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Liban

L’accalmie consolidée par Aoun et Hariri... en attendant des « actes concrets »

Compromis présidentiel

Les signes de détente se sont multipliés hier entre le CPL et le courant du Futur : « Cap sur les réformes. »

OLJ
13/06/2019

Le compromis présidentiel tiendra. Non pas que les différentes parties y soient encore attachées de tout cœur, comme cela était (peut-être) le cas en octobre 2016, mais par ultraréalisme politique, dans un climat de crispations régionales et parce que, le président du Conseil Saad Hariri l’a dit hier lors de sa conférence de presse : il « n’y a pas d’alternative, sinon le vide » et, selon l’habituelle rhétorique haririenne, le spectre effarant d’un éventuel chaos qu’il faut à tout prix éviter au pays.

Cependant, le ravalement de façade du compromis – car il s’agit bien d’un super replâtrage après les multiples lésions subies par l’accord, à coups de déclarations de l’homme fort du régime, le ministre des Affaires étrangères et chef du Courant patriotique libre Gebran Bassil – ne signifie pas que les règles du jeu sont restées immuables. Tout en soulignant la volonté du courant du Futur de tourner la page après les tensions de ces derniers jours, les milieux proches du courant haririen affirment que le discours prononcé hier par le Premier ministre constitue une plaque tournante, aussi bien dans la correction du déséquilibre qui s’était progressivement installé dans la relation avec le CPL que dans les rapports conflictuels avec d’autres partenaires locaux, notamment le Hezbollah, sur fond de conflit régional arabo-iranien.

De part et d’autre, les signaux tendent à montrer que Baabda et le Grand Sérail ont compris la nécessité de faire le nécessaire pour sauver le compromis. Trois faits en attestaient hier : l’absence de toute réponse des milieux du CPL au discours du Premier ministre, pourtant sévèrement critique à l’égard de M. Bassil, la visite d’une délégation du parti aouniste à Dar el-Fatwa et, pour couronner ce retour à la normale, un entretien à Baabda entre Saad Hariri et le président de la République, Michel Aoun.



(Lire aussi : En odeur d’insanité, l'édito de Issa GORAIEB)



Les retombées du discours de Hariri
L’absence de riposte directe ou indirecte de la part des milieux du CPL au président du Conseil est déjà une preuve que quelque chose a bel et bien changé dans l’équation par rapport aux dernières semaines. Le chef du CPL, en visite à Londres, n’a pas fait de déclarations tonitruantes hier, rompant avec son rituel des dernières semaines sur Twitter. Selon des sources proches du courant du Futur, il faudrait voir dans cette accalmie l’œuvre du président de la République, qui avait déjà dépêché le ministre d’État pour les Affaires présidentielles lundi à Dar el-Fatwa pour calmer le jeu. Saad Hariri a une nouvelle fois tendu la main mardi au chef de l’État, dont il a dit qu’il était une « garantie ». S’il a critiqué Gebran Bassil, il a toutefois reconnu que ce dernier avait bien fait de démentir certains des propos polémiques qui lui avaient été attribués. Pour les sources haririennes, les propos de M. Hariri ont « fait leur effet et procédé à un certain rééquilibrage ». « Le Premier ministre a tracé une ligne claire sur le plan du fonctionnement des institutions et de la question des prérogatives de chacun, la Constitution étant l’arbitre, le recours de tous », note un analyste politique proche du courant du Futur. « En fait, nous sommes entrés dans une nouvelle période puisqu’il s’avère que personne ne souhaite quitter le cadre du compromis présidentiel », ajoute-t-il. « Mais l’avenir de cette nouvelle ère et son maintien seront déterminés par les actes concrets qui seront posés pour prouver que le partenariat fonctionne comme il le devrait, sans tensions et de bonne foi », souligne enfin cet analyste.


Une délégation du CPL à Dar el-Fatwa
Le CPL, qui considère pour sa part que son chef a été victime d’une campagne injuste à des fins politiques, a toutefois saisi la balle au bond. Gebran Bassil, sans doute dans le cadre des directives d’apaisement données par Baabda, a dépêché hier une délégation du bureau politique du parti auprès du mufti de la République, le cheikh Abdellatif Deriane, présidée par la coordinatrice de la commission de l’action nationale au sein du CPL, Ghada Assaf. Le ton était conciliant et positif, exprimant une volonté manifeste d’en finir avec le climat marqué de surenchères qui a caractérisé les échanges de ces derniers jours. L’occasion pour Mme Assaf de réitérer au mufti, au nom de M. Bassil, l’attachement de son parti au partenariat national et aux principes constitutionnels fondamentaux, et la nécessité de « s’en remettre aux institutions constitutionnelles pour l’arbitrage, loin des polémiques médiatiques qui ne font, in fine, que créer plus de lésions et de scissions confessionnelles, lesquelles sont à leur tour exploitées pour créer une discorde sectaire entre les composantes du pays ».



