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Liban

Le Conseil d’État casse la décision de Bou Faour sur l’interdiction de la mégacimenterie de Aïn Dara

Aïn Dara

Le ministère de l’Industrie appelle à l’ouverture d’une enquête, après avoir fustigé une procédure « illégale ».

S.B. | OLJ
26/04/2019

Le Conseil d’État a désavoué hier la décision du ministre de l’Industrie, Waël Bou Faour, d’interdire l’édification d’une mégacimenterie dans la région de Aïn Dara, sur les hauteurs du caza de Aley, proche de la réserve des cèdres du Chouf. Le recours présenté par la compagnie al-Arz, initiatrice du projet, devant cette instance lui a permis d’avoir gain de cause, au grand dam des opposants au projet, nombreux dans le village et comptant la municipalité.

M. Bou Faour avait, le 26 mars dernier, décidé d’annuler le permis accordé par son prédécesseur, le ministre Hussein Hajj Hassan, à l’homme d’affaires Pierre Fattouche. Il avait ainsi donné raison aux habitants et aux écologistes, dénonçant de nombreuses irrégularités qui entachent ce permis.

Hier, c’est dans un communiqué que la compagnie al-Arz a annoncé la décision du Conseil d’État, datée du 23 avril, d’« arrêter l’application de la décision du ministre de l’Industrie Waël Bou Faour (…) qui a, de manière illégale et non conforme aux décisions judiciaires précédentes, annulé le permis industriel (…) octroyé par l’ancien ministre Hussein Hajj Hassan ». Selon le communiqué, « ce nouveau jugement vient confirmer que la décision (de Bou Faour, NDLR) était contraire aux lois en vigueur et aux jugements précédents qui avaient consacré définitivement le caractère légal du permis octroyé à al-Arz, et son droit à édifier, équiper et faire fonctionner son complexe industriel de manière définitive ». Toujours selon le communiqué d’al-Arz, « ce jugement prouve qu’aucune autorité gouvernementale et administrative n’a de prérogative pour annuler un tel permis ». « C’est une preuve que la décision du ministre Bou Faour était hâtive, injuste, illégale et non motivée par l’intérêt public, mais plutôt par un agenda politique étroit visant à réaliser les intérêts de son parti politique », poursuit le texte.


(Lire aussi : Aïn Dara, pomme de discorde entre le PSP et le Hezbollah)


« Où sont les autres responsables ? »
Antoine Haddad, vice-président du mouvement du Renouveau démocratique et habitant de Aïn Dara, a immédiatement réagi dans un communiqué à la décision du Conseil d’État, assurant qu’« aucune décision ne peut affaiblir la détermination des habitants de cette localité à défendre leur droit et celui de leurs enfants à la vie dans un environnement propre, sans pollution meurtrière ». Selon lui, toutes les personnes impliquées dans la campagne contre la mégacimenterie sont conscientes, depuis le premier jour, de « l’ampleur des intérêts illégitimes qui ont sévi depuis des décennies dans les montagnes de Aïn Dara (en référence aux carrières appartenant au même homme d’affaires), et qui se comptent par centaines de millions de dollars, ainsi que de l’ampleur des moyens financiers, officiels et partisans au Liban et au-delà des frontières que les propriétaires de cette usine peuvent mettre en œuvre pour assurer sa pérennité, au détriment de la population et de son droit à vivre ».

M. Haddad a réitéré sa confiance en M. Bou Faour et « sa décision juste et courageuse ». « Nous demandons cependant aux autres responsables politiques et partis qui ont lancé une offensive contre la corruption et pour la restitution des biens de l’État de ne pas se contenter d’être spectateurs de cet abus évident perpétré depuis des décennies contre un village pacifique et symbole de coexistence et d’attachement à la terre natale. » « Le silence des responsables face à de tels abus est de l’ordre de la complicité », poursuit-il.


(Lire aussi : La mégacimenterie gelée, mais le danger des carrières persiste)


M. Bou Faour était injoignable hier pour un commentaire, mais plus tard dans la journée, son bureau a fait paraître un communiqué au ton particulièrement violent, dans lequel il a fustigé la procédure par laquelle la décision « attribuée au Conseil d’État a été annoncée » et mis en doute l’objectivité de « certains » magistrats. Il s’est étonné notamment de ce que « la cimenterie et non pas le ministère concerné ait été notifié de la décision, ce qui est en soi un scandale et une infraction qui commandent une enquête, compte tenu notamment des rapports suspects entre les propriétaires de la compagnie et certains juges, comme le prouve la célèbre décision du Conseil d’État qui avait contraint l’État libanais à verser aux propriétaires de la compagnie une somme astronomique s’élevant à plus de 200 millions de dollars ».

