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Liban

CPL-Futur : Aoun rectifie le tir et redynamise le compromis présidentiel

Polémiques

Le bloc haririen se réunit à Tripoli ; Gebran Bassil s’attire les foudres des milieux saoudiens.

Yara ABI AKL | OLJ
11/06/2019

Près de deux semaines après les secousses subies par le compromis présidentiel, c’est le président de la République, Michel Aoun, qui s’est invité dans la partie pour tenter de rectifier le tir et assurer la pérennité de l’entente politique élargie de 2016, qui avait donné le coup d’envoi à son mandat.

Pour rappel, le chef du Courant patriotique libre Gebran Bassil avait effectué, il y a quelques semaines, une tournée dans la Békaa-Ouest. Dans des propos tenus lors de cette tournée et ayant fuité sur les réseaux sociaux, M. Bassil aurait critiqué ce qu’il a qualifié de « sunnisme politique », estimant qu’il était né « sur le cadavre du maronitisme politique (…) ». Plus récemment, et lors d’une tournée dans le caza de Baabda, le ministre des AE s’en est pris au directeur général des Forces de sécurité intérieure, le général Imad Osman (proche du courant du Futur). Toutes ces prises de position jugées « provocatrices » de la part des détracteurs du chef de la diplomatie avaient suscité la colère des ténors de la communauté sunnite. Il s’agissait surtout de Nouhad Machnouk, député de Beyrouth, qui depuis Dar el-Fatwa avait appelé à la révision des fondements du compromis.

C’est d’ailleurs depuis Dar el-Fatwa aussi que Baabda a tenu à lancer un clin d’œil à la Maison du Centre, et réaffirmer l’attachement de la présidence tant au compromis de 2016 qu’à la Constitution et à l’accord de Taëf. Une façon de mettre définitivement un terme à la récente querelle des prérogatives à laquelle les deux formations s’étaient livrées récemment.

C’est ainsi en sa qualité de ministre d’État pour les Affaires présidentielles que Salim Jreissati a été dépêché à Dar el-Fatwa pour une rencontre avec le mufti de la République, le cheikh Abdellatif Deriane. S’exprimant à l’issue de l’entretien, l’émissaire présidentiel a rappelé que le mandat Aoun est placé sous le signe du redressement de l’État et du maintien du pacte national. M. Jreissati a en outre appelé « à ne pas badiner avec l’accord de Taëf », soulignant que cet accord fait partie intégrante de la Constitution que le chef de l’État a fait le serment de respecter.

M. Jreissati a soigneusement tenu à remplacer le terme « compromis » par celui d’« entente élargie ». Il a par ailleurs assuré que « le président Aoun respecte toutes les prérogatives et considère que Saad Hariri est certainement le Premier ministre et s’exprime donc au nom du gouvernement, comme le stipule la Constitution ».

À une question portant sur les rapports entre le CPL et le Futur, Salim Jreissati a répondu en affirmant que le chef de son parti « tient à une relation basée sur l’entente élargie avec M. Hariri et le Futur ». « Le CPL ne ressent aucun complexe de culpabilité ni envers Dar el-Fatwa, ni envers les sunnites, ni leur représentant le plus fort, encore moins envers notre Premier ministre », a encore dit l’émissaire présidentiel.

À en croire certains médias locaux, une délégation du CPL devrait se rendre aujourd’hui à Dar el-Fatwa, sachant que Gebran Bassil prend l’avion pour Londres dans le cadre d’une visite officielle.

Certains milieux politiques estiment que l’accalmie entre les deux piliers du compromis présidentiel ne pourrait être confirmée que par un entretien entre Michel Aoun et Saad Hariri à Baabda. Mais un proche de la présidence, contacté par L’Orient-Le Jour, a indiqué qu’aucun rendez-vous n’a été fixé jusqu’ici pour le Premier ministre. Il a également fait savoir que la date de la prochaine séance ministérielle n’a toujours pas été fixée.


(Lire aussi : Le PSP et le Futur s’écharpent autour d’une querelle au conseil municipal de Chehim)



Le Futur à Tripoli

Du côté de la Maison du Centre, le courant du Futur continue, lui aussi, d’affirmer son attachement au partenariat de 2016 scellé avec le CPL. Selon notre correspondante Hoda Chedid, les milieux de M. Hariri estiment que le compromis présidentiel n’a pas besoin de redressement, ni d’une relance. Il faut poursuivre le programme préalablement établi, ajoute-t-on, dans une allusion aux réformes économiques exigées dans le cadre de la conférence de Paris, tenue en avril 2018.

