Rechercher
Rechercher

Liban - Éclairage

Le « petit pas » de Nadim Gemayel à Zghorta

Nadim Gemayel se recueillant devant la tombe de Tony Frangié.

L’un des plus proches conseillers du président de la Chambre et leader du mouvement Amal, Nabih Berry, déplorait il y a quelques jours devant l’un de ses visiteurs que la guerre libanaise et les différentes crises existentielles qui ont secoué le pays au cours des dernières décennies n’ont jamais débouché sur une véritable réconciliation à l’échelle nationale, dans une perspective historique. Et le responsable amaliste de souligner que cette occultation du travail de mémoire pourrait constituer, à son avis, l’un des nombreux facteurs qui continuent de maintenir le Liban dans une situation de crise permanente.

Le débat est ouvert sur ce plan, mais force est quand même de relever que trois gestes symboliques ont été effectués dans cette optique, sans qu’ils n’aient été toutefois jusqu’au bout et sans qu’ils n’aient été parachevés par cette grande réconciliation historique globale qui se fait toujours attendre. Tout le monde se souvient à cet égard du geste courageux du leader des Forces libanaises, Samir Geagea, qui, lors d’un meeting rassemblant des milliers de ses partisans en septembre 2008, avait présenté aux Libanais des excuses publiques pour tout ce qu’ils auraient enduré durant la guerre du fait des erreurs et des égarements des Forces libanaises. Avant lui, le leader du PSP Walid Joumblatt avait déploré et condamné le massacre dont avaient été victimes, de manière totalement injustifiée, près de 150 chrétiens de la Montagne en réaction à l’assassinat de son père Kamal Joumblatt, en 1977.

Mais l’initiative la plus avancée dans ce domaine aura été sans conteste l’audacieuse ouverture effectuée en direction du camp chrétien (ou des régions Est, pour reprendre le jargon de la guerre) par l’ancien secrétaire général du Parti communiste, Georges Haoui, qui avait « franchi » psychologiquement la ligne de démarcation séparant les deux secteurs de la capitale en se rendant chez le patriarche maronite Nasrallah Sfeir et en rencontrant publiquement les leaders des partis chrétiens. Un geste fondateur qui pavera la voie d’une certaine façon à la révolution du Cèdre.

Les gestes de Samir Geagea, Walid Joumblatt et Georges Haoui resteront ainsi inachevés en termes de réconciliation globale à l’échelle nationale (exception faite de la réconciliation de la Montagne, en 2001). Il reste qu’il y a quelques jours le député Kataëb d’Achrafieh Nadim Gemayel a effectué un pas dans la même direction en se recueillant à Zghorta devant la tombe de l’ancien député et leader du courant des Marada, Tony Frangié, fils de feu le président Sleiman Frangié. Le geste de Nadim Gemayel est certes symbolique, mais il n’en demeure pas moins fondamental compte tenu du lourd contentieux qui a jalonné les rapports entre le parti Kataëb et la famille Frangié (du moins la faction de l’ancien chef de l’État) à la fin des années 70, au Liban-Nord. Ce contentieux avait pour fondement la traditionnelle rivalité bien connue en politique, dans toute société en évolution, entre le parti (tout parti, qui par essence ne saurait se limiter à une région) et tout leadership à dimension régionale et familiale.


(Lire aussi : Nadim Gemayel : Il est temps de réaliser le rêve de Bachir)


