Déchets

Pas d’alternatives à l’agrandissement des décharges, affirme Jreissati

Lors de sa tournée lundi à Costa Brava, le ministre de l’Environnement a donné plusieurs indications sur son futur plan de traitement des déchets. Les écologistes restent sceptiques.

Fady Jreissati (au milieu) visitant la décharge de Costa Brava en compagnie de l’entrepreneur. Photo Hassan Assal

La tournée du ministre de l’Environnement Fady Jreissati lundi à la décharge de Costa Brava visait visiblement à tranquilliser les esprits sur le déroulement des travaux sur ce site : il a notamment déclaré que « les déchets ne sont pas en contact avec la mer parce que le brise-lame a été exécuté » et que l’opération se déroulait suivant les normes, évoquant des informations et des résultats de tests qui lui ont été fournis par l’entrepreneur en charge du site, Jihad el-Arab. Régulièrement, des craintes sont exprimées par les détracteurs des décharges côtières qui soupçonnent une pollution de la mer. La tournée a cependant été l’occasion de donner des indications sur le futur plan de gestion des déchets du ministère qu’il devra présenter au Conseil des ministres.

La décharge de Costa Brava (Choueifate, sud de Beyrouth) est l’une des deux décharges gouvernementales qui sont au cœur du plan de sortie de crise adopté par le gouvernement en 2016, l’autre étant à Bourj Hammoud-Jdeidé (nord de Beyrouth). Les deux sont construites à même la côte. Elles ont été saturées précocement en raison de la quasi-absence de tri à la source ou en usine, mais seule Costa Brava est actuellement en cours d’agrandissement. La saturation précoce des décharges augure d’une crise à venir, d’où le fait que les yeux sont tournés vers le ministère de l’Environnement pour l’alternative, qui n’a pas encore été annoncée officiellement.

Voilà donc ce qui ressort des déclarations faites par M. Jreissati au cours de cette tournée, selon l’Agence nationale d’information. « Personne ne préconise l’enfouissement des déchets en mer, mais dans le plan que je présenterai en tant que ministre de l’Environnement, j’avancerai la possibilité de créer plusieurs sites terrestres pour des décharges, qui seront autant de solutions temporaires, a-t-il dit. Nous devons prendre immédiatement la décision d’agrandir les décharges côtières, parce que nous y sommes obligés. C’est un état de fait dont j’ai hérité. »


(Pour mémoire : F. Jreissati : Nous aspirons à traiter 80 % et à n’enfouir que 20 % des déchets)

Le ministre a bien spécifié que « l’agrandissement de Bourj Hammoud est inévitable, la seule alternative étant le retour des déchets dans les rues », soulignant que l’agrandissement « sera une étape de transition ».

Pour ce qui est des autres sites de décharges prévus, le ministre a parlé « de sites disponibles au Liban, tels que des décharges anciennes, des anciennes carrières dans des régions qui connaissent déjà une dégradation écologique, afin de ne pas causer un dommage environnemental supplémentaire ». Et d’ajouter : « Pour qu’une décision soit efficace, il faut qu’elle soit soutenue par une solidarité gouvernementale, afin d’éviter que le public de l’un ou l’autre parti ne se retrouve dans la rue pour protester contre une éventuelle décharge. Aucune décharge ne fait l’unanimité, nous prendrons notre décision avec le soutien du Premier ministre, du président de la République et des partis. Nous effectuons actuellement une étude scientifique complète pour déterminer les sites de décharges et d’usines de tri dans les régions. » Des risques de tiraillements politiques sont donc en perspective…

Le ministre a cependant assuré que « les déchets ne reviendront pas à la rue sous quelque circonstance que ce soit ». Il a insisté sur le fait que « son plan sera global, et pas seulement basé sur l’agrandissement des décharges », parlant notamment de l’« inauguration d’une usine de compostage (des déchets organiques) à Costa Brava en octobre ».


(Lire aussi : Recyclage des déchets électroniques au Liban : une ONG à la barre)

« Comme une impression de plan d’urgence qui se prolonge… »

Le plan entier sur la gestion des déchets n’a pas encore été rendu public, bien sûr, et le ministre de l’Environnement était injoignable hier pour un commentaire. Mais ces nouvelles indications montrent une tendance préliminaire. Que pensent les écologistes de ces déclarations ?