Les Fattouche, frères de l’ancien député Nicolas Fattouche, qui est leur avocat, avaient porté plainte en 2006 auprès du Conseil d’État pour réclamer des indemnités en raison de la fermeture de leurs carrières pendant deux ans (dans le cadre de l’application d’un plan directeur adopté par le gouvernement de l’époque). Ils ont eu gain de cause, obtenant des indemnités qui, à l’époque, équivalaient à 250 millions de dollars.

Le ministère de l’Industrie a demandé au ministre de la Justice et à l’Inspection judiciaire d’ouvrir une enquête, après avoir stigmatisé le fait qu’une société commerciale « devienne le porte-parole du Conseil d’État et publie en son nom des communiqués comprenant des accusations politiques et de fausses allégations, ce qui représente un motif supplémentaire pour des investigations ». Et le ministère de promettre de poursuivre « la bataille judiciaire sur ce dossier ».

Contacté par L’Orient-Le Jour, M. Haddad ne semble pas très surpris de cette décision, dont il n’a pas encore lu le texte. « Pour nous, pareille décision ne change rien, dit-il. Nous poursuivons notre lutte parce qu’il s’agit d’une question de vie ou de mort. Nous nous battons pour notre mode de vie et pour le droit des générations futures à jouir d’un environnement sain. On voit bien ce qu’ont causé les carrières de cette même personne dans la région. »

Par ailleurs, il rappelle que la décision du Conseil d’État « allouant au propriétaire de la cimenterie la somme de 400 milliards de livres en raison de la fermeture de ses carrières en ce temps-là n’a jamais été appliquée ».



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Wlek Sanferlou

Je présume qu'une étude approfondie, sociale, écologique et économique a été conduite pour que cette décision soit faite! ...
hahaha je vois est eu. je blaguais là, walaw. la seule étude faite est comment se partager de nouveau une richesse de notre pauvre Liban!
Yallah tissbaho aala Khayr!

Michel Cherabieh

Nous sommes tous des habitants de AIN DARA .

AntoineK

Le Liban ”Sicile du Moyen-Orient”...

gaby sioufi

COMPTE NON TENU DE LA LOI(SPOLIEE OU PAS),
N'EST IL PAS EVIDENT QUE CETTE CIMENTERIE EST CLAIREMENT ,CERTAINEMENT NUISIBLE VUE SOUS N'IMPORTE QUEL ANGLE ?
a part bien sur vue ss l'angle des $$$$$ , mais a qui ?

LIBAN D'ABORD

CE PAYS NE CHANGERA JAMAIS

LA CORRUPTION ET LES INTERETS ELECTORAUX SONT PARFOIS DE CONNIVENCE ET PARFOIS ENNEMIS

MAIS AUCUNE DECISION POUR OU CONTRE EST CLAIRE , NETTE ET JUSTIFIEE

MM FATOUCH LE LIBAN NE VOUS APPARTIENT PAS A VOUS SEULS
ET CE Q

Cadige William

Un scandale de plus!
Une nouvelle affaire de Corruption flagrante !
Les Intouchables et leurs Protecteurs confirment et signent .
Souhaitons que dans leur desir du moins officiel de dire Non a la corruption, les Politiques Concernes et leurs Mentors vont aller jusqu su bout de cette affaire et réaffirmer la decision courageuse de Mr Bou Faour.

AIGLEPERçANT

On comprend l'amertume de joumgirouette.

Chahrouri Fadi

Ils font tout pour nous degouter. Quelle honte!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LA PAROLE DEVRAIT REVENIR A LA MUNICIPALITE ET AUX HABITANTS DE AIN DARA.

NAUFAL SORAYA

Quelle honte... quelle honte... quelle honte!!!!

Marionet

c'est lamentable: les gens s'en prennent aux magistrats chaque fois qu'une décision judiciaire ne leur est pas favorable et moi qui croyais que l'"outrage à magistrat" était un délit passible de poursuites. Pauvre pays.

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