Contentieux historique

Dans la foulée de la guerre libanaise, les Kataëb s’étaient employés durant la seconde moitié des années 70 à étendre leur influence et leur présence dans diverses régions périphériques, notamment au Liban-Nord et à Zghorta en particulier. Le fondateur du parti, Pierre Gemayel, avait même bénéficié d’un accueil triomphal lors d’une visite à Zghorta. Cette percée Kataëb dans le fief du président Sleiman Frangié a été évidemment mal perçue et mal vécue. Les relations entre les deux factions se sont rapidement détériorées et ont malencontreusement dérapé à la fin des années 70 sous le poids du climat milicien qui sévissait à l’époque dans tout le pays. Ces débordements armés ont abouti en 1978 à l’assassinat d’un haut responsable Kataëb au Liban-Nord, Joud Bayeh, et aux meurtres de Tony Frangié et de plusieurs de ses partisans et membres de sa propre famille, tués à Ehden. À la suite de cette opération, le président Frangié placera les Kataëb du Liban-Nord devant l’alternative suivante : lui remettre leur carte de parti ou quitter la région… Cette rupture sanglante constituera un grave point d’inflexion dans le cours de la guerre libanaise en raison de la cassure qu’elle a provoquée au sein du camp chrétien, représenté alors par le Front libanais, qui luttait contre le mini-État de facto instauré depuis le début des années 70 par les organisations palestiniennes armées. Le président Frangié devait de ce fait prendre ses distances à l’égard du Front libanais – dont le parti Kataëb et le PNL du président Camille Chamoun étaient les piliers fondateurs – et rejoindre le camp adverse soutenu par le régime syrien et l’OLP.

La tension endémique entre, d’une part, le leadership des Frangié et, d’autre part, les Kataëb et ce qui deviendra plus tard les Forces libanaises sous la conduite de Bachir Gemayel ne commencera à s’estomper que vers le milieu des années 90, mais les séquelles sont encore perceptibles jusqu’à nos jours, d’autant que le courant des Marada est resté, depuis, stratégiquement dans le camp opposé aux factions souverainistes, dont les Kataëb et les Forces libanaises représentent l’un des principaux porte-étendards.

C’est à la lumière de ce contentieux historique qu’il convient d’apprécier à sa juste valeur la démarche certes symbolique, mais politiquement importante, effectuée par Nadim Gemayel à Zghorta – surtout qu’elle vient compléter l’assouplissement de Sleiman Frangié ces dernières années à l’égard des Kataëb et des FL. Un « petit pas » pour Nadim Gemayel à l’échelle du pays, mais qui pourrait évoluer vers un « bond de géant » pour les chrétiens, s’il venait à se traduire par un véritable travail de mémoire et une réelle réconciliation interchrétienne globale.


Lire aussi

Nadim Gemayel se recueille sur la tombe de Tony Frangié



L’un des plus proches conseillers du président de la Chambre et leader du mouvement Amal, Nabih Berry, déplorait il y a quelques jours devant l’un de ses visiteurs que la guerre libanaise et les différentes crises existentielles qui ont secoué le pays au cours des dernières décennies n’ont jamais débouché sur une véritable réconciliation à l’échelle nationale, dans une...

commentaires (5)

Bravo Cheykh Nadim il faut maintenant que Tony jr fasse pareil !!

Bery tus

16 h 38, le 17 septembre 2018

Tous les commentaires

Commentaires (5)

  • Bravo Cheykh Nadim il faut maintenant que Tony jr fasse pareil !!

    Bery tus

    16 h 38, le 17 septembre 2018

  • PETIT PAS JE DIRAI PLUTOT UN GRAND PAS Deux fils de leaders qui n'avaient pas vecu ces assassinats se reconcilient Un grand pas vers l'unite des chretiens

    LA VERITE

    14 h 50, le 17 septembre 2018

  • IMPOSSIBLE, TENTATIVE qui ne pourra pas aboutir. TANT QUE LA "CHAISE" EST CONVOITEE PAR TOUT MARONITE LIBANAIS. ET QUELLE CHAISE ALORS , TOUTE ""DECOUVERTE"" D'HONNEURS ET DE GLOIRE.

    Gaby SIOUFI

    12 h 34, le 17 septembre 2018

  • Tant que la magistrature suprême restera aux mains des maronites, ils continueront à se battre pour cette chaise.

    Achkar Carlos

    12 h 22, le 17 septembre 2018

  • ESPERONS QUE CE PETIT PAS OUVRE LES PORTES FERMEES DE TOUTES LES FORCES CHRETIENNES POUR LE GRAND RENDEZ-VOUS DE L,HISTOIRE ! L,UNION FAIT LA FORCE ET NON LES PAROLES VIDES DES ABRUTIS AUX COMMANDES...

    L,AUTHENTIQUE LIBRE EXPRESSION.

    08 h 15, le 17 septembre 2018

Retour en haut