Josiane Yazbeck, conseillère juridique du Mouvement écologique libanais en sécurité et santé de l’environnement, n’est pas vraiment étonnée de la perspective de l’agrandissement de Bourj Hammoud, mais se demande « pourquoi continuellement parler d’agrandissement de décharges et de nouvelles décharges, et même de nouvelles usines, alors que l’accent doit être mis sur le tri à la source ? ». L’experte souligne que le ministre a fait part de son intention de mener une action dans ce sens. « Mais alors pourquoi ne pas commencer à l’appliquer dès maintenant, pourquoi prolonger l’attente et continuer à envoyer tous les déchets aux décharges, dont la durée de vie se trouve considérablement raccourcie ? » se demande-t-elle. Samar Khalil, experte en gestion de l’environnement et membre de la Coalition de gestion des déchets (rassemblement civil), ne peut que constater une impression de plan d’urgence qui se prolonge. « Depuis le premier plan d’urgence en 1997, les décharges durent bien moins que prévu parce qu’on y enfouit plus de 90 % des déchets, dit-elle à L’OLJ. À quand la réduction du volume des déchets et l’amélioration du tri ? Et à quand un plan stratégique ? Va-t-on effectuer une étude d’impact environnemental pour la suite de ce plan, sachant qu’aucune étude n’a été faite pour les deux décharges ? Qui se chargera du contrôle ? Et d’ailleurs comment peut-on confier au même entrepreneur l’enfouissement et le traitement des déchets sans s’attendre à ce qu’il en profite pour en enfouir la plus grande quantité possible ? Autant de questions qui persistent. »

Pour ce qui est des propos rassurants du ministre concernant la bonne marche des travaux à Costa Brava, Samar Khalil fait remarquer qu’elle a accompagné la députée Paula Yacoubian lors d’une visite surprise à la décharge de Bourj Hammoud. « Mme Yacoubian et nous-mêmes avons insisté pour obtenir des résultats de tests effectués sur le lixiviat (liquide qui se dégage des déchets) et sur les émanations de gaz, et nous attendons toujours, dit-elle. En tant que coalition, nous avons de même adressé une lettre au ministère de l’Environnement pour obtenir des résultats de tests sur ces deux décharges, sans réponse pour l’instant. »

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La tournée du ministre de l’Environnement Fady Jreissati lundi à la décharge de Costa Brava visait visiblement à tranquilliser les esprits sur le déroulement des travaux sur ce site : il a notamment déclaré que « les déchets ne sont pas en contact avec la mer parce que le brise-lame a été exécuté » et que l’opération se déroulait suivant les normes,...

commentaires (3)

Et le prochain ministre, au sujet de l’agrandissement “transitoire” du à une situation héritée de celui-ci, décidera d’un autre agrandissement transitoire, etc. Parce que la demande de gestion des déchets, comme les besoins en électricité, ne sont, bien sûr, pas prévisibles, et doivent être traités comme des crises. On en rirait presque. Heureusement que ni le ridicule, ni l’absurde ne tuent!

Bashir Karim

18 h 31, le 01 mai 2019

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Commentaires (3)

  • Et le prochain ministre, au sujet de l’agrandissement “transitoire” du à une situation héritée de celui-ci, décidera d’un autre agrandissement transitoire, etc. Parce que la demande de gestion des déchets, comme les besoins en électricité, ne sont, bien sûr, pas prévisibles, et doivent être traités comme des crises. On en rirait presque. Heureusement que ni le ridicule, ni l’absurde ne tuent!

    Bashir Karim

    18 h 31, le 01 mai 2019

  • UNE DECLARATION DE LA HONTE ! LE PAYS DEVIENT UNE POUBELLE GIGANTESQUE.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    17 h 05, le 01 mai 2019

  • Après ses déclarations du 10 avril 2019 : "nous aspirons à traiter 80% et à ne plus enfouir que 20%" etc., le voilà happé lui aussi par l'incapacité de résoudre convenablement ce problème des déchets. Comment peut-il affirmer sans honte: "l'agrandissement de la décharge de Bourj Hammoud est inévitable" ? Irène Saïd

    Irene Said

    11 h 03, le 01 mai 2019