DU LIBAN CAR UNE LOI SUR MESURE A ETE CONCOCTE PAR VOUS AVEC HB POUR CELA

PUIS JE VOUS RAPPELER QUE VOTRE PROPRE POSTE DE DEPUTE EST DU A MR HARRIRI QUI A DEMANDE AUX SUNNITES DE BATROUN ET DE LA REGION DE VOTER POUR VOUS ET PAS POUR MR HARB?

UN PEU DE DECENCE ET ARRETTER DE VOUS PRENDRE POUR JUPITER SVP POUR QUE LES MEILLEURS DES CHRETIENS RESTENT AU LIBAN ET N'EMIGRENT PAS AILLEURS A CAUSE DE VOS POSITIONS IRRESPONSABLES ET QUE SEULS LES MOUTONS RESTENT DANS CE BEAU PAYS

Antoine Sabbagha

Ainsi on perd le temps dans notre pays. On boude on revient au travail après des semaines sans rien faire et le comble sans aucun complexe de culpabilité. Triste .

Honneur et Patrie

Les déclarations intempestives du beau-fils du beau-père ne doivent plus être débitées crescendo dans ses déplacements partisanes aux frais du contribuable. Leurs lieux ne doivent plus être sous les eucalyptus et les tilleuls des villes et villages mais uniquement au gouvernement au Grand-Sérail. La jarre ne sortira pas longtemps indemne du puits. Un jour elle se brisera avec toutes les conséquences à l'encontre des chrétiens qu'il prétend faussement défendre.
Notre pays est menacé de partout y compris par les nouveaux riches qui sont au pouvoir. Ils confoindent la patrie avec leur poche. Ca suffit !

Le point

Je suis aussi les informations politiques d'autres pays en Europe. Les réunions entre ministres, ministre et président, ministre et premier ministre, ne sont même pas mentionnés par les médias car elles sont d'une nature normale et standard. Cette perte de temps double pour qu'un ministre se déplace dans les embouteillages afin de faire perdre du temps à son premier ministre n'a aucun sens. Ils devraient communiquer par téléphones militaires sécurisés pour échanger quand il le faut et le nombre de fois qu'il faut pour éviter ce tapage médiatique qui n'a aucun sens, à part inquiéter ce bon peuple libanais, qui les paye gracieusement pour le travail qu'ils font et celui qu'ils ne font pas.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

REANIMATION TEMPORAIRE SUJETTE A DE NOUVELLES BULLES DE GAZ !

FAKHOURI

Monsieur Hariri vous vivez dans la médiocrité en accordant de l'importance à Gebran Bassil .
Vous aurez du mal à concrétiser les actions indispensables pour répondre aux nombreux problèmes du Liban tant que cet homme est maintenu au gouvernement
Dans tous les ministères ou cet homme est passé, le résultat a toujours été médiocre
Porte parole de l'Iran via le Président de la République et de HN, que vous apporte t il de valable dans la lourde tâche de PM , RIEN

Irene Said

Faites leur aussi en urgence des séances de réanimation du sens de la responsabilité, du devoir et de l'honneur...et du respect de l'autre !
Irène Saïd

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