Il n’en reste pas moins que le parti haririen semble conscient de l’ampleur de la grogne populaire, notamment dans les rangs de la communauté sunnite, à l’égard de cette orientation politique. C’est ainsi que l’on pourrait interpréter la tournée effectuée hier par le groupe parlementaire du Futur dans la ville de Tripoli, une semaine après l’attaque terroriste perpétrée contre l’armée et les FSI. L’occasion pour Bahia Hariri, députée de Saïda, de s’entretenir avec les ténors de la ville, notamment Mohammad Safadi, ancien ministre des Finances, et Mohammad Kabbara, député de la ville. À l’issue de son meeting avec Mme Hariri, M. Kabbara a déclaré : « Tripoli n’a pas besoin de solidarité, mais de projets de développement à même de redynamiser son économie. »


(Tribune : Ne sous-estimons pas la grogne sunnite, par Farès Souhaid)


Quant à Mohammad Safadi, il a stigmatisé l’attaque terroriste perpétrée à la veille du Fitr, assurant que Tripoli est attachée à la notion d’État et au respect des services de sécurité.

Mais c’est surtout la visite de Bahia Hariri à Nagib Mikati, ancien Premier ministre, qui est notable dans la mesure où il diverge avec le Futur sur plusieurs points à caractère stratégique. Sauf qu’en dépit de leurs positionnements politiques divergents, Nagib Mikati n’a pas manqué de manifester sa solidarité avec Saad Hariri, en tant que président du Conseil. À la suite de sa réunion avec Bahia Hariri, il a jugé « inopportune » la campagne menée contre le chef du gouvernement. « Saad Hariri a pris ses fonctions à la faveur d’un compromis. Et il restera Premier ministre tout au long de ce mandat », a encore dit M. Mikati, avant d’assurer qu’il converge avec le courant du Futur sur la notion d’édification de l’État et du développement.

De son côté, Bahia Hariri s’est félicitée du soutien dont bénéficie le Futur à Tripoli. « Notre projet est celui de Rafic Hariri, que Saad Hariri représente aujourd’hui », a-t-elle dit.

À son tour, le groupe parlementaire du parti haririen, réuni au domicile de Samir Jisr à Tripoli en signe de solidarité avec la ville, a réitéré sa « confiance en Saad Hariri à la tête du pouvoir exécutif ». Dans un communiqué publié à l’issue de la réunion extraordinaire d’hier, le groupe a affirmé que le Premier ministre « suit les traces de son père en matière de préservation de la stabilité, de Taëf et de l’arabité du Liban ». Et le groupe de stigmatiser l’attaque perpétrée à la veille du Fitr, renouvelant son soutien à l’armée et aux forces de l’ordre (…).

Quoi qu’il en soit, les milieux hostiles au compromis de 2016 continuent de critiquer l’attitude de Saad Hariri. Le Rassemblement de Saydet el-Jabal a dénoncé le fait que « certains sunnites mènent bataille contre Gebran Bassil, au lieu de poursuivre la bataille contre l’arsenal illégal », comme on peut lire dans un communiqué publié hier.


(Lire aussi : Le clin d’œil de Bassil aux Kataëb : discours de circonstance ou initiative sérieuse ?)


Bassil face aux Saoudiens

Outre la violente querelle qui l’a opposé à son partenaire haririen, le CPL s’est attiré les foudres des milieux saoudiens à la suite de propos tenus par Gebran Bassil lors de la conférence dite Lebanese Diaspora Energy, le week-end dernier. « Il est normal que nous prenions fait et cause pour la main-d’œuvre libanaise face à toute autre, qu’elle soit palestinienne, syrienne, saoudienne, iranienne, américaine ou autre. Le Libanais passe avant tout le monde », avait lancé M. Bassil, suscitant l’ire mais aussi la crainte des émigrés résidant à Riyad, et la colère de certains Saoudiens qui ont ouvertement appelé à une expulsion massive des Libanais. Tentant d’absorber cette colère, le chef de la diplomatie a souligné devant les consuls honoraires que « le fait de défendre son pays ne relève pas du racisme, mais de l’appartenance nationale ». « Les Libanais travaillant à l’étranger le font conformément aux besoins des pays en question et nous devons préserver les intérêts des Libanais établis en Arabie », a-t-il ajouté, avant d’appeler au respect des textes de loi en vigueur.

