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Liban

Carrière : Geagea souligne l’urgence de mettre en place « un cadre légal clair et définitif »

Écologie

Le bureau de l’environnement récemment créé au sein des Forces libanaises a organisé une conférence sur la gestion de ce secteur.

13/06/2019

« La terre nous appartient, les montagnes nous appartiennent et l’environnement nous appartient. Nos montagnes ont résisté à toutes sortes d’occupations et nous ne permettrons pas aux carrières de les défigurer », a lancé hier à Meerab le président des Forces libanaises, Samir Geagea, à l’adresse d’un public composé d’experts en écologie, de syndicalistes, de présidents de municipalité et de journalistes spécialisés. Dans le cadre de l’activité du bureau de l’environnement récemment créé au sein des FL, une conférence, intitulée « La gestion des carrières ne constitue pas une perte », a été organisée hier au siège du parti. La conférence a été organisée en partenariat avec la fondation Konrad Adenauer Stiftung et le Middle East Institute for Research and Strategic Studies (Meirss).

En présence des députés Joseph Ishac et Chaouki Daccache, de l’ancien ministre de l’Environnement Tony Karam, de l’ancien député Fadi Karam, de la secrétaire générale des Forces libanaises Chantal Sarkis et des représentants des ministres de l’Intérieur et de l’Environnement, et de la ministre d’État pour le Développement administratif May Chidiac, M. Geagea a salué les efforts prometteurs du ministre actuel de l’Environnement Fady Jreissati, estimant qu’ « il est temps de mettre en place une politique de gestion des carrières, qu’il s’agisse d’un plan directeur, d’un plan à long terme ou d’une feuille de route qui distingue clairement entre l’investissement dans le cadre de la loi, d’une part, et la logique de la transgression de la loi et les pratiques mafieuses, d’autre part ».

Pour le leader des FL, « le Liban manque d’audace et de courage dans la prise de décisions et dans la mise en œuvre de ces décisions ». « Il faut commencer par mettre en place un cadre légal clair et définitif, à demander des comptes aux responsables de la défiguration et à définir la partie compétente pour émettre les permis et les autorisations », a affirmé M. Geagea avant de poursuivre : « N’oublions pas que la gestion des carrières est dans l’intérêt national, écologique et humain des Libanais, et qu’elle est en mesure de constituer des revenus importants au Trésor public. »

Rappelant le slogan des FL lors de leur campagne électorale en mai dernier, « Sar badda» (Il est devenu nécessaire), le leader maronite a déclaré qu’ « il est devenu nécessaire de décider de mettre un terme à la défiguration continue des montagnes et du paysage libanais, et d’obliger les investisseurs à réhabiliter les sites après la fermeture des carrières ».

De son côté, le président du bureau de l’environnement, Farid Karam, a précisé que cette conférence est le fruit de longs efforts déployés par le bureau depuis sa création. « Le but de cette conférence est de porter un regard d’ensemble sur la réalité, d’en tirer les leçons et de trouver les solutions adéquates », a-t-il enchaîné.



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Le contrôle et la réhabilitation
L’épineux dossier des carrières a été débattu en long et en large hier à Meerab. Selon des propos tenus par le ministre Jreissati, qui avait préparé une loi pour la gestion des carrières approuvée par le gouvernement tout comme un plan directeur pour ce secteur, environ 1 300 carrières sont actuellement en activité, dont l’écrasante majorité est illégale. Les intervenants ont, à l’unanimité, estimé que le problème de la gestion et de la règlementation des carrières ne se pose pas au niveau de la loi (le plan directeur de 2009), mais au niveau de son application, et ce en raison d’une chaîne politico-économique complexe qualifiée de « mafia » par le président du bureau de l’environnement des FL.

Le débat modéré par le doyen de l’ESIB à l’Université Saint-Joseph, Fadi Geara, a été axé principalement autour de cinq sous-thèmes : l’exploitation écologiquement durable des carrières, l’étude de l’impact environnemental des carrières et les plans de surveillance et de gestion, les carrières responsables ou l’expérience française, la réhabilitation des carrières au Liban et l’intégration du schéma directeur des carrières dans les plans d’urbanisme.

Maria Menegaki, professeure à l’École d’ingénierie minière et métallurgique à l’Université technique nationale d’Athènes en Grèce, et Fabrice Frebourg, président du syndicat français de la production de pierres concassées, ont tous deux partagé leurs expériences sur le sujet. Après avoir énuméré les différents impacts des carrières, tels que la pollution de l’air, la pollution sonore ou encore les vibrations induites par le dynamitage, Mme Menegaki s’est attardée sur un impact qui ne peut être mesuré quantitativement, mais qui ne manque pas d’importance, à savoir l’impact visuel des carrières et le changement drastique dans le paysage.

Le risque de déstabiliser la biodiversité du site est un autre impact des carrières sur l’environnement souligné par M. Frebourg. Selon lui, la préservation de la biodiversité est un sujet qui préoccupe actuellement la France, où l’objectif de réduire à zéro la perte nette de biodiversité a été inscrit dans la loi de 2016. « Il est crucial de protéger les espèces qui se trouvent sur le site où la carrière est en activité, et ce en surveillant l’espace à tous les stades de la vie d’une carrière », a-t-il précisé.



(Pour mémoire : Les habitants de Aïn Dara entament un sit-in ouvert pour empêcher l’accès au terrain de Fattouche)



Diverses pollutions
Lors de son intervention sur les études d’impact environnemental, Mutassem el-Fadl, professeur à la faculté de génie de l’Université américaine de Beyrouth, département de génie civil et environnemental, a braqué les projecteurs sur la pollution des nappes souterraines. « La pollution de l’air est, sans le moindre doute, un sujet de grande importance, mais on oublie souvent que les montagnes libanaises constituent le plus grand réservoir d’eau », affirme-t-il avant de poursuivre : « La nature géologique de la surface de nos montagnes est très perméable de sorte que les matières utilisées et induites lors de l’activité des carrières s’infiltrent inévitablement dans les nappes souterraines. »

Sur un autre plan, M. Fadl a insisté sur la nécessité de réhabiliter les sites : « Si les investisseurs consacraient 5 à 10 % de leurs profits pour réhabiliter les sites, ils mettraient fin à la défiguration des montagnes dans tout le Liban. »

Ces plaies dans le paysage libanais sont-elles véritablement indélébiles ? Sur une note plus optimiste, Carla Khater, chercheuse associée au Conseil national de la recherche scientifique (CNRS), spécialiste de la biodiversité et experte en réhabilitation des milieux dégradés, ainsi que Johnny Fénianos, docteur en psychologie de l’environnement et en sensibilisation, ont passé en revue les initiatives qui ont été menées au Liban pour réhabiliter les carrières.

Pour finir, Mohammad Fawaz, ancien patron de la Direction générale de l’urbanisme (DGU), a fait part au public de sa vision de la gestion des carrières au Liban. Pour lui, la solution ne réside pas dans l’élaboration ou l’application du plan directeur, mais dans la mise en place d’un plan en trois axes : une étude du besoin de nouvelles lois régissant le secteur, l’application entre-temps des lois en vigueur et la mise en œuvre et l’application d’une politique définitive. En outre, il a suggéré d’imposer une taxe de six dollars par mètre carré aux investisseurs, ainsi qu’une somme qu’ils déposeraient avant d’entamer l’activité des carrières et qui constituera une garantie à l’État qui pourrait en bénéficier pour réhabiliter les sites au cas où les investisseurs ne le feraient pas eux-mêmes.

Au terme du débat, le bureau de l’environnement a publié un document regroupant les 18 recommandations de la conférence.



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