X

Liban

À Bkerké, Geagea et Frangié mettent fin à une discorde vieille de 40 ans

Réconciliation interchrétienne

« Si nous devons parler de bipartisme au Liban, il n’y en a qu’un seul : deux ailes égales et complémentaires, les musulmans et les chrétiens », a souligné le patriarche maronite Béchara Raï.


15/11/2018

C’est sous la bénédiction et le regard bienveillant du patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, que les deux grands leaders maronites du Nord, Samir Geagea et Sleiman Frangié, ont mis de côté hier une querelle vieille de 40 ans. Le chef des Forces libanaises et le chef des Marada ont tiré un trait sur le passé et officialisé leur réconciliation « historique » par une poignée de main sous l’objectif des caméras à Bkerké. Une poignée de main qui met fin à une inimitié née le 13 juin 1978, lorsque le père de M. Frangié, sa mère, sa sœur et une vingtaine d’autres personnes ont péri dans une attaque orchestrée par la milice kataëb à Ehden, au début de la guerre civile.

Toute la presse du pays attendait MM. Geagea et Frangié hier après-midi à Bkerké, sous un ciel gris et pluvieux, ce qui n’a pas manqué d’attirer l’attention du patriarche qui y a vu un signe du ciel. « Puisque cette réconciliation a lieu en un jour pluvieux, cette rencontre est donc source de bien pour le Liban », a-t-il dit.

Samir Geagea est arrivé en premier avec sa femme, la députée de Bécharré Sethrida Geagea, suivi une dizaine de minutes plus tard de Sleiman Frangié qui était accompagné de son fils, le député Tony Frangié. Visiblement ému, M. Frangié a d’abord salué le patriarche avant de serrer la main à Samir Geagea. A aussitôt suivi un échange de salutations entre les deux groupes. Samir Geagea affichait pour sa part beaucoup de flegme. La délégation FL qui accompagnait M. Geagea était composée des députés Antoine Habchi, Chawki Daccache et Joseph Ishak, des ex-députés Fady Karam et Antoine Zahra, ainsi que du directeur du bureau des FL au Liban-Nord Tony Chidiac. M. Frangié était pour sa part accompagné des députés Farid Haykal el-Khazen et Fayez Ghosn, du ministre sortant Youssef Fenianos et des anciens ministres Youssef Saadé et Rony Araïji.


(Lire aussi : Par-delà la politique politicienne)


« Binôme islamo-chrétien »

Prenant la parole au cours de l’événement, Mgr Raï a d’emblée placé la réconciliation des FL et des Marada dans une perspective sacrée, en citant le psaume 133 : « Qu’il est bon et qu’il est agréable pour des frères de se trouver ensemble ! » « Nous sommes fils d’un même père et donc nous sommes frères », a-t-il dit, ajoutant que « Dieu veut que nous nous rencontrions et que nous tournions la page pour vivre heureux et dans la paix, pour que l’amitié nous unisse ». « Nous nous réunissons aujourd’hui pour poursuivre le chemin de l’unité interne », a affirmé Mgr Raï.

« À Bkerké, nous sommes avec les institutions étatiques, contre les binômes et les trinômes. Si nous devons parler de bipartisme au Liban, il n’y en a qu’un seul : deux ailes égales et complémentaires, les musulmans et les chrétiens », a encore souligné Mgr Raï, avant d’ajouter : « C’est cela le secret du Liban dans sa diversité, son rôle et son message dans la région. » Le patriarche a en outre rappelé que la réconciliation avait déjà commencé en mai 2011, et avait englobé à l’époque le président de la République Michel Aoun, alors qu’il était encore chef du CPL, ainsi que l’ancien président de la République Amine Gemayel. « Lorsque nous nous sommes rencontrés ici en 2011, le but était de baliser la voie de l’unité nationale. Nous ne pouvions penser à une unité nationale complète qu’à travers le rapprochement des pôles chrétiens et notamment des maronites », a dit le prélat.

Une réunion à huis clos d’une heure environ a ensuite été tenue par Mgr Raï et MM. Geagea et Frangié, à l’issue de laquelle les deux parties ont publié un communiqué détaillant les principaux points d’accord (lire par ailleurs). Dans ce texte, ils ont principalement insisté sur la nécessité pour chacune des parties de respecter l’autre sans chercher à l’éliminer, malgré les différences d’orientation politique.

Cette réconciliation intervient deux jours après que la loi sur les victimes de disparition forcée lors de la guerre civile a été adoptée par le Parlement, couronnant ainsi le travail entrepris dernièrement par les politiques au niveau de la mémoire de la guerre. Sleiman Frangié avait par ailleurs rencontré, il y a deux semaines, les proches des victimes de la tuerie d’Ehden, auxquels il avait indiqué que « l’ouverture n’est pas un signe de faiblesse, mais plutôt de force ».


(Lire aussi : Le texte intégral du document d’entente entre FL et Marada)


« Dernière plaie chrétienne »

Questionnés par la presse sur la teneur de leur rencontre, les deux leaders chrétiens ont tour à tour affirmé qu’elle était « chargée d’émotions », tout en se refusant à aborder pour l’instant les aspects purement politiques de leur possible collaboration. Questionné par les journalistes sur l’étape à venir, M. Geagea a déclaré : « Vous pourriez me voir à Ehden ou Zghorta et vous verrez certains à Meerab, tout est possible. » Sleiman Frangié a pour sa part assuré que cette réconciliation « ne se faisait aux dépens de personne ». Plus tard dans la soirée, M. Geagea a tenu à rendre hommage dans un tweet aux « soldats inconnus Tony Chidiac et Youssef Saadé pour les efforts prodigués durant les années et les mois précédant la réconciliation ».