Sauf que le PDG du groupe saoudien al-Rachid, Abdel Aziz al-Rachid, a fait savoir sur Twitter qu’il a licencié quatre Libanais en riposte aux propos de Gebran Bassil. Des sources bien informées indiquent toutefois à L’OLJ que le royaume wahhabite n’a pas pris de décision officielle sur cette question. Il s’agit de mesures individuelles prises par les chefs d’entreprise, ont-elles souligné.

Sur un plan politique, nombreux sont ceux qui ont appelé au départ de Gebran Bassil du palais Bustros. Il s’agit notamment de la députée Paula Yacoubian. Sur sa page Facebook, elle s’est adressée au chef de la diplomatie en ces termes : « Excusez-vous ou démissionnez. » « Le Liban paie le prix des idioties de ses politiciens. Mais vous avez dépassé tout le monde. Et vous vous croyez un génie au lieu d’avoir honte de ce que nous ressentons en tant que Libanais, émigrés et résidents au Liban », a-t-elle ajouté. De même, Achraf Rifi, ancien ministre de la Justice et farouche opposant au CPL, a sévèrement critiqué Gebran Bassil. « La diplomatie libanaise n’est jamais tombée à ce point dans les idioties et la sous-estimation des retombées négatives », a-t-il écrit sur son compte Twitter. « Paix à l’âme de Fouad Boutros et des géants qui étaient à la tête du ministère des AE », a-t-il conclu.


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MAKE LEBANON GREAT AGAIN

il est temps que Mr Bassil demissionne de son poste et de toute activite politique
Le tort qu'il cause aux Libanais de l'interieur et des expatries est immense et il ne se rend meme pas compte de ce qu'il dit tous les jours,, une chose plus terrible que l'autre

De l'interview international ou il recommandait de donner des lecons aux pays qui ont des budgets , au fameux baltaji a l'encontre de M Berry, a la division entre le monde et les palestiniens/syriens et enfin a ce fameux discours sur le travail au Liban , cette personne se montre d'une arrogance et surtout d'un mepris du vrai Liban que nous voulons tous et tout cela pour esperer un jour succedder a son beau pere
Dieu preserve le Liban de cela

gaby sioufi

comme quoi, les sunnites libanais croient en le mariage sacre, divorce exclus categoriquement.
Ils ont scelle une alliance avec aoun/bassil, C pour la vie !

Honneur et Patrie

Le sultan touche-à-tout n'est pas apte de tenir son rôle de ministre des Affaires étrangères ou de tout autre ministère. Il faudrait qu'il change de métier.

Beauchard Jacques

Tous les jours nous avons droit à la photo de Gebran Bassil trop c'est trop!!

COURBAN Antoine

A Son Excellence Monsieur Michel AOUN
Président de la République Libanaise
--------------------------------------

Monsieur le Président,
Au nom de l'honneur et de la dignité de notre pays dont vous présidez la destinée et dont vous assurez la garde de sa Constitution, je vous prie de mettre un terme à l'irresponsabilité de votre gendre, S.E. Monsieur le Ministre des Affaires Etrangères Gebran BASSIL, dont les propos s'apparentent, parfois sinon souvent, à un discours qu'on croyait oublié; un discours populiste qui pourrait inciter à la haine et compromettre ce qui fait l'essence même du Liban: notre vivre-ensemble, tant entre libanais de différentes appartenances confessionnelles, qu'entre les Libanais et le Monde Arabe dont l'immense majorité est de confession musulmane sunnite.
Respectueusement

Yves Prevost

"Le chef de la diplomatie a participé hier à un chantier de travail sur le thème de « la diplomatie efficace » ".
Au vu de ses performances, il aurait, en effet, bien besoin de profiter d'un stage de formation dans ce domaine

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

APRES LES DIVERSES BULLES DE GAZ GENDRISSIMALES EXHALEES IL FALLAIT RESORBER LEURS ODEURS MALSAINES. EST-CE FAIT PROPREMENT ?

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