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Moyen Orient et Monde - Yémen

Pourquoi le retrait des houthis de Hodeida a-t-il lieu maintenant ?

Les rebelles auraient cédé à la pression internationale tout en testant la volonté des forces gouvernementales de faire des concessions.

Un bateau dans le port de Hodeida, hier. Abduljabbar Zeyad/Reuters

Peut-on espérer une percée au Yémen ? Après cinq longs mois d’attente, les houthis ont finalement annoncé samedi leur retrait des ports de Hodeida, Salif et Ras Issa. Une décision qui pourrait annoncer l’ouverture d’une nouvelle page dans les négociations de paix enlisées depuis l’accord de Stockholm. Validé en décembre dernier par les rebelles, appuyés par l’Iran, et le gouvernement yéménite, soutenu par la coalition menée par Riyad et Abou Dhabi, le texte prévoit entre autres un cessez-le-feu à Hodeida et le retrait des rebelles des trois ports. L’opération, qui se déroule sous la surveillance des équipes des Nations unies, doit s’achever aujourd’hui alors que les observateurs onusiens doivent effectuer une « vérification formelle ».

« Cette décision montre une certaine disposition des houthis à mettre en œuvre l’accord de Stockholm, ce qui est un petit pas en avant mais tout de même un pas important », observe pour L’Orient-Le Jour un diplomate ayant requis l’anonymat. « Ils pourraient aussi être en train de tester l’autre partie pour voir si elle est encline au compromis », estime-t-il.S’inscrivant dans le cadre d’un cessez-le-feu prévu par le texte conclu en Suède, la première phase du retrait des rebelles de Hodeida avait débuté fin décembre avant d’être interrompue en janvier faute d’accord sur la gestion future du port. Lors des mois suivants, marqués par des accusations mutuelles de violation du cessez-le-feu par les parties, ont eu lieu de multiples négociations en coulisses sous l’égide de l’ONU, afin d’arriver à un terrain d’entente. Des rebondissements qui compliquent un peu plus la tâche de l’envoyé spécial des Nations unies pour le Yémen, Martin Griffiths, alors que le niveau de confiance entre les parties est extrêmement bas. L’émissaire onusien a toutefois « l’air moins découragé qu’il ne l’était il y a quelque temps et il nourrit un certain espoir » de remplir sa mission, confie le diplomate.

L’initiative des houthis, sous pression de l’ONU depuis décembre, intervient à un moment où « les acteurs internationaux sont frustrés par la stase relative de l’accord de Stockholm », explique à L’OLJ Adam Baron, analyste associé au Conseil européen pour les relations internationales (ECFR). « À bien des égards, certains avaient l’impression que, s’il n’y avait pas de progrès, tout pourrait s’effondrer », poursuit-il.


(Lire aussi : Pour l'ONU, le redéploiement rebelle se déroule comme prévu au Yémen)


Pièce de théâtre
Les affirmations de l’ONU selon lesquelles l’opération s’est déroulée « conformément aux plans établis » ont toutefois été contestées par différentes sources, remettant en question la volonté réelle des rebelles de faire des concessions. À l’annonce du retrait des houthis des ports, le ministre yéménite de l’Information Mouammar al-Iryani a estimé dimanche sur son compte Twitter que « ce que les miliciens houthis ont fait, c’est la répétition d’une pièce de théâtre sur le transfert du contrôle du port à des forces » qui leur sont favorables. « Cela montre la poursuite d’une manipulation et une tentative d’éviter la mise en œuvre de l’accord » de Stockholm, a-t-il ajouté.

« Il est évident qu’il y a un retrait, mais je ne pense pas que l’ONU ait les moyens de vérifier si les policiers et les membres de la garde nationale ne seraient pas des houthis déguisés », alors que les forces onusiennes ne sont pas suffisamment nombreuses sur le terrain, nuance le diplomate. « Il sera intéressant de voir la capacité de l’ONU à aider à neutraliser les mines houthies et à repousser l’influence militaire » des rebelles, note également Fatima Abo Alasrar, analyste à l’Arabia Foundation, interrogée par L’OLJ.Points stratégiques, la province de Hodeida et ses ports, à l’ouest du pays, sont au cœur de toutes les convoitises des parties au conflit depuis près d’un an. Bordant la mer Rouge, le port de Hodeida permet notamment le transit de près de 70 % de l’aide humanitaire, alors que 80 % de la population a besoin d’assistance ou de protection, selon l’ONU. Les ONG ne cessent de tirer la sonnette d’alarme pour attirer l’attention de la communauté internationale, alors que le manque d’eau, de nourriture, d’infrastructures et les maladies frappent les civils de plein fouet.


(Lire aussi : Quelle issue pour le conflit au Yémen ?)


Le port représente également un intérêt particulier pour les Émirats arabes unis dont l’objectif est d’étendre leur influence sur les eaux régionales, alors qu’ils disposent déjà de bases militaires en Érythrée et au Somaliland et occupent une base sur les îles yéménites de Socotra.

Les enjeux touchant les ports de Ras Issa et de Salif sont quelque peu différents, le premier étant un terminal pétrolier et le second étant utilisé pour l’importation de céréales. Selon le diplomate, les tirs jeudi contre des silos à blé, stockés dans des minoteries sur la mer Rouge contrôlées par les forces gouvernementales près de Hodeida, pourraient avoir également accéléré le départ des rebelles pour pouvoir enclencher le retrait des forces loyalistes et de la coalition. Cependant, « quelles que soient les tentatives de retrait, le pouvoir reste décisivement entre les mains des houthis », estime Fatima Abo Alasrar avant d’ajouter que les rebelles « peuvent rester à Hodeida car ils ne forment pas une armée mais une milice qui peut facilement s’intégrer à la population locale ».



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