(Lire aussi : CPL-Futur : Aoun rectifie le tir et redynamise le compromis présidentiel)



Visite « constructive » de Hariri à Baabda
Le même climat bon enfant a prévalu lors de la rencontre entre le président du Conseil et le chef de l’État à Baabda, qualifiée par Saad Hariri de « positive » et « constructive ». « Nous nous sommes entendus sur une méthode pour accélérer l’action du gouvernement et optimiser ses réalisations, d’autant que nous traversons une période économique critique qui recommande de remettre de l’ordre dans le sens de mon discours d’hier. (…) Il faut calmer le jeu dans les médias et mettre fin aux polémiques », a affirmé M. Hariri à l’issue de l’entretien. « Je sais qu’il y eu des contradictions sur certaines questions. Mais nous avons réussi à élaborer un budget (…) et il faut en accélérer l’adoption », a-t-il ajouté, précisant qu’il avait abordé ce point dans un entretien avec le président de la Chambre, Nabih Berry, et que le souci commun principal était « la mise en application des réformes ». « Ce n’est pas seulement le compromis présidentiel qui était en jeu. L’ensemble du pays est sens dessus dessous. Il faut retourner au calme et au travail, et réfléchir de manière rationnelle », a encore noté M. Hariri.

Selon des sources proches du palais présidentiel rapportées par notre correspondante Hoda Chedid, MM. Aoun et Hariri se sont mis d’accord sur une redynamisation de l’action du gouvernement pour que les projets puissent être mis en application au plus vite et les nominations entérinées. Il convient de signaler que 43 des 160 postes de première catégorie sont vacants pour l’instant en raison des conflits politiques. Il se dégagerait des deux hommes une volonté commune de maintenir le calme, compte tenu de la phase de turbulence que le pays et la région traversent à tous les niveaux, la priorité étant les réformes. Deux séances du Conseil des ministres seraient ainsi prévues la semaine prochaine et l’accalmie devrait contribuer, ajoutent ces sources, à débloquer nombre de projets en suspens.



(Lire aussi : Le PSP et le Futur s’écharpent autour d’une querelle au conseil municipal de Chehim)



La montée au créneau de Kanaan
Le seul hic à cet apaisement a été hier la montée au créneau du président de la commission parlementaire des Finances, le député Ibrahim Kanaan, à l’issue de la réunion matinale de cette instance sur l’étude du projet de budget 2019, place de l’Étoile. M. Kanaan a défendu avec véhémence la fonction de contrôle de l’exécutif par le pouvoir législatif, notamment au niveau du budget, sur base de la séparation des pouvoirs. « Dire que le travail du Parlement est une comédie est inacceptable », a-t-il lancé. « Nous ne sommes pas là pour apposer notre signature (sur le projet du budget) et nous ne sommes les employés de personne, à part du peuple libanais, a insisté M. Kanaan. Le travail de contrôle exercé par le pouvoir législatif est sacré. » S’il a paru un moment répondre à la conférence de presse de M. Hariri à ce sujet, la chaîne de télévision OTV, proche du CPL, a rectifié le tir, précisant que ses foudres étaient en fait dirigées contre des propos tenus par le chef du parti Kataëb, Samy Gemayel, au quotidien al-Joumhouriya. Quoi qu’il en soit, des sources gravitant dans l’orbite du courant du Futur estiment que les propos de M. Kanaan relèvent de la lapalissade sur la fonction du pouvoir législatif et la séparation des pouvoirs, et qu’il ne faut pas y accorder d’importance outre mesure.


L’appel au dialogue saoudo-iranien de Berry
La volonté d’accalmie était également perceptible en soirée dans les propos de Nabih Berry qui, lors de l’inauguration d’un hôpital, a une fois de plus appelé au dialogue entre l’Iran et les pays du Golfe pour résoudre la crise régionale. Dénonçant « les tensions nées des positions politiques de Washington, ainsi que la mobilisation des flottes et des forces », M. Berry a exprimé son soutien « aux accords de bon voisinage et aux pactes de non-agression entre les pays arabes et leurs voisins musulmans ». « Nous appelons à restaurer la confiance entre Téhéran et Riyad parce que ce n’est pas là l’intérêt des Saoudiens ou des Iraniens seulement, mais aussi celui des Libanais, des Palestiniens et des Arabes en général », a-t-il dit, exprimant son soutien aux tentatives de l’Irak et de Oman pour une entente entre Washington et Téhéran, « et des solutions politiques aux questions régionales, surtout syrienne et yéménite (…) ».

Ces propos interviennent au moment où les perspectives d’escalade et les tentatives de médiation se poursuivent entre les États-Unis et l’Iran, directement ou par alliés interposés, un climat qui n’est pas sans peser lourd sur le Liban, divisé entre le soutien du Hezbollah à l’Iran et celui des ex-composantes du 14 Mars au camp arabe. Hier, Saad Hariri, Nagib Mikati et Walid Joumblatt ont fermement condamné dans ce cadre l’attaque menée par les rebelles yéménites houthis proches de Téhéran contre l’aéroport d’Abha, dans le sud-ouest de l’Arabie saoudite, qui a fait vingt-six blessés parmi les civils de différentes nationalités.



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