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Liban

Le cahier des charges de l’incinérateur de Beyrouth en conseil municipal mardi ?

Déchets

Le projet rencontre une opposition au sein même du conseil, notamment en raison du fait qu’il n’y a toujours aucune indication sur l’emplacement de cette usine controversée. Le président du conseil n’a pas confirmé la date.

10/05/2019

Le cahier des charges de l’incinérateur que compte installer le conseil municipal de Beyrouth en vue de traiter les déchets de la capitale est prêt et serait soumis à la réunion du conseil qui devrait avoir lieu mardi prochain. De source municipale, on affirme que le cahier des charges pourrait être voté ce mardi en conseil municipal, mais le président du conseil Jamal Itani, contacté par L’OLJ, affirme « n’avoir pas encore décidé quand cette question figurera à l’ordre du jour, même si le cahier des charges est prêt et que les remarques des différentes parties nous ont déjà été communiquées ».

Le vote de ce cahier des charges aurait dû avoir lieu dès le 31 juillet dernier, mais une forte mobilisation, tant au niveau de certains députés de la capitale que dans la rue, semble avoir freiné l’élan du conseil en ce temps-là (voir L’OLJ du 31 juillet, du 1er août et du 30 août 2018). L’option des incinérateurs est en effet très controversée, du fait des risques sanitaires découlant des émanations si ces usines sont mal gérées, de la difficulté de traiter les résidus toxiques et de son coût exorbitant. L’emplacement de l’incinérateur est également source de problèmes, puisqu’il se heurtera certainement à une opposition populaire : dans le cas de l’incinérateur de Beyrouth, l’emplacement jusque-là le plus cité serait la Quarantaine, ce qui mobilise déjà la société civile et plusieurs députés de Beyrouth, même si le président du conseil continue d’assurer qu’aucune décision n’a encore été prise sur ce point.

Ce projet d’incinérateur ne rencontre pas seulement une opposition au niveau de la société civile, mais également au sein même du conseil municipal dont les membres ont des affiliations politiques et des opinions très diverses.

Ainsi, Gaby Fernaini, membre du conseil et président de la commission des espaces verts, indique à L’OLJ que « la question avait été soulevée en conseil municipal le 10 avril dernier, et nous y avons apposé nos remarques ». « Mes remarques, poursuit-il, portent sur le fait qu’il n’est pas acceptable de présenter un cahier des charges sans qu’il y ait une décision sur l’emplacement, car cela implique qu’aucune étude d’impact environnemental ne peut être ni n’a été effectuée. Je conteste également qu’aucune étude de faisabilité ne nous ait été présentée avant que l’approbation du conseil ne soit sollicitée. »



(Lire aussi : Pas d’alternatives à l’agrandissement des décharges, affirme Jreissati)



Une étude d’impact « préalable »
Mêmes remarques du côté d’Élie Andréa, architecte et vice-président du conseil municipal, qui déplore le fait que l’emplacement de la future usine n’ait pas été précisé et qu’aucune étude d’impact n’accompagne donc le cahier des charges. « Il faudrait déterminer deux emplacements au moins pour les communiquer au ministère de l’Environnement afin qu’il puisse superviser l’étude d’impact, affirme-t-il à L’OLJ. Sera-t-elle située à Beyrouth intra-muros ou hors de la ville ? Le plan directeur de la capitale interdit l’installation d’industries de type I (industrie lourde), ce qui rend la première option illégale. Le second point à examiner est de savoir si ce terrain est à la disposition de la municipalité de Beyrouth ou pas. Quand il a été question de la Quarantaine, on a parlé d’échanges de terrains, ce qui complique les choses, d’autant plus qu’il s’agit d’une zone densément peuplée. Et puis l’étude de faisabilité n’a pas été préparée non plus : une telle usine nécessite 60 000 mètres carrés. Si l’on doit acquérir le terrain, à raison de 5 000 dollars le mètre, on serait déjà à 300 millions de dollars, la moitié du budget alloué à ce projet qui est de l’ordre de 600 millions. Quel en serait le bénéfice pour la municipalité ? »

Interrogé sur l’absence d’étude d’impact environnemental et l’inconnue du lieu, Jamal Itani trouve normal que « le cahier des charges soit voté au préalable, afin de ne pas retarder l’appel d’offres ». Selon lui, « ce sera au Conseil des ministres de déterminer l’emplacement, et l’entrepreneur choisi devra s’y conformer, en effectuant lui-même l’étude d’impact ».

Sur ce point en particulier, une source autorisée à la Direction des adjudications estime que l’idée même de l’étude d’impact environnemental en fait une exigence « préalable à tout appel d’offre et même au cahier des charges ». « Un impact environnemental probable est un facteur à prendre en compte pour définir les conditions à placer dans un cahier des charges, et tout cela doit être effectué avant l’adjudication à proprement parler », selon cette source. Celle-ci ajoute que, de plus, la municipalité de Beyrouth est soumise à la loi sur la comptabilité publique, ce qui signifie que ce cahier des charges devrait en principe être examiné par la Direction des adjudications.