À son arrivée à Bkerké, Sethrida Geagea a tenu à rendre hommage aux martyrs des deux partis ainsi qu’à leurs familles. « C’est un geste de maturité et de grandeur d’âme que de savoir tourner la page », a-t-elle ajouté, tout en assurant que le timing de la réconciliation n’a aucune signification politique et « n’est dirigé contre personne ». L’épouse de Sleiman Frangié, Rima Frangié, a pour sa part écrit sur Twitter que les « blessures profondes requièrent une foi et un amour profonds ».


Lire aussi 

La réconciliation Frangié-Geagea : une dimension morale et une convergence d’intérêts

I - Ehden et Bécharré, les grandes rivales de la Vallée sainte

Le « petit pas » de Nadim Gemayel à Zghorta

À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Georges MELKI

"À son arrivée à Bkerké, Sethrida Geagea a tenu à rendre hommage aux martyrs des deux partis ainsi qu’à leurs familles."
Heureusement que tout le monde semble avoir oublié la bourde de Mmme Geagea en Australie...
"Allah ydim el wefq", comme on dit chez nous!

Le Faucon Pèlerin

Tous les honneurs reviennent à son Eminence le Cardinal Raï, patriarche de l'église maronite.

aliosha

Le temps dira quelle a été le prix ( materiel ) qui a été payer pour cette soit disant reconciliation . La lecture effectuée par le patriarche et les expressions sur le visage des protagonistes en dit beaucoup. Ce qu'il manquait c'est les Petits Chanteurs de Bois pour chanter un alléluia...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SOUHAITONS-LEUR UNE COOPERATION FRANCHE, SERIEUSE ET FRATERNELLE.

Menassa Antoine

Les larmes qui tombent toutes seules cet après midi 14Novembre 2018 faces aux très fortes images de la réconciliation a Bkerké sont elles originaires d une forte émotion ou de l’intensité de la force du pardon 40 Ans après ... Que DIEU Bénisse ces retrouvailles fraternelles ...

Bery tus

Si on veut revenir au passer on peut revenir sur tout le passer ... l’assassinat de me bayeh et de ses compagnon avant le massacre de Ehden ! Mais la n l’est pas la question maintenant c’est au 2 que l’on doit dire bravo et tourner la page ni l’un ni l’autre n’a fait de sacrifice pour que la réconciliation se fasse !! Il faut arrêter de dire que l’un a fait plus que l’autre cela suffit ba2a on en a assez

ACE-AN-NAS

Le grand pardon existe, celui qui pardonne prouve par ce geste son grand coeur, c'était pas une chose évidente, beaucoup n'aurait jamais accepté de pardonner dans la situation de Sleimane 2 .

Mais soyons sûr que l'oubli est une autre histoire.

Surtout que Sleimane 2 aurait être plus exigeant, étant donné qu'il est en situation de FORCE par rapport au pêcheur, et par rapport à ses soutiens et alliés locaux et régionaux.

Si on doit dire BRAVO aux 2 hommes , n'oublions pas que Dieu fera une place plus belle à celui qui a accepté de surmonter ce terrible cauchemar.

Pierre Hadjigeorgiou

A la bonne heure!

Paul-René Safa

Si les mobiles poussant les uns et les autres à la course au Parlement étaient réellement dans "l'intérête supérieur du Pays" les répartitions des sièges pourraient être d'une simplicité enfantine: fifty/fifty entre les musulmans et les chrétiens puis, pour reprendre l'allégorie du Patriarche, chacuune des "ailes" distribuerait alors les sièges qui lui sont impartis à égalité entre les tous les rites qui la compose.
Personne ne pourra dire alors qu'il n'est pas représenté, ou sous représenté. Même chose pour la désignation des ministres, en répartissant équitablement les portefeuilles régaliens entre les musulmans et les chrétiens selon les compétences (on ne peut pas être ministre de l'économie, par exemple, avec un diplôme de ping pong !) et de manière rotative, ainsi ce ne seront pas toujours les mêmes qui auront le monopole de tel ou tel portefeuille.
… on peut toujours rêver, non ?

Sabbague Mireille

Chère Zeina,

Se référant à son Éminence Patriarch Rai, vous devriez utiliser le titre Cardinal et non pas Mgr.

Aussi, à la connaissance de tous les Libanais, le massacre de Ehden n’a pas été commis par les Kataeb, car les Kataeb sous l’égide de notre bien-aimé feu Cheikh Pierre Gemayel n’ont jamais commis de meurtre, et étaient toujours les gardes de paix de notre cher Liban.

C’etait une mission des Forces Libanaises don’t Mr. Samir Geagea en faisait partie, sous les directives du feu President Bachir Gemayel, qui lui avait recommandé de ne pas commettre de crime ce soir là, mais malheureusement un crime atroce a été commis.

Aujourd’hui, c’est Sleiman Frangié qu’il faul saluer et remercier pour avoir pu mettre toute son enfance douloureuse de côté et pardonner et recommencer une page neuve avec les Forces Libanaises pour la paix et la prospérité de notre Liban affligé.

Dernières infos

Les signatures du jour

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué