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Liban

Kataëb-Marada : les plaies pansées, place à la coordination tactique

Partis

Sleiman Frangié s’entretient avec Samy Gemayel, au cours d’une visite historique à Saïfi.

Yara ABI AKL | OLJ
25/04/2019

Mercredi 24 avril 2019. Il est 13 heures. Le leader des Marada Sleiman Tony Frangié arrive au siège central du parti Kataëb, pour la toute première fois, afin d’y rencontrer le chef du parti Samy Gemayel. Une visite historique qui n’est autre que le fruit d’un long processus de contacts entre les Kataëb et les Marada, entamé il y a plusieurs années. Dans une volonté manifeste de tourner la page sanglante de leur histoire commune, les deux formations ont déployé beaucoup d’efforts pour ramener à la normale leurs rapports perturbés depuis plusieurs décennies. Ce sont notamment les relations « d’amitié » tissées entre la nouvelle génération de députés des deux familles, en l’occurrence le chef des Kataëb, Samy Gemayel, et son cousin Nadim Gemayel, député de Beyrouth, d’une part, et Tony Sleiman Frangié, député de Zghorta, de l’autre, qui ont favorisé ce rapprochement.

Après avoir pansé les plaies profondes, les deux partis ont jeté hier les bases d’une future coordination sur les questions économiques et sociales, tout en reconnaissant leurs profondes divergences stratégiques. Sleiman Frangié et Samy Gemayel se sont réunis en présence de deux délégations partisanes de haut niveau. Du côté des Marada, étaient présents le ministre des Travaux publics, Youssef Fenianos ; Farid el-Khazen, député du Kesrouan et membre de la Coalition nationale (groupe parlementaire parrainé par les Marada) ; les anciens ministres Rony Arayji et Youssef Saadé, ainsi que l’avocat Sleiman Frangié, un cadre Marada. Du côté des Kataëb, on notait la présence de Salim Sayegh, vice-président du parti, ainsi que de l’ancien ministre Élie Marouni et Serge Dagher, tous deux membres du bureau politique du parti, mais aussi de Fouad Abou Nader, conseiller de Samy Gemayel. Peu avant la rencontre poursuivie autour d’un déjeuner, le leader zghortiote et la délégation qui l’accompagne ont eu droit à une visite guidée des locaux du siège des Kataëb, notamment le hall nouvellement restauré, comme l’a confié Samy Gemayel à son visiteur.


(Lire aussi : Kataëb-Marada : les grandes dates)


Convergence socio-économique

S’exprimant à l’issue de la réunion, Sleiman Frangié s’est félicité du fait que la rencontre a témoigné d’un dialogue avec « les amis Samy et Nadim Gemayel, ainsi que le parti Kataëb », soulignant que « la discussion a essentiellement porté sur le passé, le présent et l’avenir, ainsi que sur les questions d’actualité dont notamment les dossiers socio-économiques, et celui de l’électricité ».

Le leader des Marada a toutefois reconnu que des divergences stratégiques existent avec les Kataëb. Mais il s’est montré soucieux d’assurer que la coordination avec le parti de M. Gemayel se poursuivra dans la prochaine phase, notamment en matière économique. « Samy Gemayel est conscient que nous divergeons sur les dossiers stratégiques. Mais nous convergeons sur plusieurs questions, notamment celles qui vont dans le sens de l’intérêt des Libanais », a-t-il expliqué.

À l’instar du leader zghortiote, Samy Gemayel a pris le soin de mettre en lumière le caractère amical des rapports entre son parti et celui de M. Frangié. « Les Kataëb et les Marada convergent sur des valeurs communes devenues rares dans la vie politique libanaise, à savoir l’honnêteté et l’éthique », a-t-il souligné. Tout comme le chef des Marada, le député du Metn a reconnu que les deux formations ont des positions stratégiques diamétralement opposées. « Mais en dépit de ces divergences, nous n’hésitons jamais à dire la vérité. Et c’est ce qui explique notre amitié, que nous allons conserver pour poursuivre notre dialogue autour de nos différences », a-t-il souligné, avant d’ajouter : « Si nous divergeons sur des questions politiques, nous sommes prêts à collaborer avec les Marada et tous ceux qui nous tendraient la main pour améliorer la gouvernance et la vie des gens, et interdire les atteintes à leurs droits. » Et de rappeler que le pays s’oriente vers des décisions « cruciales », d’où l’importance de tenir un dialogue entre tous les protagonistes, avant de poursuivre, non sans humour : « Sleiman Frangié dit être moitié opposant, moitié loyaliste. Nous tentons de le mener vers notre camp. »

Évoquant le plan de production de l’électricité, Samy Gemayel a expliqué que le recours en invalidation que son parti entend présenter contre le projet n’entrave pas la mise en application du plan. « Le but est de garantir la transparence et l’application des mécanismes de contrôle. D’autant que le texte voté au Parlement contrevient aux lois sur la comptabilité publique et les partenariats entre les secteurs public et privé », a-t-il expliqué, poussant ainsi Sleiman Frangié à se prononcer en faveur du recours.

Concernant le budget, le chef des Marada s’est opposé à toute réduction des salaires, prônant une réduction des dépenses et appelant les autorités concernées à procéder à une nouvelle lecture de la situation financière.

Faire face au CPL ?

Si la rencontre revêt une dimension historique, elle ne saurait être dissociée du contexte politique, plus précisément chrétien, dans lequel elle est intervenue. C’est à l’heure où les relations entre les Forces libanaises (récemment réconciliées avec les Marada) et le Courant patriotique libre, dont les rapports avec les Kataëb et les Marada sont en froid, n’en finissent pas de s’électriser que Samy Gemayel et Sleiman Frangié ont tenu leur réunion. Certains observateurs y voient une tentative de souder les rangs du camp hostile au chef du CPL, Gebran Bassil. Mais MM. Gemayel et Frangié ont évité de polémiquer avec le CPL. Le leader des Kataëb a exprimé l’espoir que la nouvelle coordination débouchera sur « des accords qui iraient dans l’intérêt du pays », dans ce qui sonne comme une critique implicite de l’entente de Meerab entre le CPL et les FL, à l’heure où le leader des Marada a assuré que la réconciliation avec le parti de Samir Geagea est toujours de mise.


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE BAL DES HERITIERS !

Gebran Eid

LES QUELQUES MEMBRES QUI RESTENT ENCORE DANS LE PARTI DU GRAND PÈRE PIERRE GEMAYEL, VONT ÊTRES REFROIDIS PAR CETTE RENCONTRE. SLEIMAN 2 DÉCLARÉ TOUJOURS LE MEILLEUR AMI DU DICTATEUR BASHAR. ET LE SOUVENIR DU COMPORTEMENT DES MARADA QUI ONT SACCAGÉ LE PAYS, PAS FACILE À EFFACER. OÙ ELLE EST L'INTERET DU LIBAN LIBRE LÀ DEDANS ? C'EST JUSTEMENT POUR CHATOUILLER LE GENDRE AFFAMÉ QUI VA TOUT AVALER SUR SON CHEMIN.

MIROIR ET ALOUETTE

Une belle photo où on voit Sleiman2 et Samy enlacés par une accolade , mais avec des yeux bien ouverts par derrière.


Le Graal, faut pas perdre des yeux le Graal.

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