(Pour mémoire : Déchets ménagers : Pas de solution possible sans phase transitoire, dit Jreissati à « L’OLJ »)



Et le contrôle ?
Le cahier des charges du futur incinérateur devrait donc rencontrer une opposition en conseil municipal, mais quelle serait son ampleur et serait-elle de nature à en empêcher le vote ? Les Forces libanaises sont une des parties à s’être penchées particulièrement sur ce sujet, étudiant le cahier des charges minutieusement durant un an, comme le certifie Imad Wakim, député de Beyrouth. Accepteront-elles un cahier des charges qui ne serait pas accompagné d’un emplacement défini et d’une étude d’impact environnemental ?

M. Wakim indique que l’approbation du cahier des charges peut précéder le débat sur l’emplacement, étant donné qu’il s’agit de « conditions générales ». Il ajoute que pour ce qui est de l’emplacement, les FL ont insisté auprès du président du conseil pour qu’il y ait plusieurs alternatives géographiques. « Il est certain que nous tenons à l’étude d’impact environnemental, et également à une étude de trafic pour déterminer l’impact du transport sur la localité », ajoute-t-il, estimant préférable que l’emplacement soit hors de Beyrouth.

Les craintes liées à l’installation d’un incinérateur dans un pays où la gestion des déchets a si longtemps été chaotique ne sont pas dissipées pour autant. Élie Andréa souligne que beaucoup de questions restent en suspens. « Près de 60 % de nos déchets sont organiques donc très humides, il faudra utiliser beaucoup de mazout pour les incinérer, regrette-t-il. Nous remarquons d’ailleurs que plus personne n’évoque le tri à la source, puisque l’idée sera de traiter le plus grand tonnage possible. On nous promet un incinérateur de sixième génération, or qui va pouvoir le faire fonctionner ? Et qui va effectuer un contrôle efficace et définir les normes ? Je suis aussi inquiet pour le traitement réservé aux 40 000 tonnes de cendres résiduelles (ce qui reste après l’incinération) par an et, surtout, à celui des cendres volantes, très toxiques, qu’ils disent vouloir exporter. Que se passera-t-il s’ils sont incapables de le faire ? »



(Pour mémoire : F. Jreissati : Nous aspirons à traiter 80 % et à n’enfouir que 20 % des déchets)



« On ne peut pas rester dans l’inaction »
Jamal Itani se veut rassurant. « On ne peut pas continuer à dire que toutes les technologies nous dépassent et rester dans l’inaction, dit-il. L’entrepreneur devra payer des amendes très lourdes en cas de manquement. Nous avons proposé que la société civile soit associée aux tests effectués sur les cendres, et sommes ouverts également à une commission de contrôle nommée par le Parlement. Sans compter que nous suivons les directives 75/2010 de l’Union européenne. » Il insiste sur l’importance de la technologie adoptée qui, dans ce cas, « est celle du “waste to energy”, avec incinération à 850 degrés minimum, des filtres à gaz dans toute l’usine et des résidus exportés aux frais de l’entrepreneur ».

Pour sa part, Imad Wakim affirme que les rencontres organisées par les FL et l’examen minutieux du cahier des charges par des experts indépendants à leur demande ont résulté en des conditions très strictes qui en font « le meilleur des possibles ». « Ces conditions obligent la société qui installera l’incinérateur à rester partenaire et à participer à son fonctionnement, ce qui mettra sa réputation en jeu, ajoute-t-il. Nous avons imposé également une assurance et réassurance à hauteur de 50 millions de dollars. Pour ce qui est des cendres volantes, les plus dangereuses, l’entrepreneur devra être muni d’une autorisation de les exporter vers un pays avant d’entamer quoi que ce soit. Nous avons aussi proposé d’autres idées comme un contrat direct des autorités libanaises avec un bureau de contrôle international, ou encore une application qui permette à tout un chacun de suivre heure par heure le niveau des émanations. Et toutes ces conditions ont été acceptées. »

Elles l’ont été, peut-être, mais ce qui a toujours fait défaut dans cet épineux dossier n’est pas le manque de conditions préalables, mais la confiance dans l’exécution. L’opposition à l’intérieur du conseil municipal suffirait ou pas à freiner ce projet, mais qu’en est-il de l’opposition civile et populaire qui ne manquera pas de se manifester elle aussi ?



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gaby sioufi

YAANI , C VRAIMENT SE FOUTRE DE NOTRE GUEULE-TOUS CEUX QUI PROMETTENT EXECUTION HONORABLE DU CONTROLE DE CES "USINES DE LA MORT "- je ne veux pas aborder le cote magouilles $$- au cas ou il y en aurait -,
VISIBLEMENT JE DOIS RAPPELER AU RESIDENT DE BEYROUTH L'ETAT LAMENTABLE DES RUES, TROTTOIRS, EGOUTS, DECAHRGES etc... RIEN QUE CA NOUS FONT CREVER DE PEUR .
JE DOIS DONC AUSSI RAPPELER AUX BONS MSSRS DE LA MUNICIPALITE DE BEY QUE RARES SONT LES BEYROUTHINS QUI LEUR FONT CONFIANCE.

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